MATHIEU PRIOR
sonnages utiles à la diplomatie, des jolies femmes et des gens d'esprit.
BolingbroUe, que ses devoirs retenaient la plus grande partie de Tannée à Londres, avait le talent d'entretenir ses amitiés en France par de menus cadeaux, que Prior était chargé de répartir.
C'étaient des caisses de vin d'Espagne, d'eau de miel, d'eau des Barbades*, qu'il s'agissait de distribuer avec tact à Mmes de Torcy, de Croissy, de Noailles. de Ferriol et autres.
« Je vous proteste, écrivait Bolingbroke à Prior, que j'ai contribué à faire le pai'tage de l'Europe sans être aussi embarrassé que je le serais s'il fallait que je fisse la répartition de cette cargaison. " »
En effet, Prior essuyait, comme distributeur, des afïronts terribles, et la duchesse de Noailles ne se gênait pas pour dire : « Mathieu est fripon naturellement; il en a bien la mine. Pardi ! il a donné la moitié de mon eau de miel à sa l'eligieuse défroquée ^ »
Voilà qui indique quelles jalousies Mme de Tencin, dès ses débuts, soulevait dans le monde et à quelles représailles elle devait s'attendre pour avoir déjà tant de succès.
1. Mous avons cherché à découvrir ce que pouvait bien être celte eau des Barbades. dont le nom donne tout d'abord Timpression qu'il s'agit d'un article de parfumerie auquel un industriel expérimenté aurait donné un titre sensationnel. Voici ce que nous avons trouvé : « Les Barbades sont des lies des Antilles, découvertes et occupées par les Anglais au .wiF siècle. Dans la plus importante, se trouvait une rivière qu'on nommait Tuigh, dont l'eau était couverte d'une huile qu'on gardait pour brûler dans les lampes. »
Il est évident qu'il s'agit d'une poche de naphte, dont le liquide se déversait régulièrement sur un cours d'eau. Il est donc possible que ce pétrole, plus incandescent que l'huile ordinaire, ait constitué une nouveauté dont on pouvait être friand en Europe. Il y a bien aussi Veau de Barbade mais c'est une espèce de remède dépuratif, dont il ne saurait être question dans le cas qui nous occupe.
2. Lettre du 8 septembre 1713 . Gallia Chrisliana, t. XVI, Paris, Didot 1863, p. 492.