LES EAUX DE PASSY
Il part incessammont, ce qui me fait croire que nous aurons la guerre. Je souhaite fort que l'on puisse trouver de Targentpour acheter son guidon au Chevalier * . Je ne doute pas que Barrai n'en ait. Si vous vous y prenez bien, il nous en prêtera et ce prêt ne sera point à charge ni à vous ni à l'Archevêque par les propositions que fait le Chevalier. Comptez que ce serait une chose désagréable pour la famille si dans le commencement d'une guerre où tout le monde travaille à l'avancement de ses enfants on paraissait ne rien faire pour les vôtres. Moyennant la réforme, si le Chevalier n'a pas un guidon, il ne pourra pas servir, ce qui sera honteux à son âge et avec le métier qu il a embrassé. J'écris à l'Archevêque sur le même ton et j'ajoute que ce qu'il fera pour vos enfants lui fera honneur dans le monde. La Reine est toujours grosse et on est ici persuadé que la ville de Paris va travailler au fond pour la layette de l'enfant. C'est une affaire de quatre cent mille livres.
ce Adieu, mon cher frère, je vous embrasse de tout mon cœur.
« Chabert, qui me sert de secrétaire, vous fait ses compliments. »
Ainsi, chez cette femme encore minée par la fièvre, l'activité cérébrale subsistait complète, et l'âme des Guérin, qui vivait en elle, lui inspirait les mesures utiles à la prospérité de sa famille.
De son côté, l'archevêque agissait de même et, tout en réglant à Embrun les affaires de son diocèse, il s'occupait de ses neveux.
c( M. de Sisteron'', mon cher frère, * écrivait-il au Président,
employé par le Régent pour diverses missions diplomatiques. II devint plus lard (en 1743) lieutenant général et gouverneur de Grenoble.