‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 167 sur 241 · LE SALON DE M-^ DE TENCLN · texte numérisé non relu

LE SALON DE M-^ DE TENCLN

pour VOUS expliquer les sentiments de reconnaissance que j'ai et que j'aurai toujours des bontés que vous m'avez témoignées à Paris, et je voudrais aussi vous exprimer tout ce que je pense des qualités qui distinguent votre cœur et votre esprit de tous les autres. Mais cela me mènerait également au delà des bornes d'une lettre et au-dessus de mes forces. »

Mme de Tencin fut charmée et elle le lui dit elle-même dans sa réponse '.

« Votre lettre me fut remise par M. de Montesquieu au milieu de la société que vous connaissez. Ce que vous me dites de flatteur m'empêcha quelques moments de la montrer, mais r amour-propre trouve toujours le moven d'avoir son compte... La lettre fut donc lue et ne le fut pas pour une fois. « Ce mylord se moque de nous ! s'écria M. de Fon- « nelle, qui fut suivi des autres. Qu'il se contente, s'il lui « plaît, d'être le premier homme de sa nation, d'avoir les « lumières et la profondeur de génie qui la caractérisent et « qu'il ne vienne pas encore s'emparer de nos grâces et de « nos gentillesses. »

« Les plaintes et les murmures de l'assemblée dureraient encore si, après avoir convenu bien franchement de vos torts, je ne m'étais avisée de rappeler les agréments et la douceur de votre commerce. « Qu'il nous revienne donc ! (( dirent-ils tous à la fois, nous lui passerons alors d'avoir « plus d'esprit que nous ! »

Et voilà comment Mme de Tencin avait le talent de se faire aimer de ceux qui l'approchaient, comme aussi de créer entre eux une amicale solidarité.

Mais de tous les documents qui peuvent nous permettre de reconstituer la physionomie de ce salon dans sa deuxième période, aucun ne vaut la description que Marmontel en a faite dans ses mémoires. Le jeune écrivain arrivait à vingt-trois ans'-, plein d'illusions, d'orgueil et d'ambition. Un

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