‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 141 sur 241 · Bibl. de Grenoble. M. 135C-1590. f · texte numérisé non relu

Bibl. de Grenoble. M. 135C-1590. f

L'AFFAIRE LA FRESNAYK 231)

Cet arrêt fut signifié sur-le-champ très régulièrement par un liuissier du Grand Conseil et, en exécution, le curé envova chercher les fossoyeurs. Ceux-ci vinrent prendre le corps, mais à cause de son extrême grandeur, il fallut faire une bière exprès. Ce fut seulement vers deux heures du matin que l'on put transporterie malheureux suicidé à Saint- Roch dans la chapelle de la Sainte-Vierge, où il fut inhumé. Le guet avait arrêté le funèbre cortège, mais les porteurs ayant déclaré qu'ils agissaient par ordre de justice, on les avait laissés passer.

Pendant ce temps, Messieurs du Grand Conseil continuaient la rédaction de leur procès-verbal. Enfui à quatre heures du matin, ils allèrent se reposer « une couple d'heures » ; puis, à six heures et demie, ils se relevèrent, car le Grand Conseil tout entier, quoique ce fût un dimanche, se réunissait j^our entendre le rapport du Procureur général.

Ce fut alors que l'affaire, déjà pénible, se compliqua terriblement. Dans l'après-midi de ce même dimanche, le Procureur du Roi au Châtelet fut informé non seulement du délit, mais de la procédure qui avait été tenue. L'ingérence directe du Grand Conseil lui parut attentatoire aux prérogatives du Châtelet et, sur son ordre, vers cinq heures du soir le lieutenant criminel, son greffier et l'huissier de service, accompagnés d'une troupe d'archers, se rendirent dans la demeure de La Fresnaye pour apposer les scellés sur les lieux, portes et armoires où le Grand Conseil avait déjà mis les siens.

Les respectables rubans furent placés en croix par-dessus ceux du Grand Conseil et ce fut là le premier acte d'un conflit effroyable entre les deux juridictions, dont l'antagonisme allait se développer aux dépens de Mme de Tencin.

Le Grand Conseil, outré des prétentions du Châtelet, rendit incontinent un arrêt portant « que le Procureur du Roi serait assigné pour être présent à la lacération des scellés posés à sa requête ». Celui-ci n'ayant point comparu, la Cour passa outre et, le mardi 8, brisa les cires du Châtelet.

Lo lieutenant criminel riposta en arrivant le mercredi chez Mme de Tencin. Après une série d'interrogatoires qui se prolongèrent jusque dans la soirée, quoique la pauvre femme eût la fièvre, il la fit arrêter et conduire au Châtelet entre minuit et une heure du matin sans même permettre à sa femme de chambre de l'accompagner'.

Pour expliquer cette mesure, on arguait de la teneur du testament de La Fresnaye qui contenait une accusation formelle contre Mme de Tencin.

M. de Sacy qui détenait lo suprême dépôt du défunt était allé dès le 8 mai remettre, selon les instructions reçues, le testament chez un notaire. Quant à la seconde enveloppe dont le propre nom de M. de La Fresnaye était la seule suscription, il l'avait apportée aux commissaires du Grand Conseil.

Apprenant ces faits, le lieutenant civil envoya chercher le notaire dépositaire, ouvrit le testament puis, constatant qu'il ne contenait aucune disposition civile, le fit remettre au greffe criminel du Châtelet.

Ce fut en le lisant que les magistrats de cette juridiction s'aperçurent que, grâce à lui, ils allaient pouvoir tailler des croupières à Messieurs du Grand Conseil ; et dès le lendemain ils partirent en guerre contre Mme de Tencin.

Voici quelle était la teneur de ce testament -:

« Sur l'avis et les menaces que m'a faits depuis longtemps Mme de Tencin de m'assassiner et que je crois même qu'elle exécuterait il y a quelques jours sur ce qu'elle m'emprunta un de mes pistolets de poche, que j'ai eu le courage de lui donner, et comme, de ma connaissance particulière, elle a fait ce qu'elle a pu pour faire assassiner M. de Noce et que son caractère la rend capable des plus grands crimes, j'ai ^ cru que la précaution de faire mon testament, ainsi qu'il en suit, était très convenable.

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