‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 145 sur 241 · En voici la liste · texte numérisé non relu

En voici la liste

M. l'Arch. d'Embrun. M. le président de Tencin.

Mme d'Augny. M. et Mme de Ferriol.

M. de Fontenelle. Mme de Grosiée.

M. de La Motte. M. d'Argental.

M. de Falconnet. M. le chevalier de Tencin.

M. l'abbé Desmichclles. M. de Villaine.

M. l'abbé d'Hugues.

Mme de Tencin vit aussi apporter quelques adoucissements à sa captivité, car en dale du 20 avril 1726 M. de Maurepas autorisa M. de Launay, gouverneur de la Bastille, à laisser Mme de Tencin se promener « sur les tours et les jardins de la citadelle ».

Mme de Tencin et autres personnes de sa famille étaient déchariiées de l'accusation.

De plus, autorisation était donnée de publier et d'afficher l'arrêt. Ce qui fut exécuté promptement ; et dès le lendemain on pouvait le lire au coin do toutes les rues de Paris.

Mais ce qui aurait dû être un triomphe pour Mme de Tencin ne fut que la piteuse délivrance d'une malheureuse femme épuisée, qui se retira aussitôt à Passy pour y prendre les eaux et tâcher de ressaisir dans le calme absolu la vie qui lui échappait...

« La voilà innocente, écrivait Mathieu Marais, et elle va mourir. »

A quoi le président Bouhier répondait: « Il est difficile que la lessive du Grand Conseil n'ait laissé quelque tache à la dame de Tencin, que toutes les eaux de Passy n'effaceront point. »

A présent que les querelles du Châtelet et du Grand Conseil ne passionnent plus personne, il est permis, grâce aux pièces du procès, contre lesquelles nulle tendance ne saurait prévaloir, d affirmer que Mme de Tencin n'était coupable ni de meurtre, ni de vol, ni même d'indélicatesse. La Fresnaye n'était en réalité qu'une espèce de forban financier, doublé d'un vivem" détraqué, qui, bien avant de connaître Mme de Tencin, avait déjà abandonné sa femme et son enfant ; et si une mémoire demeure salie, c'est la sienne.

Pourtant, au moment où il exerça son atroce vengeance posthume, son action ne put être interprétée par ses contemporains que de trois façons : son accusation était le cri de la vérité, ou bien le fait d'un aliéné, ou encore celui d'un infâme calomniateur.

Or, La Fresnaye était loin de paraître fou et, quelque bizarre que fût le fameux testament, la précision des détails qu'il contenait impressionna profondément l'opinion publique.

A ceux qui tournaient au profit de Mme de Tencin l'étrange méchanceté de ce réquisitoire in exti^emis, les autres ripostaient en disant :

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« C'est précisément son invraisemblance qui nous le fait croire vrai, car LaFresnaye avait toute sa tête, il tenait correctement conversation et ce n'est pas au moment de mourir que Ton ment de la sorte. »

Aujourd'hui la psychothérapie, en passant dans le domaine de la science, a révélé des accidents cérébraux dont on ne soupçonnait point jadis les complications ni les étrangetés. On ne connaissait pas alors les états intermédiaires entre la saine raison et la démence absolue. On ignorait ces phénomènes hystériques qui, sous lés apparences les plus normales, cachent les désordres intellectuels les plus dangereux.

Que de fois leurs manifestations ont été des causes d'erreur en justice, grâce à la perfection des détails dont les menteurs névrosés ont seuls le secret, parce qu'ils en arrivent à être de bonne loi quand ils travestissent la vérité.

Les qualités physiques de La Fresnaye lui procurèrent des succès agréables mais funestes. Les excès, qui en furent la conséquence inévitable, amenèrent une dépression d'autant plus profonde qu'elle se produisait sur un organisme vigoureux, dont la force inspirait précisément trop de confiance à celui qui en jouissait. Les préoccupations matérielles, sans cesse aggravées, achevèrent le désastre, et La Fresnaye finit paidevenir un névrosé chez qui ni la conscience, ni la volonté n'exerçaient plus de contrôle sur les instincts.

Cet homme, d'un atavisme médiocre, ne pouvait avoir qu'une faible résistance de principes à opposer au mal, et l'on suit facilement les associations d'idées qui l'amenèrent à inverser les rôles.

« Si Mme de Tencin, pensa-t-il d'abord, me libérait de mes engagements, je pourrais négocier les terres de l'île de Ré, et au moyen de ce nouveau crédit refaire ma fortune. »

« Elle me tient, songea-t-il ensuite. Elle est inexorable; c'e^t une coquine ! »

Puis, il atteignit la limite du désespoir :

« Si elle ne me libère pas, je suis ruiné. En ce cas, je préfère en finir avec la vie. »

Et aussitôt co fut la transition brutale :

« C'est elle qui sera cause de ma mort ! »

Sur cette base, qui constituait pour iui une vérité, il échafaudala fable des titres indûment transférés au nom de Mme de Tencin. Son imagination débridée, donnant satisfaction à son désir, matérialisa celui-ci sous la forme de ce testament, dont on peut dire (ju'il fut l'œuvre d'un être mensongèrement sincère.

La passion des hommes raisonnables fit le reste. Telle est, pensons-nous, la clef de cette lamentable affaire, dans laquelle la véritable victime no fut point le suicidé mais la malheureuse inculj)ée, dont la défense était d'autant moins facile que ses mœurs l'étaient davantage. Une femme vertueuse n'aurait pas même été effleurée par le soupçon, et c'est en quoi Mme do Tencin dut trouver matière à réflexion. Sans chercher à la réhabiliter plus qu'il ne convient, il était utile, d'établir nettement les limites, trop souvent méconnues, de ses responsabilités.

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