L'ELECTION DE POMMIER
l'influence valait bien la sienne. Il se rattrappa sur l'extérieur en déchaînant ses bandes contre les troupes de Maugiron qui se retiraient de Valence, chassées par les mutins. Ces malheureuses compagnies, qui comptaient faire confortablement étape à Romans, durent passer au large sans obtenir même l'autorisation de se rafraîchir ni de faire boire leurs chevaux.
Au début, les soldats avaient fait mine de vouloir s'arrêter malgré tout, mais en un instant la campagne environnante avait retenti du bruit du tocsin et des rugissements des cornets, et les officiers effarés s'étaient alors empressés de s'écarter. Puis, ils s'étaient partagés en plusieurs pelotons afin de dépister ceux qui voulaient les poursuivre.
En réalité. Pommier disposait d'une force considérable, merveilleusement organisée et il pouvait dire avec orgueil que « son appel faisait sortir de terre quatorze mille hommes». Devant une pareille puissance les partis opposés ne devaient pas rester indifférents. Ce furent les protestants qui tentèrent les premiers de se rapprocher du démagogue, dont les déclarations concordaient assez bien avec leurs idées avancées. Un sieur La Prade, commandant à Châteaudouble, fut chargé des négociations. Il connaissait la vanité de Pommier. Ce fut par là qu'il le prit, en lui promettant une situation prépondérante, digne de sa valeur.
L'affaire marchait à souhait, mais des paysans de la troupe du drapier, se souvenant des massacres dont La Prade avait été l'auteur et dont leurs proches avaient pâti, se refusèrent à suivre leur chef. Celui-ci, pris de peur comme un sot et craignant de perdre l'appui de ses meilleurs affidés, se retourna contre son futur allié et lui prépara des embûches. Mais La Prade, avisé, le devança et lui massacra plus de cent personnes, pai'mi lesquelles des femmes et des enfants.
Les vilains, furieux, assiégèrent alors Châteaudouble. Mais ils s'y seraient usé les ongles et les dents si Maugiron, se faisant aimable à son tour, ne leur avait envoyé des troupes pour les soutenir et surtout des vivres pour les nourrir, car
ces grands enfants n'avaient emporté que leurs bissacs, comptant sans doute sur la générosité de leurs idées pour emplir leur ventre.
En fin de compte, grâce à l'intervention des troupes catholiques, La Prade dut livrer le château. Les vilains rentrèrent alors à Romans, « enflés de gloire », s'arrogeant tout le succès de l'affaire, comme aussi le d]'oit de retenir sous leur garde l'artillerie de la ville qui se composait de deux canons...
Dans les mouvements populaires qui parsèment l'Histoire, on retrouve toujours trois éléments : le sublime, le cruel et le comique, qui permettent aux écrivains des diverses opinions d'exalter, de flétrir ou de ridiculiser ces actes d'êtres simples chez lesquels le groupement, en éveillant l'idée de force, détermine l'illusion de la souveraineté. Mais ce (jui caractérise l'état d'esprit des divers partis du xvf siècle, c'est que tous se recommandaient du Roi. Chacun prétendait agir pour le plus grand bien de l'autorité et des intentions du souverain, soi-disant mises en péril par les autres ligues.
Les vilains eux-mêmes ne se montraient si zélés que parce que derrière leurs revendications immédiates ils imaginaient la figure royale, tendant ses intelligents désirs vers le même but que poursuivaient leurs forces aveugles.
Les meneurs, qui ont su de tout temps exploiter la crédulité de leur clientèle, usaient alors de l'influence du mot Roi, comme ils usèrent, à d'autres époques, des mots correspondant à lengouement contemporain.
Aussi, lorsque l'on apprit que la Reine mère allait passer deux jours à Romans, il y eut parmi les diverses ligues un moment d'inquiétude. Nul n'ignorait l'influence de l'intelligente princesse et l'on se demandait si d un mot elle n'allait pas ruiner le prestige de certains groupes.
En fait, Catherine de Médicis ne venait en Dauphiné (( que pour y faire recevoir la paix de Poitiers, que les protestants acceptaient avec répugnance, et pour contraindre le