‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 172 sur 241 · LE SALON DE M™' DE TENCLX · texte numérisé non relu

LE SALON DE M™' DE TENCLX

fit sentir, et le désir de contempler le mélange amena des curieux. C'était pour sa clientèle de besogneux pleins de talent que Mme de Tencin achetait tous les ans une pièce de velours. Elle en distribuait deux aunes à chacun pour en faire une culotte.

Piron fut le plus remarquable de ces gens du commun, que l'étincelle du génie rendait grands sans leur faire perdre pourtant leurs libres allures. Chez Piron, la gaieté bourguignonne, exhubérante et facile, constituait une force merveilleuse contre les assauts de la vie ; et sa philosophie plaisante avait raison de toutes les misères humaines : « Dame Nature, disait-il sur ses vieux jours*, m'a crevé déjà les yeux, arraché les dents, creusé la poitrine, afïaibli l'estomac et fait encore pis à mesure qu'elle a descendu ; je n'ai plus de ma première constitution que les jambes et la tête : trois espèces de folles qui, se moquant du reste, veulent toujours être en l'air'. »

Piron était chez Mme de Tencin l'âme des farces amusantes et des grasses plaisanteries. Au commencement de l'été, plusieurs habitués du mardi font porter à leur bienfaitrice, alors à Passy, un joli chapeau de paille et c'est le bourguignon qui rédige la lettre d'envoi :

Nous sentons, en faisant du mieux que nous pouvons, Combien encore nous redevons.

Que vous donnons-nous? rien qui vaille.

Laissons là tous ces beaux discours; Nous emportons votre velours Et vous présentons de la paille.

Du reste notre droit est clair Et la représaille est honnête.

Vous nous couvrez le c. l'hiver; L'été nous vous couvrons la tête.

Une autre fois, c'est une chaise percée qui fait l'objet de

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