CHAPITRE VI
L'arrivée d'Alexandrixe de Tencin au monastère. — Ses premières
RÉPUGNANCES POUR l'ÉTAT RELIGIEUX. — INTERVENTION DE M™»^ DE FeR- RIOL, DE M. DE FlACOURT ET DU P. KeHUFFET. — SÉVÉRITÉ DU PRÉSIDENT
DE Tengin. — Désespoir d'Alexandrine en prenant le voile du noviciat. — Tentative de son jeune cousin Boffin d'Argenson. — Scènes violentes avec le président de Tengin. — Les vœ:ux de la chanoine s se.
Lorsque l'aimable entant qu'était Alexandrine tut amenée par sa mère au monastère de Monttleury en 1690, il y eut enchantement réciproque. Tout ce qui est nouveau séduit les enfants et si Alexandrine connaissait déjà Montfleury, c'était par des visites courtes et espacées dont une mémoire de huit ans ne pouvait conserver qu'un souvenir imprécis. Laissée là par sa mère, elle eut bien le premier moment d'angoisse qui étreint les enfants quand ils se voient privés de leur appui habituel, mais les femmes dont elle était entourée possédaient une physionomie si douce et si pure sous cette guimpe qui leur serrait le visage en ovale, avec la pointe noire des veuves au milieu du front' !... Dans leurs gestes, qui s'amplifiaient harmonieusement sous les draperies blanches de la robe et du scapulaire flottant, elles avaient tant de charmes!... Et puis, tout le monde semblait de si bonne humeur dans ce couvent ! Ces marques d'un heureux état d'esprit donnaient une impression de soulagement à la fillette qui, dans sa famille, sentait peser sans cesse la sévérité ombrageuse de son père et assistait fréquemment à des scènes violentes dans lesquelles
1. Autrefois les veuves menaient un voile noir qui s'avançait au milieu du front en une petite pointe. Les dames de Montfleury portaient cette coiffure.
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le président du Tencin exerçait sa souveraineté patriarcale contre sa femme et ses enfants'.
Angélique, l'aînée, dont le caractère difficile perçait déjà, était seule à oser tenir tête au rigide magistrat, mais elle n'en était que plus durement menée ; la cadette, Françoise, subissait les gronderies avec indifférence, et la mère, en épouse modèle, abdiquait toute autorité. Elle devait d'ailleurs en concevoir plus tard d'amers remords, qui la conduisirent au tombeau^.
L'existence à Montfleury, dans le calme et la régularité, avec un perpétuel régal des yeux devant des horizons merveilleux et changeants, parut douce à Alexandrine, qui se trouvait du reste avec des camarades de son âge.
Plus tard, Mme de Tencin a déclaré que son seul regret de ne pouvoir s'habituer à la vie monacale était venu de l'idée qu'elle devrait quitter une communauté « pleine d'attraits et de bons exemples, et composée de tant de filles également distinguées par leur piété et par leur naissance, et où l'on savait allier la régularité la plus exacte avec la politesse et la douceur, qui rendent la société tranquille et agréable^ ».
Cependant, chez l'intelligente pensionnaire, l'insouciance des premières années avait fait place à quelque réflexion, et elle commençait à comprendre ce que l'on attendait de sa docilité. « A mesure qu'elle avançait en âge, on lui faisait entendre qu'elle serait la plus heureuse des sœurs si elle prenait le parti de se faire religieuse ; que, tandis que les autres^ sei'aient reléguées dans quelque mauvais village, elle vivrait au milieu de sa famille, dont elle ferait la joie et la consolation; qu'on lui donnerait une pension considérable
1. Enquête de rofficialité. .\ich. de Grenoble. Arch. de l'evèché.