‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 147 sur 241 · LES EAUX DE PASSY · texte numérisé non relu

LES EAUX DE PASSY

voisine d'un lieu malpropre, elle avait pris une saveur très dégoûtante. «Mais la colline de Passy, formée, paraît-il « de fer, de salpêtre et de soufre » ! cachait encore plus de richesses qu'on ne le supposait et, en 1719, M. l'abbé Ragois avait découvert trois nouvelles sources sur le penchant du coteau, dans un fonds qui lui appartenait. En 1720, la Faculté de Médecine avait chargé quelques-uns de ses membres « d'aller en faire l'examen sur les lieux ». Puis, d'après le rapport, la Faculté assemblée, malgré la méfiance que pouvait lui inspirer les précédents déboires, avait déclai'é fort doctement que « la première source était ferrugineuse: la seconde, vitriolique et la troisième, sulfureuse ».

Toutes trois d'ailleurs étaient limpides et fraîches, et ce fut sans doute cette dernière qualité qui rendit confiance au public.

M. Bolduc, apothicaire du Roi, se livra alors à une analyse compliquée, partant très engageante pour toute espèce de maladie *, tandis que des entrepreneurs aménageaient des réservoirs et créaient aux alentours « un jardin, des bosquets, des galeries et des terrasses à l'usage des buveurs d'eau ».

Ce fut là que Mme de Tencin se réfugia, heureuse de fuir le monde, où tant de regards se faisaient encore, malgré tout, malicieux ou méchants, et surtout désireuse de ne plus se retrouver dans la demeure où le drame, puis la torture s'étaient déroulés.

Il semble, en effet, invraisemblable qu'après tant d'événements si cruels Mme de Tencin ait pu rentrer dans son hôtel, s'asseoir encore dans le boudoir où le sang de son ancien amant avait taché la tenture, et coucher et dormir dans la chambre voisine.

C'est donc à cette époque qu'il faut placer le changement

1. « Ces eaux, assurait-il, contiennent un vitriol naturel, du sel marin, un bitume liquide ou huile minérale, de la terre alcaline et de la sélénite dont le mélange, également étendu dans cette eau claire et bien filtrée au travers de la terre, fait un composé merveilleux, travaillé par la nature et inimitable par l'art. »

de domicile qui la conduisit rue Vivienne. Pourtant, cela ne se fit pas immédiatement. Passy plaisait à Mme de Tencin, au point que dans la suite elle y aciieta une petit maison de campagne. Elle se soigna d'abord, se reposa, se laissa vivre dans ce lieu paisible, tandis que l'Archevêque regagnait son diocèse et que le Président rentrait à Grenoble. Ce fut dans le courant de cette même année (1726) que mourut Louis Camus Destouches. Repris par son fameux défaut, il avait trop bien soupe*, et la menace de Fénelon se trouvait réalisée . « Les fèves à la moutarde » avaient eu raison de cet artilleur de cinquante-six ans, échappé à tant de combats. Si Mme de Tencin eut pour son ancien et vraisemblablement son premier amant un souvenir attendri, il est probable qu'il fut court et que la dame ne se trouva point profondément affectée. Un abîme s'était creusé entre ces deux êtres. Elle dut songer pourtant avec mélancolie à la voie différente qu'elle aurait suivie si Destouches l'avait épousée...

Cependant son état s'améliorait peu à peu, mais bien lentement.

« Ma santé est toujours assez languissante, écrivait-elle à son frère-, le 15 mars 1727. Je suis pourtant mieux depuis deux ou trois jours. Je prends de Vassacampana aussi bien (|ue vous, qui me fait faire ^beaucoup de sable. La fièvre n'est point encore finie; il y a des temps où elle n'est presque rien et d'autres où elle devient plus forte.

«J'ai vu hier M. de Marcieu'^ qui m'a dit de vos nouvelles.

1. Un ami du comte Iloym lui écrivait à ce sujet •. « Los sobres ne manqueront pas de triompher à leur ordinaire de cette mort précipitée ; car ces gens-là nous en veulent diablement. Aussi, j'ai toujours fait cas de l'abstinence, mais je n'ai jamais aimé les abstinents et j'ai toujours vu que le bon usage des vices faisait plus d'honnêtes gens que certaines vertus indifférentes à la société. »

Vie du comte Hoym par le baron Pichon, pièces juslilicatives, t. 11, p. 2fx0.

2. Le Président, Lettre inédile. Collection du marquis de Monteynard.

3. Pierre-Aimé de Marcieu, général et diplomate français, né en ]()86, mort en 1778. Sa famille était une des plus anciennes du Dauphiné. Il fut

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