‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 170 sur 241 · Idem., t. I, p · texte numérisé non relu

Idem., t. I, p

venez causer avec moi dans ma solitude, vous y serez plus à votre aise et votre naturel s'accommodera mieux de mon épais bon sens. » Elle me faisait raconter mon histoire dès mon enfance, entrait dans tous mes intérêts, s'affectait de tous mes chagrins, raisonnait avec moi mes vues et mes espérances, et semblait n'avoir dans la tête autre chose que mes soucis. Ah ! que de finesse d'esprit, de souplesse et d'activité, cet air naïf, cette apparence de calme et de loisir ne me cachaient-ils pas ! Je ris encore de la simplicité avec laquelle je m'écriais en la quittant : La bonne femme ! »

Les conseils qu elle donnait au jeune homme étaient d'ailleurs d'une utilité pratique dont Marmontel de son propre aveu sut profiter dans la vie : « Malheur, lui disait-elle, à qui attend tout de sa plume ! rien de plus casuel. L'homme qui fait des souliers est sûr de son salaire; Ihomme qui fait vm livre ou une tragédie n'est jamais sûr de rien. »

Un autre conseil fut de l'engager à se faire des amies plutôt que des amis, a car au moyen des femmes, disait-elle, on fait tout ce qu'on veut des hommes, et puis ils sont les uns trop dissipés, les autres trop occupés de leurs intérêts personnels pour ne pas négliger les vôtres, au lieu que les femmes y pensent, ne fût-ce que par oisiveté. Parlez ce soir à votre amie de quelque affaire qui vous touche ; demain, à son rouet, à sa tapisserie, vous la trouverez y rêvant, cherchant dans sa tête le moyen de vous servir. Mais de celle que vous croirez pouvoir vous être utile, gardez-vous bien d'être autre chose que 1 ami ; car entre amants, dès qu'il survient des nuages, des brouilleries, des ruptures, tout est perdu. Soyez donc auprès d'elle assidu, complaisant, galant môme si vous voulez, mais rien de plus, entendez-vous? »

« Ainsi, conclut Marmontel, dans nos entretiens, le naturel de son langage m'en imposait si bien que je ne pris jamais son esprit que pour du bon sens. »

L'illusion de Marmontel est venue de ce qu'il connut seulement Mme de Tencin dans ses dernières années, alors que, dégagée de toute intrigue, elle se laissait vieillir paisiblement.

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