‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 203 sur 241 · C'sst-à-dire : l'écriture · texte numérisé non relu

C'sst-à-dire : l'écriture

que nous ne nous en tînmes pas à ce premier avis. On renvoya celui qui l'avait donné faire de nouvelles questions; on le pria de bien examiner la chose; il répondit « qu'il ne pourrait s'y méprendre, qu'il connaissait parfaitement le caractère des trois sœurs et leur cachet (je vous rapporte ses propres termes) ; qu'il était sûr que les lettres pour le Roi étaient de Mme de Flavacourt, qu'il y en avait eu de Versailles et de Paris, et qu'à vue de pays il pouvait y en avoir eu dix ou douze depuis ce premier avis. » Comment pouvoir imaginer que tout cela soit faux? Voilà l'homme qui vient encore de voir celui qui a vu les lettres et qui lui avait dit de la part de mon frère qu'il s'était trompé et que Mme de Flavacourt n'avait point écrit. Il a soutenu qu'il ne s'était point trompé et qu'il était sûr de ce qu'il avait dit. .

« lime semble qu'à moins d'avoir vu par ses propres yeux, on ne peut avoir plus de certitude d'un fait. »

Quels battements de cœur au sens figuré, sinon au natm-el, révèlent ces phrases hachées, répétées et ce rapide récit des méticuleuses précautions dont Mme de Tencin et son frère s'étaient entourés dans la crainte d'une erreur ou... d'un piège.

Le moment était grave. C'était le temps où Mme de Chàteam'oux, trop enivrée de son pouvoir et de la destinée qu'elle s'arrogeait prématurément, avait résolu de suivre le Roi à la guerre. Cette résolution n'indiquait-elle point une jalousie basée sur un ralentissement de la part de l'amant, et comme un besoin de s'accrocher à lui désespérément ? L'annonce de la correspondance mystérieuse de Mme de Flavacourt donnait à penser que la rivale prochaine était encore de la famille, et que cette quatrième Mailly travaillerait contre ses sœurs, comme celles-ci l'avaient fait successivement, chacune contre son aînée.

Disons immédiatement que, si lalerte fut chaude, elle n'eut pas de suite et que l'on n'a jamais su au juste si Mme de Flavacourt écrivait au Roi pour elle-même ou pour son mari.

qui désirait être compris « dans la promotion ^ », comme l'ont expliqué plus tard les espions de Mme de Tencin.

Mais d'un autre côté Mme de Châteauroux, en bravant trop ouvertement l'opinion publique, devenait impopulaire et rendait ainsi service à ses propres ennemis.

« M. le comte de Saxe, mandait Mme de Tencin le 19 juin 1744, vient d'écrire que l'arrivée de Mme de Châteauroux a fait le plus mauvais effet dans l'armée. Il n'y a pas un capitaine d'infanterie qui n'en parle, et celui qui a fait le sacrifice de la faire venir le paiera cher )>.

Puis, on aperçoit le merveilleux mécanisme des roueries féminines, dont le but en l'espèce est louable et patriotique.

(( Comptez que Maurepas, malgré tout ce qu'il fait, n'est nullement perdu, écrit Mme de Tencin. Ses amis sont trop tranquilles pour qu'il n'ait pas des assurances de la bienveillance du Roi, dont il leur a fait confidence. Si le Roi voulait faire attention au mauvais état de sa marine et au préjudice qu'en reçoit notre commerce, aurait-il besoin de faits?

« Ce que j'ai proposé à Mme de Châteauroux d'avoir un état des sommes données pour la marine est la meilleure voie" pour faire voir au Roi que Maurepas est incapable de place.

« Je viens de parcourir la liste des maîtres des requêtes et des intendants. Ils sont tous ineptes, ou ils ont tous des liaisons intimes avec quelques-uns des ministres, car je mets en fait que Mme de Châteauroux a un intérêt le plus réel et le plus important à avoir le lieutenant de police à elle. »

Et Mme de Tencin propose de faire évincer Marville « qui est un sot », pour le remplacer par vm nommé Chaban, qui leur fut tout dévoué en diverses occasions.

Dans cette même lettre, le cardinal de Tencin prend la plume à son tour et révèle à Richelieu qu'il a failli être la victime d'une de ces manœuvres que les hommes politiques

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