LE COLPORTAGE AU XVI» SIÈCLE
leurs marchandises parfois luxueuses, leur connaissance des nouvelles du royaume ot leur science. La plupart savaient, écrire et une grande plume de greffier, passée dans le chapeau, faisait à la coiffure un ornement, à l'homme une enseigne.
Le colporteur prenait rang parmi les personnages importants de la région, car il tenait lieu de gazette périodique et devenait ainsi, dans les contrées éloignées, un des éléments précieux d'information du royaume de France.
Un ancien dicton assurait qu'il fallait trois Juifs pour tromper un Grenoblois et trois Grenoblois pour duper un Briançonnais'. On comprend alors que l'intelligence de Guérin fût appropriée au commerce. Mais ses capacités étaient encore renforcées par une devise qu'il tenait des vieux de son pavs: « On ne saurait être habile sans probité -. » Paroles pleines de bon sens sur lesquelles le jeune colporteur échafauda rapidement sa fortune et sa force morale.
A mesure que sa clientèle grossissait, son goût s'affinait, son ambition se développait et bientôt il s'était uniquement attaché aux articles de joaillerie dont il allait se munir en Suisse.
Durant de longues années il avait arpenté le sol du Dauphiné et des provinces voisines, subissant les intempéries, mais aussi goûtant les joies de la liberté au grand air et du travail rémunérateur, et sachant en homme de tête « enterrer une pistole lorsqu'il la pouvait avoir^ ». Un beau jour il avait eu assez de la vie errante ; ses économies lui permettaient d'ouvrir boutique; son cœur éprouvait le besoin de fonder un foyer avec la conviction que sa demeure deviendrait prospère.
Une ville l'avait attiré : Romans, la cité du commerce par