‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 44 sur 241 · ALEXANDRIN!: A MONTFLEURY · texte numérisé non relu

ALEXANDRIN!: A MONTFLEURY

gager Alexandrine à « ne point se laisser gagner ni par l'espérance ni par la crainte, attendu que tout ce que l'on faisait ne tendait qu'à soulagei* la famille d'une légitime^, et qu'il valait mieux courir le risque de vivre fille sans établissement que religieuse sans vocation'. »

M. de Flacourt était un homme d'une quarantaine d'années, maître des Comptes de Savoie, et quoiqu'il habitât ordinairement Chambéry, il avait de nombreuses relations à Grenoble et était fort lié avec les Tencin. Ce n'était pas la première fois qu'il allait voir Alexandrine à Montfleurv, car Mme de Ferriol, au moment de son mariage, lui avait pour ainsi dire confié sa sœur, en lui expliquant à quel sacrifice son cruel père et sa faible mère entendaient la conduire. L'aimable homme, plein de pitié pour la gracieuse fillette que l'on voulait emmurer, n'avait point manqué d'aller à plusieurs reprises, en ami de la famille, rendre visite à Alexandrine, et quand les circonstances l'avaient permis, il lui avait conseillé de n'agir que selon sa conscience.

Ce jour-là, après avoir gravi la pente bordée de verdures qui conduit à Montfleury, dans le bruissement accompagnateur du petit torrent gargouillant sous les buissons, M. de Flacourt fut d'abord introduit dans la cour d'entrée, bordée d'arbres, au fond de laquelle se dressaient les trois corps de bâtiments du monastère. Puis, la tourière qui le connaissait, ouvrant le battant d'une grande porte Renaissance, audessus de laquelle serpentaient des ferronneries compliquées, lui fit traverser un vestibule voûté, et de l'autre côté il déboucha sur la terrasse, où il retrouva Alexandrine. Celleci, dès qu'elle l'aperçut, vint à lui les yeux pleins de larmes.

« C'est fini, dit-elle en sanglotant : mon père me contraint, ma sœur Angélique est partie, je n'ai plus personne pour me soutenir ; il me faut obéir ou mourir. ^ »

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