Salons et cabarets de Colombey, t. II. p
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« Voyez, lui dit-elle, le cas que je dois faire de vos galanteries, vous passez devant moi sans me regarder.
— Madame, répondit le vieillard, si je vous eusse regardée je n'aurais point passé. »
A tant de fine légèreté, il joignait la puissance, la profondeur et l'originalité. Cette supériorité, pour agréable qu'elle lut, n'était cependant pas exempte de défauts, et M. de la Motte lui en reprochait un en particulier :
« Quand M. de Fontenelle a dit son sentiment et ses raisons sur quelque chose, écrivait-il, on a beau le contredire, il ne daigne plus se défendre. Il allègue pour couvrir ce dédain qu'il a une mauvaise poitrine. Belle raison pour étrangler une dispute ([ui intéresse toute une compagnie.^ «
Houdard de la Motte " était d'ailleurs le meilleur ami de Fontenelle et il fut comme lui l'un des piliers du salon de Mme de Tencin. Ancien trappiste, devenu auteur d'opéras et de comédies, et de plus à l'occasion préparateur de discours ecclésiastiques pom' ses amis, c'était un homme doux, aimable, modeste et fort érudit. La cécité qui l'avait frappé dès sa jeunesse n'avait atteint ni son humeur ni sa fécondité littéraire. Un mot de lui à ce sujet peint bien sa nature.
Se trouvant un jour dans une foule, il marcha par inadvertance sur le pied d'un jeune homme qui lui donna un soufflet.
« Monsieur, lui dit La Motte vous allez être bien fâché; je suis aveugle. »
Tant de bonté, unie à tant de valeur, le faisait aimer, et c'est en communion de sentiment avec ses nombreux amis que le Père du Cerceau a pu écrire de lui :
Attaqué par maint trait félon Jamais contre le noir frelon il n'employa ses nobles veilles, Kt comme le roi des abeilles, H lut toujours sans aiguillon.