DùposiLion de l'abbé Veyiot. Arcli. nat.. Y
L'AFFAIRE LA FRESNAYK 237
cœur et tiré de si près que la flamme de la poudre avait mis le feu à la chemise et aux vf'tements*. L'abbé Veyret dut jeter de Teau pour éteindre ce singulier incendie qui menaçait la tenture voisine.
Après quoi, il ferma la porte du cabinet à double tour, mit la clef dans sa poche et alla en toute hâte avertir l'archevêque d'Embrun.
Celui-ci accourut aussitôt et commença par prendre « la grosse clef de la porte cochère, afin dempècher les domestiques d'aller clabauder dans le voisinai^e », puis il envova l'abbé Veyret chercher M. Chevalier, avocat en qui il avait la plus grande confiance". Le neveu de Mme de Tencin, M. d'Argental, devenu conseiller au Parlement, se trouva également là fort à propos et, après avoir délibéré sur le meilleur parti à prendre, les trois hommes résolurent de prévenir M. le Procureur général du Grand Conseil. Ce magistrat arriva bientôt avec son substitut et son greffier et commença immédiatement une instruction sommaire, puis il déclara qu'il fallait prier M. le Premier Président et les plus anciens officiers da Grand Conseil de bien vouloir se réunir dans la demeure même de Mme de Tencin, afin de prendre connaissance sur place des détails de l'affaire. Cette assemblée, après avoir reconnu à première vue qu'il s'agissait bien dun suicide, décida pourtant de faire procéder à l'autopsie du cadavre.
On envoya quérir Jean Gautier, le vieux chirurgien attitré pom* ces sortes d'opérations, qui malgré ses quatre-vingts ans continuait à exercer.
Il était cinq heures du soir ; aucun des magistrats présents n'avait encore dhié' et en attendant l'arrivée du chirurgien, Messieurs du Grand Conseil songèrent à prendre quelque
1. Tous les détails de cette scène, comme les paroles prononcées, sont tirés de l'enquête judiciaire. Arch. nat., Y. 11656.