Affaires Étrangères. Royne, t. LXIV, p
idée de la façon dont Mme de Tencin passait ses journées, comme aussi du monde qu'elle recevait*.
« Du 6 août 1729.
« A dix heures M. le Comte de la Mothe est entré chez Mme de Tansin et y a resté jusqu'à une heure,
« Dans le même temps d'une heure Mr Mégret avocat fi-énéral de la Cour des Avdes est aussi entré et a resté jusqu'à deux.
« M. l'abbé de la Motte est entré à quatre et sorty à cinq.
« M. de Bellement, chevalier de Malte, est entré à cinq et sorty à sept.
« M. Soullet son médecin est entré à cinq et sorty à sept.
« M. l'abbé de Fontenay est entré à trois heures et sorty à
six. »
o Du 7 aoftt.
« M. l'abbé de Saint-Pierre est entré à onze heures et sorty à deux heures.
« M. Dessouillets, receveur général des finances de Soissons, est entré à Midy et sorti aussi à deux heures.
« M. le président Fériol est entré à une heure et sorty à deux.
« M. le président Tansin, M. Soullet, médecin de Mme de Tansin M. de la Motte le poète et M. de Fontenelle sont tous venus entre une heure et deux et y ont dîné, ils ont iouez ensuite le quadrille et sont lous retournés sur les sept
heures.
« A cinq heures M. le Comte de la Mothe est entré et n"a resté qu'un instant. »
« Du 8 août.
« Il n'est entré personne pendant la matinée chez Mme Tansin. A trois heures de l'après-midi M. l'abbé de Saint-Pierre et M. le président de Tencin sont entrés et sortis à cinq heures l'un après l'autre.
1. Nous avons, pour plus de saveur, respecté l'orthograplie ot la ponclualion du docuincnl.
Mada:me de Tencin.
Peint par des Neiges (1728).
I Galerie du château de Tencin au marquis de Muiitei/nard. i
Cliché de Piccardy — Grenoble.
LEXiL A AHLON i>65
« A cinq heures et demie, M. de la Motte le poète est entré et sorti à six. Enfin M. Soûl Jet son médecin est entré et sorti à huit*. »
Jusque-là il n'apparaissait rien que de très naturel. Mais Tafiaire s'aggrava. Les agents apostés pour surveiller le logis de Mme de Tencin remarquèrent le soir certains gentilshommes dont l'allure leur parut singulière. Ceux-ci semblaient gênés dans leur marche par leur épée ; et la silhouette de plusieurs prêtait à rire.
On découvrit bientôt que ces nocturnes visiteurs étaient des évêques déguisés, et il apparut ainsi que vraisemblablement Mme de Tencin réunissait un petit concile préparatoire. On citait le cardinal de Bissy, M. d'Autun, M. de Glandève, M. de Verdun, ]M. de Belzunce « ce pauvre idiot mais saint évêque de Marseille, qui s'y laissa mener masqué eu cavalier w, écrit Saint-Simon avec le tranchant de sa plume.
Le but de ces réunions clandestines était, paraît-il, de faire accepter « la légende de Grégoire VU », formule nouvellement introduite dans les bréviaires et qui impliquait, disait-on, la suzeraineté du Pape sur les Rois. Du détail fort compliqué de ces intrigues il ressort que la « légende » n'était qu'un prétexte pour fronder Fleury et le Parlement.
Toujours est-il que dans les premiers jours de juin (1730) le cardinal fit dire à Mme de Tencin qu'elle eût à se retirer à vingt lieues de la ville. Elle obéit aussitôt et se réfugia à Ablon chez sa vieille amie Mme d'Au^nv', la femme d'un