Lafitau
4. Lettre inédite du 19 (février probablement) 1727, adressée au Président de Tencin. Collection du marquis de Monteynard.
doit prêcher le carême à Grenoble. Je ne doute pas que, sans affectation, avec sagesse et ménagement, vous le fassiez connaître pour ce qu'il est.
« Si l'on peut faire à Grenoble de la toile de ménage pour des chemises, qui serait raisonnablement belle, je vous prie de m'en faire faire, car ici le beau linge ne dure rien. »
Après quoi, il donne au Président une longue explication sur certains de ces diocésains, qui sont vexés à la capitation mais dédommagés par une exemption des tailles. Puis il en vient aux questions de famille :
« M. de Savines a fait ici un marché pour avoir des mulets en cas de guerre, que l'on pourrait aussi faire pour votre fils. Le muletier s'oblige de fournir des mulets à ses risques et qu'il reprend à la fin de la campagne pour la somme de deux cents livres chaque et puis, tant par jour pour chaque muletier. Si vous le jugez à propos, je m'en informerai plus particulièrement.
« Le lieutenant de Roi de Briançon est mort. Je ne sais si d'Argenson' dédaignerait cette place. En tout cas, il faudrait lui faire passer la nouvelle. »
Plus loin, il réclame « sa selle » pour faire ses tournées, ce qui indique l'intention de remplir consciencieusement son ministère.
« Dites au président de Gramont, ajoute-t-il, que je vis décemment mais non point à la grande". A gens de village, trompette de bois. Il est bien juste qu'étant environné de troupes qui ne sauraient où donner de la tête, ce qui pourrait dérégler mon clergé, j'aie une maison qui leur soit ouverte.
« Adieu, mon cher frère, et de tout mon cœui'. »
1. Bol'fin d'.\rgenson son neveu, qui vinl voir Aicxandrine au couvent de Montfleury.
2. Un document inédit (collection du marquis deMonteynard), qui est un tableau des revenus et des charges du diocèse d'Embrun, nous apprend (]iie les biens de l'archevêché rapportaient 21 629 livres, dont il faut déduire 2 946 livres de charges, ce qui laissait un revenu net de 18 683 livres. M. de ïencin en avait à peu prés autant de sa fortune personnelle, soit un total de 36 000 livres.
LE CONCILE DEMBRUN 2o7
Le Président s'était sans doute amendé momentanément, et lu brouille n'était pas encore survenue.
Tandis que l'archevêque se préoccupait de tant de détails matériels, une importante affaire spirituelle se préparait, qui allait lui permettre de se signaler encore une fois, comme aussi donner aux jansénistes, ses ennemis, l'occasion de le salir par tous les moyens en leur pouvoir.
« Le 28 août 1726, M. Soanen, évoque de Senez, l'un des quatre premiers évêques appelants de la bulle Umgenitus, avait publié une instruction pastorale, qu'il fit lire en chaire dans toutes les églises de son diocèse. A l'occasion du bruit de sa mort, qui s'était répandu, le prélat, alors plus qu'octogénaire, y rendait son clergé et son peuple dépositaires de ses derniers sentiments, et ceux-ci étaient une profession expresse et scandaleuse du jansénisme'.
La constitution Unigenitus attaquée ; le livre du P. Quesnel conseillé en dépit de sa condamnation à Rome ; une interprétation fausse et illusoire donnée à une bulle de Clément XI ; enfin le formulaire d'Alexandre VII traité de mesure vexatoire, tel était le bilan de ce mandement, dont le but ne tendait à rien moins qu'à discréditer, comme abusive, l'autorité pontificale aux yeux des catholiques.
Ce sont toujours les mêmes moyens qu'a employés l'hérésie et auxquels tant d'âmes généreuses et d'esprits faux, quoique honnêtes, se sont laissé prendre. M. deTencin, en sa qualité de métropolitain de l'évêché de Senez, finit par s'inquiéter de ce mouvement janséniste, qui avait l'allure d'une véritable provocation. Quoique la coutume des conciles provinciaux fût perdue en France depuis un siècle, il obtint du Roi l'autorisation d'en convoquer un et il en fixa la date au 16 août 1727.
Outre ses suffragants il s'y rendit plusieurs évêques des provinces voisines, ce qui porta leur nombre total àquinze.Il s'y trouva également trente-trois prêtres, tant séculiers que réguliers.