‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 160 sur 241 · Son portrait par Rigaud est à la bibliothèque de Bàle · texte numérisé non relu

Son portrait par Rigaud est à la bibliothèque de Bàle

LE DUC Di: RICHELIEU 279

Richelieu n'avaient point cessé de rompre des lances en sa faveur. L'opinion des gens sans passion est exprimée clairement par Mlle Aïssé qui ne saurait être suspecte, car elle détestait Mme de Tencin.

« Ce fut l'affaire du monde la plus malheureuse, écrivaitelle en 1728; il n'y a personne qui soit à l'abri d'un fou qui vient se tuer chez vous. »

Peu à peu d'ailleurs la malveillance aiguë se calmait. Seulement les intimes d'autrefois vieillissaient, disparaissaient...

Si Mme de Tencin voyait les vides se combler à mesure qu'ils se produisaient, c'était par des relations et non plus par des amitiés.

Le duc de Richelieu, avec son élégance immuable, était encore celui qui rappelait le mieux à Mme de Tencin les splendeurs et les gaietés passées. Il avait été bien malade de la rougeole en 1729, au retour de cette ambassade à Vienne où il révéla si brillamment ses qualités sérieuses. On avait même annoncé son agonie. Mais ses trente-trois ans avaient eu raison de la maladie, et le duc ressuscité s'était toui'né du côté de la guerre. Il avait commencé avec le grade de simple colonel à la tète du régiment qui portait son nom. Il combattit bravement, se remaria avec une femme dont il fut adorée mais qu'il trompa, et tua deux hommes en duel-. Malheureusement, dans le second de ces deux duels il fut traversé lui-même de part en part et faillit en mourir. Encore une fois il domina la mort. Devenu veuf de nouveau, il allait se rapprocher de sa vieille amie de Tencin, jadis sans doute intimement connue, et lier partie avec elle dans la grande intrigue qui devait consister à faire opposition à Mam^epas par le moyen des maîtresses du Roi. Le début de ces menées extraordinaires, auxquelles concou-

1. Marie-Elisabeth-Sophie de Lorraine, seconde fille du prince de Guise. Elle mourut en 1740.

2. Le prince de Lixin 1734 et M. de Pentenriéder, allemand, en 1739.

riirent les demoiselles de Mailly Nesles, concorda avec la remise du « chapeau » à l'archevêque d'Embrun, qui avait si longtemps attendu cette récompense, et avec le conclave dans lequel le nouveau cardinal joua un rôle si important, en faisant élire son vieil ami Lambertini sous le nom de Benoît XIV.

Ce fut là comme le réveil des Tencin et aussi leur apogée dans le suprême reflet de gloire d'une célébrité qui devait s'éteindre bientôt. Mais avant d'en arriver à ces jours heureux, Mme de Tencin vécut dix longues années, sinon dans l'obscurité, du moins dans l'inaction touchant les affaires d'Etat. Elle s'en consola en écrivant ses romans, qui eurent leur temps de vogue, et en conservant à son salon sa jolie réputation de cercle d'élite que lui envia si vivement Mme Geoffrin pour la conquérir plus tard à son tour.

Page 1