‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 49 sur 241 · Déposition de Marie Gelle. Arch. de Grenoble · texte numérisé non relu

Déposition de Marie Gelle. Arch. de Grenoble

ALliXANDRIMi A MONTFLliURY 9;!

Elle se soumit en apparence mais le soir, en se couchant, elle assurait à Marie Gelle que, « tôt ou tard, elle parviendrait à revenir de cette violence et à sortir du monastère »; et la servante, qui n'avait pu se tenir de bavarder avec les chanoinesses, lui confia que Mme de Charconnes était maintenant désolée d'avoir sollicité aussi vivement son élève do se faire religieuse.

De son côté la mère d'Alexandrine commençait à gémir on secret de la violence qui était faite à sa tille, et devant l'altération de santé de la novice, cette épouse trop faible comprenait sa responsabilité maternelle, mais sans oser réagir.

Ce fut le 2o novembre 1698 que Mlle de Tencin fit « profession ».

A cette époque de l'année, les dames de Montfleury, par un effet de leur privilège, portaient sur leur habit blanc une robe noire, ouverte par devant, qui descendait jusqu'à mijambe. Ce vêtement fort seyant était doublé et bordé d'hermine ; et à voir ainsi les chanoinesses, avec leur allure si digne et si gracieuse à la fois et leurs figures de missel, on eût dit une évocation de nobles dames da moyen âge, allant en troupe assister à quelque cérémonie royale.

Comme pour la prise d'habit, Alexandrine se trouva de nouveau en face du Supérieur qui l'interrogeait :

« Ma fille, voulez-vous finir vos jours dans l'observance de la règle de saint Augustin et des constitutions de saint Dominique ? »

Alexandrine, très pâle, répondit sans hésiter mais de la façon dont on récite une leçon.

« Oui, mon père, en la présence de ces autels. »

Puis la révérende mère prieure lui enleva son voile blanc de novice et le remplaça par un voile noir, qui venait d'être béni. Après quoi, Alexandrine s'avança au milieu du chœur et se prosterna, tandis qu'on la couvrait d'un drap mortuaire tenu aux coins par quatre religieuses; et le De prof midis fut gravement psalmodié. Par terre, Alexandrine songeait à sa revanchç. Une voix solennelle la rappela à la réalité :

« Ma fille, disait le P. Supérieur, levez-vous, vous qui dormez ; levez-vous d'entre les morts et Jésus-Clu*ist vous éclairera... »

Puis, le drap noir enlevé, il termina par ces paroles qui durent, en dépit de toute espérance contraire, glacer le cœur de cette enfant de seize ans :

« Ma fille, vous êtes morte au monde et à vous-même pour ne vivre qu'à Dieu seul '. »

Enfin, après quelques formules latines, un Te Detwi fut suivi de la Bénédiction, et la cérémonie s'acheva dans des chants d'allégresse.

1. Toute cette scène, exacte dans les moindres détails, est reconstituée d'après deux documents authentiques. Arch. de Grenoble, enquête de l'officialité et liibl. nat. L K J, G'.)Ol\

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