‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 171 sur 241 · LE SALON DE M"-^ DI-: TENCIN · texte numérisé non relu

LE SALON DE M"-^ DI-: TENCIN

Le jeune écrivain, élevé en province, ignorait sans cloute le passé actif et galant de la dame, comme aussi l'étendue de son esprit. Il est probable qu'il prêta plus tard l'oreille aux récits de quelque janséniste et que celui-ci arrangea de la bonne manière l'histoire de la sœur du cardinal, le moliniste abhorré.

En tout cas, l'espèce de malveillance de Marmontel est singulière, car elle semble naître uniquement du dé|)it d'avoir manqué de clairvoyance. Jamais, en effet, celle qu'il estimait si « bonne femme » ne lui fournit dans sa conduiti» à son égard l'occasion de jugei- personnellement qu'il s'était mépris.

Mais déjà Marmontel doit être classé hors de la pléiade des habitués. Il est un nouvel arrivant, simplement désireux de se lancer, et il ne fit point partie de la « ménagerie » de Mme de Tencin. Les « bêtes », c'étaient les hommes dont l'illustration s'était développée au cours de leurs relations avec la grande prêtresse de leur temple intellectuel. Et voici l'origine de l'ironique dénomination que leur appliquait si drôlement Mme de Tencin, « leur bergère ».

M. de Fontenelle raconta un jour chez cette dernière^ quétant allé voir le Père Malebranche aux PP. de l'Oratoire, rue Saint-Honoré, une grosse chienne, qui était pleine, entra dans la salle où ils se promenaient, vint caresser le Père Malebranche et se roulera ses pieds. Après quelques mouvements inutiles pour la chasser, le philosophe lui donna un grand coup de pied qui fit jeter à la chienne un cri de douleur et à lui-même, Fontenelle, un cri de compassion.

« Eh ! quoi, lui dit froidement le Père Malebranche, ne savez-vous pas bien que cela ne sent jjoint -.

— Ce conte, dit alors l'abbé Trublet à M. de Fontenelle,

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