‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 189 sur 241 · Le bailli de Tencin · texte numérisé non relu

Le bailli de Tencin

valeur qui fréquentaient chez elle, durent, en dépit de la hauteur du trône pontifical, porter jusqu'au Pape une agréable odeur d'encens.

Paris, 21 octobre 1743 '.

« Très Saint-Père,

« Jusqu'ici j'ai mis aux pieds de Votre Sainteté la reconnaissance que les marques de bonté, dont vous n'avez pas dédaigné de m'honorer, avaient fait naître dans mon cœur. C'est une autre espèce de reconnaissance que j'y mets aujourd'hui. Vous m'avez donné, Très Saint-Père, le plaisir de vous admirer, non plus sur le témoignage de mon frère, du bailli de Tencin et de la renommée, mais d'après mon propre sentiment. Quoique la langue latine ne me soit pas familière, il ne m'a point été nécessaire de recourir à une traduction en forme pour entendre le discours admirable que Votre Sainteté a prononcé dans le consistoire. Mes savants et illustres amis, frappés en le lisant en ma présence des beautés qu'ils y trouvaient, le traduisaient sur-le-champ par une espèce d'enthousiasme. Quel art, quelle sagesse dans le partage des classes dans lesquelles Votre Sainteté place les sujets qu'elle a choisis !

« Ce beau discours. Très Saint-Père, est mis en français par un de nos meilleurs écrivains. Il m'a avoué de bonne foi que, tout accoutumé qu'il est à rendre en notre langue les meilleurs auteurs latins, il s'en fallait bien qu'il eût atteint l'élégance de Votre Sainteté, et qu'il s'était senti presque partout fort en dessous de son original. C'est le propre des ouvrages de génie... w

Ainsi, tandis qu'à Versailles Louis XV demande à tout instant : « Que dit M. de Tencin ? Qu'en pense M. de Tencin ? », la sœur de l'archevêque de Lyon correspond familièrement avec le Pape et dépouille cette précieuse corresjjondance en compagnie des sommités de la littérature et de la science, qui peuplent son salon.

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