Mém. de d'Argenson. T. 1, p
2. Augustin, récollet sous le nom de Frère Hyacinthe ; deux filie.«: visitandines ; Pierre, capucin sous le nom de Melchior. et Aymar, jésuite. On a de Melchior un abrégé de l'histoire sainte et de l'histoire ])rot'ane attribué à tort à son grand-père. On le retrouve, en 1074, gardien du couvent des capucins de Romans. L'une des deux visitandines. Justine Laurence, devint supérieure de son couvent. Enfin Aymar eut en Ethiopie des aventures curieuses que nous relaterons.
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sieurs générations des sacrifices en commun pour essayer de mettre enfin un descendant en bonne posture.
Les alliances se ressentaient également de cet effort et si, parfois, des parents scrupuleux et sensibles daignaient s'informer des sentiments de leurs filles, le plus souvent les malheureuses étaient mariées pour arrondir un domaine. Il est juste d'ajouter que l'ensemble des résultats n'était pas plus mauvais qu'aujourd'hui. Seulement, la poésie du choix était méprisée, et puis la beauté avait moins de valeur ; et en réalité, pour les filles sans dot et les cadets sans fortune, le plus simple était de faire naître en eux la vocation religieuse par obéissance filiale ti défaut de tout autre appel divin.
Ce fut grâce à ce système que François Guérin put acheter, en 1G37, une charge de conseiller au Parlement de Grenoble '.
Un mariage avantageux allait encore améliorer sa situation et lui apporter le nom de Tencin, que devaient illustrer au siècle suivant les deux principaux personnages de la famille. François sut se faire agréer de M. du Faure, président à mortier au Parlement de Grenoble, ainsi que de son épouse, née Dalphas, et il obtint la main de leur fille Justine.
Une dizaine d'années après, Mme du Faure, devenue veuve, acheta dans la vallée du Graisivaudan une petite propriété qui s'appelait Tencin et qui s'étendait sur la rive droite du ruisseau du même nom-. Elle faisait autrefois partie du
1. Il fut nommé le 31 mars. Cette charge valait à cette époque de 60 à 70.000 livres. (Note de M. Prudhomme.)
2. A ce sujet sont nées certaines confusions, car de l'autre côté du ruisseau, sur la rive gauche, s'étendaient des terres dites de Tencin qui appartenaient aux Monteynard depuis le .\= siècle. Dans le temps des luttes terrihles que les chrétiens du Dauphiné eurent à soutenir contre les Sarrasins, les Àynard (ou Monteynard). qui étaient de puissants seigneurs féodaux, déployèrent pour la cause de l'Église une vaillance et une activité qui leur valurent les plus grands honneurs.
Par une charte de 970. l'évèque Isarn, prince du Dauphiné, parrain de laîné des Monteynard, concéda à celui-ci vingt-trois villages et trois montagnes, de Tencin à Domène : de cocha quœ vocatur Theys usque ad aqiiam
riche domaine laissé par le connétable de Lesdigiiières à son petit-fils François de Bonne de Créqiii, duc de Lesdiguières, gouverneur du Dauphiné, et ce fut précisément ce dernier qui, désireux de se défaire de ce morceau de terre pour des raisons de convenances personnelles, le céda à la belle-mère de François Guérin pour une somme de 6 000 livres '■, ce qui indique, toutes proportions gardées, un domaine peu important.
Après la mort de Mme du Faure, François Guérin devint seigneur de Tencin et joignit désormais ce nom au sien. Plus tard, le mot Guérin s'effacera peu à peu, et le petit relent
qi/œ vocatiir de Domeno. c'est-à-dire de ruisseau h ruisseau, ce qui reprûsente une distance de \± kilomètres.
l'ar une heureuse tradition, dont on a en France trop peu d'exemples, l'héritier et descendant direct des Monteynard, le marquis actuel, possède encore une assez grande j)artie des lieux donnés à son ancêtre, et notamment il est toujours propriétaire des deux cours d'eau énoncés dans la charte. La terre de Tencin, qui n'était qu'un morceau de cet immense domaine, est demeurée intacte et jamais une parcelle n'en fut distraite par les Monteynard. On se demande alors comment le gendre de Mme du Faure put devenir légitimement seigneur de Tencin. En voici l'explication : Pendant les guerres de religion, les protestants avaient brûlé les châteaux des Monteynard, et ceux-ci s'étaient retirés à Montfrin, en Languedoc. Le titre de « seigneur de Tencin » ayant alors fait retour au Roi, avait été affecté en faveur de Lesdiguières à la partie de la terre située sur la rive droite du ruisseau. C'était ce morceau que Mme du Faure avait acquis.
Quant aux alliances des deux familles, c est une branche cadette de la maison de Monteynard, celle du Chatelard (commune de Champs, canton de Goncelin), qui a une double affinité, assez singulière d'ailleurs, avec les Tencin.
Une sœur du marquis de Monteynard épousa au xvni» siècle un comte de Tencin, et la mère de celle-ci, marquise douairière de Monteynard (née du Prat de la Bàlie), se remaria avec le beau-père de sa lille. Bizarre chassé-croisé qui, suivi de près, donne avec les enfants les parentés les plus inattendues. En tout cas, ces mariages furent de beaucoup postérieurs à l'époque où les Guérin s'adjoignirent le nom de Tencin. Enfin, il est encore bon de faire rcmaniuer (jue les Monteynard, toujours fidèles à leur devise : Pro Deo fide et Iie(/e, doivent être rangés parmi les rares familles de grands féodaux qui, durant les guerres de religion, ne songèrent pas à profiter des circonstances pour satisfaire leurs ambitions particulières au détriment de l'autorité royale.
i. Acte du 14 janvier 1648. Arch. de l'Isère. E, titres de la famille Guérin.
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de roture qui pouvait s'y attacher se dissipera comme une vapeur légère, à la faveur des succès que rem[)orteront au xviii° siècle le cardinal de Tencin et sa sœur Alexandrine.
Cependant, si la possession de la terre avait donné au conseiller la satisfaction de pouvoir se distinguer de la foule des Guérin, il ambitionnait encore d'avoir là un château qui lui permît de se dire réellement seigneur de ce domaine.
Il y avait précisément, en bordure des vignes de Tencin, un vieux castel sarrasin qui dressait sur un [)etit mamelon, au-dessus du village, son pâté de bâtiments en rectangle, dominé par une tour carrée de quatre étages.
La nmraille « de bise », c'est-à-dire du nord de ce donjon, portait une cloche d'argent qui, par les beaux jours, semblable à un énorme diamant enchâssé dans cette masse grise, étincelait aux rayons du soleiP. Cette cloche servait à rappeler les travailleurs, dispersés dans les prairies et les vignes, et à donner des avertissements aux pâtres égarés dans la montagne. Car le sombre castel, jadis nid d'aigles pillards, était devenu une sorte de métairie, et ses prisons souterraines, aux larges piliers de granit et aux voûtes épaisses, ne recelaient plus que des cuves et des tonneaux pour la vendange. Une oubliette subsistait, mais on l'avait solidement recouverte et le choc d'un pied averti pouvait seul en révéler l'existence".
Le château, qui portait avec la terre environnante le nom de : La Tour'^, était la propriété de noble Marc de Beau-
1. Cette cloche est demeurée à sa place, en dépit des siècles. L'auteur a pu la faife sonner et goûter ainsi la joie un peu puérile mais délicieuse de réveiller réellement les échos du passé.
2. Cette oubliette fut, parait-il, ouverte pendant les guerres du Premier Empire et l'on y cacha les corps de plusieurs soldats autrichiens massacrés par surprise.
3. Et non de « La Tour de Tencin », comme on l'a dit. Ainsi, Marc de Beaumont était dénommé : seigneur de la Tour, et Antoine Guérin : seigneur de Tencin. Ce fut seulement après la réunion des deu.K terres dans la même main que les habitants du pays appelèrent le vieux château : La Tour de Tencin.
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mont de Rochemure, fort bon gentilhomme mais financier détestable, à tel point que le 20 décembre 1666 il se trouv;i dans l'impossibilité tle payer au sieur Antoine Chaberf, marchand à Grenoble, la somme de 389 livres. Il est vrai (ju'il s'agissait d'affiquets achetés « par la damoiselle sa femme » et que le malheureux était probablement la victime d'une prodigue épouse. Il promit bien de s'acquitter dans la quinzaine, mais s'il combla cette brèche, ce fut pour en ouvrir une autre, et le 20 juin de l'année suivante, le sergent royal porteur d'un commandement se rendait au domicile de Marc de Beaumont qui, ])ar une opposition lamentable des situations, habitait /rt maison de la Monnaie où il exerçait d'importantes fonctions, peut-être celles de Maître.
Cette fois, il s'agissait seulement de 182 livres, mais dans la mesure des créances cette goutte devait être la dernière d'un grand nombre d'autres, et ce fut la saisie.
Si l'on reproche à la procédure moderne d'être compliquée, c'est que Ton n'a pas examiné celle des temps passés. La réalisation des biens de Marc de Beaumont nécessita successivement des al'tichages, dos jugements, des annonces faites à haute voix en place publique, des interventions de juridictions de toutes sortes, et ce fut à plusieurs reprises qu'il fallut renouveler toutes ces cérémonies.
Pendant ce temps, le conseiller Guérin de Tencin ne disait rien mais chargeait fort secrètement maître Barthélémy Collin, procureur au bailliage du Graisivaudan, de mettre des enchères pour son compte sur la terre et le château de La Tour.
Enfin, après une première adjudication, qu'il fallut d'ailleurs recommencer, François Guérin devint propriétaire du bien qu'il convoitait pour la sonnne de 20 700 livres. Seulement il n'eut guère le temps de jouii" de son acquisition, car i) mourut en 1672, laissant deux fils qui allaient devenir simultanément présidents de Parlements, l'un à Grenoble, lauli-e en Savoie, et une fille nonunée Louise, (jui avait épousé M. de Barrai en 1662.
Antoine de Guérin, seigneur de Tencin.
Premier Président au Sénat de Savoie (1697).
(Galerie du château de Tencin au marquis de Monteynard.j
Cliché de Piccardy — Grenoble.