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deux forces contraires qui bouleversaient Tindépendante population de Romans. Pour se faire une idée exacte des habitants de cette curieuse cité, il faut savoir que jadis le chapitre avait exercé des droits féodaux et, que peu à peu, ses excès ayant exaspéré les Romanais, ceux-ci étaient parvenus à s'affranchir d'une pareille tutelle et avaient obtenu le droit d'élire eux-mêmes leurs consuls.
Cette démocratique victoire au xiv" siècle avait été immortalisée par une singulière inscription, qui subsista au fronton du portail de l'Hôtel de Ville jusqu'en 1679:
Moribus antigiiis stat res Romana virisque. (Romans se gouverne par ses bonnes coutumes et ses bons citoyens.)^
Lorsque Pierre Guérin était venu s'établir en ce lieu, « républicanisé avant la lettre », pourrait-on dire, il s'était enthousiasmé en néophyte de la devise de son pays d'adoption, et plus tard il en avait catéchisé ses enfants. Antoine Guérin était donc le médiateur idéal, personnellement catholique mais très disposé à considérer d'un œil favorable la décision du Conseil accordant à M. Jonathas Vannier, ministre de l'iiglise réformée, à l'occasion de son prochain mariage, « une robe honnête et un logis à l'hôpital de Saint- Foy dans l'appartement du dom recteur, après y avoir fait les appropriations nécessaires ». Cette impartialité, poussée jusqu'à l'oubli des convictions personnelles, plaisait aux Romanais et, en I066, dans l'Assemblée générale pour l'élection des nouveaux consuls, Antoine Guérin se fit applaudir en prononçant les paroles suivantes : — « Ne confiez de mandat qu'à des personnes idoines et expérimentées des affaires de la communauté, dépouillez-vous de toutes affections personnelles et ne vous arrêtez pas à la diversité de religion ; et ne mettez point les uns dune et les autres d'autre religion sans avoir égard s'ils sont suffisants. Enfin, songez aux édits de pacification par lequel tous doivent être unis les uns les autres et n'être plus que frères et concitoyens. »