Lettre publiée à la suite des lettres de Mme de Villars
mon frère. Elle ne prend aucun parti. Je suis bien tachée que vous ne puissiez pas être toujours ici pour la déterminer à quelque chose. »
La suprême intrigue de Mme de Tencin est tout entière annoncée, esquissée, pourrait-on dire, dans ce passage. Mais pour en bien comprendre la valeur, il faut porter de quelques années les regards en arrière.
Au moment où les Tencin avaient émergé si brusquement de l'ombre, au fond de laquelle les maintenait la sagesse prudente du bon cardinal de Fleury, personne n'avait douté que l'archevêque d'Embrun n'eût la prétention de devenir premier ministre, et l'on avait alors discerné quatre partis à la Cour :
1° Celui du cardinal de Fleury, qui ne se composait que de M. Orry ^, de M. Hérault " et de familiers sans importance.
2° Celui de M. Chauvelin ^, fort en faveur auprès du Roi, de Bachelier * et de certains grands seigneurs.
3° Celui de Mlle de Charolais, qui se groupait derrière Mme de Mailly.
4" Enfm celui du cardinal de Tencin, avec qui se rangeaient lesNoailles, molinistes enragés et, dit d'Argenson, « quantité de femmelettes, sepiquantde dévotion et d'ultramontanisme ».
Toutes ces dames assuraient que le cardinal de Tencin était seul capable de gouverner le royaume après la mort de M. de Fleury. Mme de Tencin faisait chorus et « remuait ciel et terre », principalement dans le parti constitutionnaire, afin de faire partager son opinion au plus grand nombre possible de personnes.
Le Roi, malgré ses bonnes dispositions pour M. Chauvelin, allait fatah^Tient, pensait-on avec raison, s'attacher à
1. Orry de Fulvy, né le 24 janvier 1702, mort le 3 mai 1751. Conseiller d'Etal et contrôleur général.
2^ Hérault de Séchelles, ancien lieutenant général de police en 173'J. Intendant de Paris cl Conseiller d'Etat.