Déposition des témoins. Arch, nat., Y
3. L'abbé Veyret, on s'en souvient, avait été procureur pour Mme de Tencin dans son procès en sécularisation.
L'abbé Veyret faisait partie du cercle intime de Mme de Tencin et connaissait parfaitement La Fresnaye. Depuis le fameux vol des actions, il avait remarqué « un changement considérable dans son esprit, et cet état de dépression cérébrale lui avait paru s'aggraver notablemement depuis trois semaines^ ».
Ce jour-là, M. de La Fresnaye prit peu de part à la conversation et s'assit, l'air pensif, sur le canapé à côté de la cheminée. Son attitude était si singulière qu'elle fut remarquée par Sébastien, le domestique de Mme de Tencin, pendant le court instant que celui-ci passa dans la chambre de sa maîtresse pour rendre compte d'une commission dont il venait de s'acquitter. C'était d'ailleurs quelques minutes seulement avant le drame.
Vers onze heures et demie, l'abbé de Gayrande se leva pour prendre congé, et les personnes présentes l'accompagnèrent jusqu'à l'escalier. A ce moment, La Fresnaye s'approcha de Mme de Tencin et lui demanda la permission d'aller dans son cabinet pour écrire une lettre. Elle acquiesça d'un signe de tête et demeura à causer sur le palier, tandis que Sébastien escortait l'abbé de Gayrande vers la sortie.
Tout à coup on entendit une détonation. L'abbé Veyret courut à la porte du boudoir, l'ouvrit et aperçut La Fresnaye assis sur le canapé, la tête penchée contre la muraille ; audessous de sa main droite gisait sur le plancher le pistolet de poche dont il venait de se servir.
« Il est mort ! s'écria l'abbé, il s'est tué ! »
A ces mots, Mme de Tencin et sa sœur s'enfuirent épouvantées dans le salon, suivies du jeune chevalier de Tencin. Toute cette scène s'était déroulée très rapidement car Sébastien revenait juste de la porte de la rue quand il entendit les dames qui se sauvaient.
,Cependant l'abbé Veyret s'était approché du malheureux.
Le coup de pistolet avait été donné dans la région du