Ibidem. Discours préliminaire
facultés Bolingbroke ait été à même de cultiver son esprit et de conquérir promptement la situation qu'il méritait.
Son amour effréné des plaisirs aurait pu seul constituer une entrave, mais on l'avait marié à vingt-six ans, et la même année il était élu membre du Parlement.
Il avait été tour à tour victime (1708), puis victorieux des Whigs (1710), et enfin son fameux ministère venait d'être couronné (1712) par les honneurs de la pairie, La paix d'Utrecht avait été le chef-d'œuvre de son administration, et ])our mener à bien ses délicates négociations, il avait eu le bonheur de trouver à ses côtés un homme intelligent comme lui, vif et aimable comme lui, aussi habile diplomate que lui, poète comme lui et connaissant parfaitement la langue française : c'était Mathieu Prier. Par exemple, celui-ci avait douze ans de plus que Bolingbroke, et ce qui le différenciait surtout du ministre c'était son extraction. Prier était le fils d'un menuisier. Il avait été recueilli par un oncle cabaretier et finalement poussé dans la vie par le comte de Dorset, qui avait trouvé un jour ce petit rustre entrain de se délectera la lecture d'Horace. C'était par la poésie qu'il avait débuté et par la diplomatie (ju'il avait continué.
L'obscurité de sa naissance avait longtemps entravé sa carrière, mais enfin, remarqué par Bolinbroke, il avait été envoyé en 1711 à Paris pour entamer des négociations, qui se continuèrent d'abord à Londres dans sa propre maison, puis ofliciellement à Utrecht (janvier 1712).
Cette môme année, il avait accompagné Bolingbroke en France et y était resté avec l'autorité d'embassadeur, mais sans caractère public. C'était seulement en 1713 qu'il allait recevoir officiellement le titre de sa fonction.
On conçoit facilement que Prier ait placé de préférence son centre de relations parmi celles du maréchal d'Uxelles, avec (jui son ministre et lui-même venaient de travailler si utilement à la pacification générale de l'Europe, et (jue les deux hommes d'État anglais aient été enchantés de fréquenter chez Mme de Ferriol, près de qui ils rencontraient des per-