PERSONNAGES
Le comte de Comminge. Jeune homme charmant.
Son père, le marquis. Chef de la branche aînée des Comminge.
Le marquis de Lussan. Descendant de la branche cadette des Comminge, qui avait été avantagée pour la fortune par le grandpère des deux cousins.
Adélaïde de Lussan. Fille du marquis.
Sa mère. Personnage effacé.
Comte de Bénavidès. Riche parti destiné à Adélaïde.
Dom Gabriel de Beiiavidés. Frère du précédent.
Saint-Laurent. Serviteur dévoué.
Le marquis de Comminge, jaloux de la fortune de son cousin de Lussan, découvre, grâce à un intendant retors, que dans la donation du grand-père il y a eu « substitution » irrégulière et qu'il y a moyen de récupérer, par un procès, les biens ainsi enlevés à leur légitime propriétaire. Les papiers qui peuvent servir de base aux revendications de la branche aînée se trouvent dans les archives d'un couvent assez éloigné. Le Marquis donne à son fils la mission d'aller les chercher, et le jeune comte se met en route sous un faux nom. Il trouve les précieux actes et en devient possesseur. Mais
1. Elles ont été publiées à diverses époques en éditions de toutes sortes.
2. C'est afin d'apporter plus de clarté dans notre résumé que nous donnons cette nomenclature des personnages, qui n'existe pas, bien entendu, dans les œuvres de Mme de Tencin.
dans le voisinage de ce couvent, il y a des eaux qui attirent des malades et des touristes.
Le comte de Comminge demande à son père la permission de s'arrêter quelque temps dans cet agréable endroit, et le Marquis, ravi de savoir les papiers conquis, accorde à son fds ce qu'il demande. Celui-ci, sous le nom de marquis de Longaunois, fait connaissance avec Mmes de Lussan, venues pour prendre les eaux.
Adélaïde est exquise et « bien faite ». Le comte de Comminge est « non moins bien fait ». Tous deux s'aiment, et le jeune homme finit par dévoiler sa personnalité.
Regrets d'Adélaïde. Mais son amoureux — disons son « amant » selon le terme alors employé, même pour les personnes les plus pures — l'assure que désormais sa famille n'aura rien à craindre, et il brûle les fameux papiers '
Le geste est joli, mais il nous semble qu'en réalité le généreux Comminge outrepassait singulièrement ses droits. Pourtant l'amour excuse bien des choses. Seulement, à son retour, lorsqu'il raconte toute l'aventure à son père, celui-ci, fort mécontent à juste titre, envoie son fils, sous bonne garde, dans un château isolé au milieu des Pyrénées méditer sur le conflit que fait naître dans un cœur le sentiment de l'amour opposé à celui du devoir filial.
Or, voici qu'en route un accident de voiture, bien fortuit on en conviendra, remet les amoureux en présence, et comme Adélaïde aie pied foulé, le jeune comte doit la porter jusqu'à l'auberge voisine.
« Je la pris entre mes bras, lui fait dire l'auteur; elle avait les siens passés autour de mon col, et une de ses mains touchait à ma bouche ; j'étais dans un ravissement qui m'ôtait presque la resj)iration. Adélaïde s'en aperçut; sa pudeur en fut alarmée ; elle fit un mouvement pour se dégager de mes bras. Hélas! qu'elle connaissait peu l'excès de mon amour; j'étais tro[) plein de mon bonheur pour penser qu'il y en eût quelqu'un au delà. »