Essai sur les monuments de Rotnans, par Louis Vinay
24 Li:S GUERIN DE TENCIN'
Répondant à cet appel de leur juge qu'ils estimaient profondément, les Romanais n'échangèrent plus que des sourires et ce fut à l'envi que, dans toutes les classes de la cité, chacun s'efïorça de contribuer à panser les plaies qu'avaient déterminées les violences de quelques meneurs, trop facilement écoutés.
Le lo mai, «les Pères Cordeliers réclament les reliquaires, joyaux, ornements et papiers qu'ils avaient placés durant les troubles dans la Maison consulaire ». Les nouveaux consuls leur répondent avec erhpressement qu'on aura pour eux « toute aide, faveur et assistance », mais ils ajoutent avec quelque embarras que l'argenterie a été convertie et utilisée, « par la contrainte et la mollesse desconsulsqui étaient alors ». Pourtant Guérin, l'arbitre des dommages, leur fit promettre une indemnité'. Les corporations décidèrent alors que leurs excédents seraient employés à remettre la ville en état. Un peu plus tard, ce fut le tour de l'Abbaye de Rongouvert, société mi-sérieuse, mi-galante, qui prélevait d'office un impôt sur les dots et les mariages des veuves et qui consacra^ ses revenus à la réédification de Hôtel de Ville; car ce monument, faute d'entretien au milieu de tant de troubles, était tombé en ruines dans la nuit de Noël 1364^. La cité retrouvait sa respiration régulière et les hommes d'ordre et de bonne volonté
1. Celte indemnité de 1.000 livres pour l'argenterie ne fut d'ailleurs payée qu'en 1611.
2. L'abbaye de Malgouvert, Maugouvert, Bongouvert était, d'après M. le D' Ulysse Clievalier, une société assez difficile à définir : à la fois religieuse et galante, bienfaisante et joyeuse, en tout cas plus sérieuse qu'on ne l'a cru. Elle dotait des jeunes filles, venait au secours des couvents, payait le prédicateur de carême et, avec ses violons et ses tambours, donnait des aubades aux autorités et au.\ nouveaux mariés et faisait danser ses novices au bal des chambrières... Gompo.?ée des plus notables de la ville, cette société dépendait des consuls qui nommaient l'Abbé et recevaient ses comptes; les curés la favorisaient. Elle percevait un tribu de deux pour cen,t sur les veurchéres (dots) des veuves qui se remariaient. Ce revenu, que l'on se proposait de mettre à l'enchère, s'éleva en 1605 ù 562 livres 11 sols pour 73 mariages taxés. L'abbaye de Bongouvert fut supprimée en 1671.