Valet de chambre de Louis XV
ce quatrième parti, non par religion, mais par pem* des Jansénistes et des Parlementaires qu'il regai-dait comme ses véritables ennemis.
En réalité, après la mort du cardinal de Fleury, le parti de M. Orry ne devait plus avoir aucune consistance et celui de Mlle de Charolais ne tenait qu'à la fragile influence de Mme de Mailly. On peut donc réduire à deux les groupes en compétition et ajouter que celui des Tencin-Noailles était de beaucoup le plus puissant, car il comptait des hommes comme le comte d'Argenson, ministre de la Guerre, et le duc de Richelieu, plus que jamais favori du Roi.
Et puis, il ne faut pas oublier que si M. Chauvelin bénéficiait des secrètes sympathies de Louis XV, il avait été exilé par le cardinal de Fleury en 1737. Malgré le dévouement de ses amis, son éloignement le mettait sérieusement en état d'infériorité.
D'ailleurs M. de Tencin allait profiter de désaccords survenus dans ce groupe pour s'en rapprocher et l'annihiler fort habilement en l'absorbant.
Pour le cardinal de Fleury, la mort devait faire prochainement son œuvre, et Tafïaiblissement progressif du Premier Ministre rendait superflue une intrigue de ce côté.
Quant au parti de Mlle de Charolais et de Mme de Mailly, Mme de Tencin allait s'en charger en s'attaquant à la maîtresse du Roi, contre qui elle se préparait simplement à lancer sa propre sœur, la plus belle des Mailly-Nesle, Mme de la Tourne lie.
Dans un souper récent, auquel assistaient Mlle de Charolais et Mme de Mailly, le Roi s'était écrié tout à coup :
« Tout à l'heure un homme (c'était le cardinal de Fleury) me disait : « Sire, je n'ai qu'une grâce à demander à Votre Majesté avant de mourir, c'est de se souvenir de ce que je lui ai dit dans sa jeunesse ; que si jamais Votre Majesté, écoutait le conseil des femmes sur les affaires, elle et son État étaient perdus sans ressoiu-ces. »
Et le Roi avait ajouté après un silence :
« Et je dis à cela que si quelque femme osait me parler d'affaires, je lui ferais fermer ma porte au nez sur-lechamp. »
La plus effroyable ironie des événements n'apparaît-elle point dans ce détail? et la prudence du vieux Fleury n'eutelle point véritablement l'allure d'une prophétie ?
Car les femmes, averties et d'ailleurs trop fines pour se risquer ouvertement, ne parlèrent point d'affaires sans doute, mais surent employer les insinuations, prendre des intermédiaires, et l'on peut dire que précisément l'histoire du xviif siècle a été menée par des l'enmies.
Mme de Tencin fut une des principales, quoiqu'elle ait été constamment tenue en marge de la Cour. Mais elle aussi avait le talent de choisir des intermédiaires. A présent, si les années la privaient du meilleur moyen d'enchaîner les hommes', elle avait constitué jadis d'excellentes réserves, et ses vieux amis, devenus puissants, n'allaient point lui manquer. Le duc de Richelieu fut le meilleur.
Mlle de Charolais avait mis Mme de Mailly en garde contre lui. Il en était résulté une intrigue qui avait abouti à une sorte d'exil momentané de Richelieu. Au retour, celuici, renseigné, était résolu à renverser la favorite. Par une chance, dont Richelieu fut peut-être le préparateui' habile, Mme de Vintimille - venait d'écarter de Mme de Mailly Mlle de Charolais, dont la fermeté et la clairvoyance suppléaient si utilement à l'esprit sans malice de la maîtresse duRoi. Après quoi, elle partagea avec sa sœur les faveurs du prince; et qui sait si Richelieu et Mme de Tencin n'avaient pas eu d'abord l'idée de se servir d'elle?
Mais la mort atteignit prématurément Mme de Vintimille en couches % et les combinaisons du parti des Tencin furent aussitôt aiguillées vers Mme de la Tournelle.