‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 25 sur 241 · Celle de Pommier, évidemment · texte numérisé non relu

Celle de Pommier, évidemment

CATIIKRINHr DE MKDICIS A ROMANS 35

ladite ville, donnèrent je ne sais quel cœur aux assistants, que de là en avant ils commencèrent de penser à leurs affaires et chasser la trop grande crainte qu'ils avaient eue jusques lors de communiquer les uns avec les autres, avec propos délibéré de ne plus tant endurer comme ils avaient fait auparavant'.

Et bientôt ils allaient prouver qu'uno pai'olo de roin<'. placée à propos, peut avoir un effet salutaire.

Cependant Catherine de Médicis ne voulut point en rester là avec le chef des vilains, et l'après-midi elle convoqua de nouveau les principaux fonctionnaires. Quand ils furent assemblés, elle adressa publiquement à Pommier de sévères remontrances et l'engagea à se rendre digne de la grâce qu'elle lui faisait en lui pardonnant ses fautes. Puis elle lui enjoignit de faire cesser tous les actes sinistres qui se commettaient, faute de quoi « elle le ferait châtier de telle façon qu'il servirait d'exemple à tous ceux qui viendraient après lui, qui voudraient entreprendre de telles choses ».

Cette fois. Pommier subit l'ascendant du prestige roval. Il sentit peser sur son orgueil une volonté puissante, et dans les yeux de l'habile italienne il aperçut la lueur fatale qui lui promettait un avenir semé d'embûches. Alors, perdant son assurance, il balbutia qu'il avait fait le matin une promesse à M. de Maugiron, qu'il la tiendrait et qu'on ne le verrait plus jamais « se mêler de telles choses ».

Mais l'intimidation de Pommier avait donné quelque courage à ses ennemis, et à cet instant un citoyen de la ville se jeta aux genoux de Sa Majesté et lui dit :

« Madame, ce matin ce Pommier a déclaré qu'il avait été élu chef par le tiers-état de ce pays. Je vous porte assurance de plus de vingt-mille personnes, gens de bien du tiersétat, qu'il n'a jamais été nommé ni élu par eux et qu'ils ne sont en rien consentants de ses menées et méchancetés, et au contraire, vous demandent et requièrent que justice de lui et de ses complices et fauteurs en soit faite. »

1. La guerre des paysans. Manuscrit attribué à Guérin lui-même.

Il est aifficile de ne pas voir dans cette intervention inopinée a'un simple citoyen la main habile d'Antoine Guérin. L'occasion était unique pour assurer dans l'avenir l'impunité à ceux qui emploieraient la force pour se débarrasser de ce démagogue, dont l'autorité, sous prétexte d'alléger le peuple, était devenue elle-même une tyrannie.

Catherine deMédicis, désireuse d'apaiser momentanément les colères, sans doute afin de ne pas éveiller les défiances répondit :

— « Je m'assure que les gens de bien et bons serviteurs du Roi ne l'ont pas élu et ne prêtent consentement à tout ceci, mais il a promis qu'ils seront tous sages dorénavant^ »

En réalité, la Reine ne se faisait aucune illusion sur les promesses de Pommier et de sa bande, à tel point qu'elle donna ordre à M. de Maugiron d'enlever l'artillerie et de la transporter à Lyon, « ce qui humilia profondément les gens de bien, tout en les rassurant ».

Mais à peine la hautaine et imposante figure de Catherine de Médicis eut-elle disparu de l'horizon de Romans que les fauteurs de désordre reprirent toute leur assurance et que Pommier oublia des serments arrachés,, pensait-il, grâce à un trouble momentané qui leur enlevait toute valeur.

Lorsque revint la Saint-Biaise, en 1580, les drapiers triomphants et unis aux vilains donnèrent à leur fête un éclat particulier. Le peuple ayant été invité à se mettre en armes, plus de six cents hommes parfaitement équipés se réunirent, et Pommier, après enavoirpassé la revue, défila solennellement à cheval dans les rues de la ville à la tête de ses troupes.

Puis il y eut un grand « reynage » dans lequel les plus habiles coururent un mouton ^

1. Toutes ces paroles furent notées par un témoin et. étant donnée l'authenticité du document sus indiqué, nous pouvons les tenir pour e.xactes.

2. C'était un concours, cumposé de diverses joutes, dans lequel le pri.\ décerné au vainqueur était un mouton. Notes de M le D-- Ulysse Chevalier et aussi de J. Roman.

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