CATHERINE DE MEDICIS A ROMANS
maréchal de Bellegarde à restituer au Roi le marquisat de Saluces dont il s'était emparé ».
Voici comment elle-même raconte son expédition : « Je suis venue, écrivait-elle à son fils, coucher en ce lieu de Romans d'où ceux de la ville sont venus au-devant de moi, ce que n'avaient pas fait au moins les gens de guerre de Valence V . .
« Ceux de cette ville de Romans sont venus au-devant de moi en bon nombre et bien armés ; leur capitaine appelé Pommier, qui est un marchand drapier, m'a fait bien sommaire harangue de ma bien venue, et j'ai remis à parler demain à tous ceux de cette ville ensemble, y séjournant pour ce qu'il est dimanche. Aussi je serai bien aise de parler à lui. Cependant je vous dirai que ledict Pommier a si grand crédit et autorité parmi ces ligues qu'au moindre mot qu'il dit il fait marcher tous ceux de cette ville et des environs-. M
Ainsi la Reine elle-même allait se trouver obligée d'user de diplomatie avec le chef des vilains, cet homme qui exerçait la charge de commandant de la ville sans l'autorisation du Roi.
L'entrevue d'ailleurs ne manqua pas d'originalité. Il v eut une première audience le matin, et quand Pommier se trouva en présence de la Reine, comme il demeurait debout avec beaucoup d'outrecuidance, plusieurs gentilshommes crièrent : « A genoux ! » Mais il feignit de ne pas comprendre, et lorsque la Reine lui demanda qui l'avait investi de ses fonctions, il répondit assez rudement que « le peuple l'avait élu, non contre le service de Sa Majesté, mais pour la conservation du paucre peuple et pour poursuivre ses justes remontrances, contenues dans ses cahiers ».
Après lui vint Antoine Guérin, qui adressa un discours à
1. En réalité les ligues avaient hésité à faire cette démonstration, et puis, chacune ayant pensé qu'un tel manque d'égards serait en contradiction avec la prétendue fidélité au Roi dont on parlait tant, tout le monde s'était ravisé.