‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 183 sur 241 · LES ŒUVRES DE M°- DE TENCIN · texte numérisé non relu

LES ŒUVRES DE M°- DE TENCIN

rise merveilleusement ses efforts. Mais en même temps, cette fôte fournit à l'auteur l'occasion de greffer une nouvelle histoire sur la première et de nous conter comment « le chevalier aux armes noires » n'est autre que le comte Saint- Martin, dont le duc de Lancastre a séquestré la femme, Mlle de Lascy, mariée à lui secrètement.

Gaveston, ravi de discréditer Lancastre, soutient Saint- Martin, etcelui-ci va probablement joindre son épouse, quand un nommé Jain tente de l'assassiner d'un coup de poignard, en lui remettant une lettre.

Saint-Martin se rétablit pourtant de ses blessures, tout en se faisant passer pour mort et, grâce à Gaveston qui obtient un ordre du Roi, Mlle de Lascy, enlevée à Lancastre, est rendue à son mari. Mais l'émotion est trop forte; les blessures faites par Jain se rouvrent, et Saint-Martin, couvert de sang, expire entre les bras de celle qu'il avait perdue pour ne la retrouver qu'au seuil de leur double tombeau.

En effet, Mlle de Lascy, exténuée elle-même par les souffrances qu'elle a endurées depuis sa séquestration, meurt à sou tour en laissant tous ses biens à Mlle de Glocestre, assez pauvre jusqu'alors. Cette fortune colossale détermine Gaveston à épouser aussitôt celle qui depuis longtemps n'attendait qu'un signe de sa part.

Mais une cabale, dirigée par Mlle de Lancastre, sépare la Cour en deux partis, et le Roi est obligé de fuir avec son favori devant les grands seigneurs, soutenus par la Reine.

C'est la révolution. Gaveston, assiégé à Scaborough, est pris. Il va être jugé, quand Pembrock revendique l'honneur de le garder et, par une générosité sublime, se prépare à le réunir à son épouse, que lui-même a tant aimée. Malheureusement, Gaveston a la mauvaise idée de s'évader et il tombe sur un paiHi de barons, ses ennemis les plus acharnés, qui le font exécuter séance tenante.

Pembrock va porter cette triste nouvelle à la veuve. Mais celle-ci n'en est que médiocrement affligée, car elle a appris à connaître la légèreté des sentiments de son époux défunt.

Pembrock ose alors lui rappeler le passé et lui offrir de nouveau sa main. Elle hésite, car elle a une profonde affection pour l'homme qui est devant elle. Finalement elle refuse.

— Je suis duchesse de Cornouailles, dit-elle en substance, mon mari a fait détester le nom que je porte. Avec moi vous épouseriez toutes les querelles attachées à mon titre; je ne le veux point. Demeurez seulement mon ami.

Nous imaginons qu'en réalité son cœur était allé s'ensevelir malgré tout avec l'infidèle; car l'amitié est toujours la monnaie qu'une femme offre en pareil cas à ceux qu'elle affectionne, incapable qu'elle est d'ouvrir pour eux le tabernacle mystérieux, dont l'amour seul a la clé.

Longtemps on a cru que ces romans étaient l'œuvre de Pont-de-Veyle. A ce sujet, disons par anticipation ce qui se passa le jour de l'enterrement de Mme de Tencin. M. de Montesquieu, en sortant de l'antichambre de la maison mortuaire, dit au frère du comte de Guasco, qui était avec lui : « A présent vous pouvez mander à votre frère que Mme de Tencin est l'auteur du Comte de Cominge et du Siège de Calais, ouvrages qu'elle a faits avec M. de Pont-de-Veyle, son neveu. Je crois qu'il n'y a que M. deFontenelle et moi qui sachions ce secret. ' »

La collaboration de Pont-de-Veyle semble donc certaine.

Mais il est des situations et des sentiments dans lesquels la pensée féminine apparaît clairement, et si la main de Mme de Tencin ne traça point tous les caractères du texte, son âme du moins y passa.

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