‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 168 sur 241 · octobre · texte numérisé non relu

octobre

2. Marmontel était né à Bort, petite ville du Limousin, le 11 juillet 1723.

premier succès au concours de TAcadémie le met en lumière. Voltaire le patronne, La Popeiinière le prend sous sa garde, mais le voici malgré tout obligé de faire consacrer son talent en passant par le salon de Mme de Tencin. Il y va faire la lecture d'une de ses œuvres ^

« L'auditoire était respectable, écrit-il ; j'y vis rassemblés Montesquieu, Fontenelle, Mairan, Marivaux, le jeune Helvétius, Astruc, je ne sais qui encore, tous gens de lettres ou savants, et au milieu d'eux une femme d'un esprit et d'un sens profond, mais qui, enveloppée dans son extérieur de bonhomie et de simplicité, avait plutôt l'air de la ménagère que de la maîtresse de la maison : c'était là Mme de Tencin.

« J'eus besoin de tous mes poumons pour me faire entendre de Fontenelle; et quoique bien près de son oreille, il me fallait encore prononcer chaque mot avec force et à haute voix, mais il m'écoutait avec tant de bonté qu'il me rendait doux les efforts de cette lecture pénible. Elle fut comme vous pensez bien d'une monotonie extrême, sans inflexion, sans nuances ; cependant je fus honoré des suffrages de l'assemblée; j'eus même l'honneur d'être du dîner de Mme de Tencin; et dès ce jour-là, j'aurais été inscrit sur la liste de ses convives, mais M. de La Popeiinière n'eut pas de peine à me persuader qu'il y avait là trop d'esprit pour moi ; et en effet, je m'aperçus bientôt qu'on y arrivait préparé à jouer son rôle et que l'envie d'entrer en scène n'y laissait pas toujours à la conversation la liberté d'y suivre son cours facile et naturel.

« C'était à qui saisirait le plus vite et comme à la volée le moment de placer son mot, son conle, son anecdote, sa maxime ou son trait léger et piquant ; et pour amener l'àpropos, on le tirait quelquefois d'un peu loin.

1. Dans 1rs mémoires de Marmontel, il s'agit d'Aristo7nèue qu'on venait déjouer. C'étaitdonc en 1749, l'année même de la mort de Mme de Tencin. Mais il est certain que Marmontel était reçu depuis longtemps chez celle-ci.

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