‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 15 sur 241 · Mémoires pour servir k l'hisloirc des Huguenots · texte numérisé non relu

Mémoires pour servir k l'hisloirc des Huguenots

et Messieurs de la Ville désignèrent aussitôt, pour en informer, MM. Antoine Guérin et Michel Thomé, procureur du Roi. Pendant tout le mois de février, ces deux magistrats instrumentèrent et sans doute ils étaient près d'aboutir quand, au mois de mars, le jour des Rameaux, on apprit soudain pendant les offices de la journée que les hérétiques étaient allés en plein jour brûler les trois croix du Mont Calvaire ; qu'ils avaient employé un feu grégeois par lequel les pierres ellesmêmes étaient consumées et que de l'œuvre précieuse de Romanet Roffin il ne restait plus qu'un amas de cendres. « En effet, dit le P. Archange, quelque secours que pussent apporter les catholiques qui accoururent au bruit, on ne put obtenir aucun remède. » Cette fois, la Motte-Gondrin ne se contenta plus de Guérin ou de Thomé et ce fut le vibailli de Saint-Marcellin, Joachim d'Arzac, qui vint ouvrir une enquête. Il s'adressa à Messieurs de la Ville, mais le conseil était en réalité « bigarré de beaucoup d'hérétiques » , et les bonnes dispositions touchant l'insulte essuyée par La Motte- Gondrin étaient changées, car dans l'incendie des trois croix, plusieurs personnes de marque étaient compromises. Il s'agissait de les sauver.

Quelques membres intéressés du conseil firent alors observer que le calvaire était bâti sur le territoire de Monteux et non pas sur celui de Romans, et grâce à ce prétexte, ils entraînèrent la majorité à se déclarer incompétente. Dès lors, Jean d'Arzac, livré à ses propres moyens, dut abandonner son enquête.

On conçoit quel mécontentement une pareille obstruction déchaîna chez les catholiques contre les protestants. Le calvaire était un objet de vénération pour tous les vieux Romanais, qui avaient vu des pèlerins affluer en ce lieu et quantité de miracles se produire. Plusieurs habitants de la ville même avaient été guéris dans des conditions extraordinaires, et Antoine Garagnol était un de ceux-là. Comment les huguenots, qui se disaient chrétiens, avaient-ils donc osé porter des mains sacrilèges sur ce qu'ils prétendaient vénérer,

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