Essai sur les monuments de llomans, par L. Vinay
ANTOINF-: OUERIN, JUGE-MAGK i>5
reprenaient confiance. Malheureusement le feu couvait toujours en maints pays de France et notamment à la Cour. Au mois de septembre (lo67), Coligny et Condé essayèrent d'enlever le Roi à Meaux; puis, n'ayant pas réussi, firent appel à l'Angleterre et à l'Allemagne et ouvrirent encore une fois l'ère des hostilités. Romans fut menacé de nouveaux troubles. Alors M. de Gordes, lieutenant pour le Roi en Dauphiné, fit mettre une garnison dans la ville et donna « quarante hommes à monsieur Maître Antoine Guérin pour lui prêter main-forte, et cela ne s'étant pas trouvé suffisant pou)' contenir les séditieux dans leur devoir, on lui fit. par commandement dudil >eigneur, f[uatre-vingts homnu^s sous huit dizenaires ».
Une telle marque de confiance de la part du représentant du Roi parut à tous infiniment flatteuse pour le jugemage, et cette garde imposante augmenta considérablement le prestige de ses fonctions. Seuls les protestants trouvèrent matière à récriminer, car on avait établi une liste de toutes les personnes appartenant à la religion réformée et Ton taxa chacune d'elles à trois testons^ «pour l'entretien de la garnison qu'on était contraint de tenir dans Romans pour leur sujet. »
Cependant, grâce aux forces dont il disposait, Antoine Guérin put maintenir l'ordre et faire renouveler par l'Assemblée de «Messieurs de la ville » le serment d'observer l'union, la concorde et la fraternité lesuns envers les autres. Sa personne semblait constituer pour les deux partis une garantie d'équité, dont chacun se contentait.
Mais, dans ce pays d'extraordinaire indépendance démocratique, il allait surgir de l'ombre certains personnages et certains groupements sur lesquels nul ne comptait et qui devaient fournir à Antoine Guérin l'occasion de déployer toute son habileté et aussi toute son énergie.
1. Ancienne monnaie d'argent que l'on cessa de fabriquer sous Henri III.
Elle tirait son nom de l'effigie qui représentait la « teste » du roi. Le
teston valait di.\ sous tournois. Si l'on tient compte de la valeur de l'argent à cette époque, c'était deux francs de notre monnaie actuelle.