Lettre inédite. Collection du marquis de Monteynard
Celle des hommes sérieux et intelligents est bonne à connaître. Elle indique clairement que, dès les premiers jours, on considéra que la calomnie entrait pour une bonne part dans les récits dont on n'a pas craint, dans la suite, d'enregistrer toutes les fantaisies.
« Rien n'est plus extraordinaire, Monsieur, écrit le président Bouhier ^ à Mathieu Marais, que ce que vous me marquez de la mort de M. de La Fresnaye. Paris est le théâtre de singularités de toutes espèces et l'on ne voit rien de pareil dans nos provinces. Il est fâcheux pour Mme de Tencin qu'elle se trouve mêlée en cette tragique aventure, mais je crois que tout son crime est de s'être trouvée en liaison avec un fou.
« Car il s'est déclaré tel par son beau testament. C'est tout ce qu'on peut conclure de cette pièce sur laquelle je ne crois pas la dame plus coupable de sa mort que de galanterie corporelle avec Fontenelle". Pour ce qui est du neveu % c'est une autre affaire, et il n'y aurait rien de si surprenant dans un siècle comme celui-ci. J'ai grande impatience de connaître ce que contiendra le second papier cacheté du défunt, et je m'étonne qu'on ne l'ait pas ouvert tout de suite. »
La raison, c'était que M. de Sacj avait remis le second pli au Grand Conseil et que les membres de cette Cour se montraient plus discrets que Messieurs du Châtelet.
On finit pjurtant par apprendre ce que contenait la mystérieuse enveloppe. C'était une lettre adressée à l'archevêque d'Embrun'.
« Monsieur, lui écrivait La Fresnaye, je suis bien fâché de mourir sans avoir été en état de vous payer ce que je vous dois, j'ai fait les derniers efforts pour vous payer ce que je
d. (15 avril 1726.) Bibl. nal. Fonds Fr. 25341, t. I. f" 107.
2. La Fresnaye ne connaissait Mme do Tencin que depuis 1722. Ce sérail "deux ans après qu'il l'aurait surprise avec Fontenelle. Celui-ci avait alors soixante-sept ans !...