‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 55 sur 241 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

LE TITRE DE MARQUISE ilS

en s'aggiavaiit, ne tirait pas à conséquence, car l'emblème n'implique nullement le titre'. Mme du Deffant, il est vrai, donne du marquisat à Mme de Tencin ainsi que quelques autres écrivains dans la seconde moitié du xviii'' siècle. Mais ne serait-ce point par ironie pour les uns, par inadvertance pour les autres ? Car la solution de cette question peut être réduite à doux hypothèses. Dans la première, si Mme de Tencin avait été réellement marquise on en découvrirait la trace dans les actes civils. Dans la seconde, si elle s'était octroyé an titre, elle aurait tenu à le consacrer par l'usage et elle l'aurait imposé à ses complaisants. Or tous, jeunes ou vieux, ducs ou hommes de lettres, parlent simplement de : a Madame de Tencin'. »

Nous les imiterons. Mais avant de suivre Alexandrine dans son existence de galanteries et d'intrigues, il est utile de remarquer que l'ancienne religieuse n'est plus la défroquée, licencieuse dès sa prime jeunesse, coquette au couvent avec ses confesseurs et libertine jusque dans le parloir, que l'on nous avait dépeinte jusqu'ici. C'est une femme de trente ans, instruite certainement, aigrie sans doute, ardente et curieuse peut-être, mais non pas dépravée.

Sa beauté, momentanément amoindrie par la maladie et les préoccupations, allait retrouver sa fraîcheur dans la liberté.

■1. Si la terre de Tencin fut jamais érigée officiellement en marquisat, ce fut seulement à la fin du xviiio siècle. C'est sur un acte daté de 1772 (chartrier du niarijuis de Moiiteynard) ([ue nous trouvons pour la première fols rindication suivante :... Messire Antoine. Marquis de Tencin, gouverneur de la ville et citadelle de Die. — Et nous observons que dans des actes officiels, de peu antérieurs, le nom du même personnage figure sans titre. Or il est inadmissible que les membres de la famille aient été assez désintéressés de leur marquisat pour laisser passer une pareille omission. Il est plus vraisemblable de supposer que les Tencin ne furent marquis qu'en 177.2.

2. Quant à la baronnie de l'Ile de Ré qu'elle tint d'une soi-disant saisie de cette terre au détriment de La Fresnaye, c'était un de ces titres que bien des seigneurs inscrivaient sur les actes mais qu'ils ne portaient pas, Nous ne l'avons trouvé, pour notre part, que dans l'annonce du décès de Mme de Tencin.

Mais sa grâce surtout, qui s'était développée dans la langueur de la captivité, et son esprit, qui s'était affiné par l'étude et les méditations, allaient faire de cette dominicaine libérée une des plus curieuses figures de la Régence et l'une des meilleures femmes de lettres de son temps.

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