Hoetïer, Firmin-Didol ISoii
L'ABBli DE TKNCIN Ii'9
brokc n'était pas llieurcux vainqueur do la « nonne' ».
Quant à Prior, il est évident qu'il n'aurait point cherché à supphmter un maître et un ami auquel il devait tant.
Alaintenant il est positif que Mme de Tencin avait charmé Bolingbroke et que celui-ci ne demandait qu'à lui être agréable.
L'intelligente et coquette personne aperçut bien vite quel parti elle pouvait tirer de son intluence et elle commença par en faire profiter son frère l'abbé.
Gelui-ci avait eu une carrière normale et même heureuse.
A sa sortie de l'Oratoire, où il avait été élevé, des examens sérieux et des notes avantageuses, obtenues au cours de ses études théologiques, lui avaient tait octroyer par M. de la Hoguette, archevêque de Sens, un canonicat dans son église métropolitaine, et lorsqu'il s'en était démis, n'étant encore que simple diacre, il avait été pourvu, le 15 avril 1702, de l'abbaye de Vézelay et, le lo décembre 1703, du grand archidiaconat de Sens'.
Le même prélat l'avait alors pris pour vicaire général
1. Les pamphlets, dénonçant les prétendus déportements de Mme de Tencin, présentent des contradictions qui les discréditent. L'un d'eu.x est une chanson fameuse :
Bolingbroke es-tu possédé ?
Quelle est ton idée chimérique De t'amuser à caresser La fille de Saint-Dominique ?
Penscs-lu donc plaire au Régent Suivant toujours celte guenippe Qui la quitté depuis trois ans.
Cette chanson est datée de 1716 et nous savons que la Régence commença en 1715, ce serait donc avec le duc cVOrléans que Mme de Tencin aurait eu des relations intimes trois ans auparavant. Or, d'autres pamphlets la font sortir très vite du lit du Régent pour avoir tenté indiscrètement d'y parler politique.
Quelle version faut-il donc croire?
2. Ces détails sont tirés d'une notice historique sur le cardinal de Tencin dans laquelle l'auteur, M. Tabbé Audouy, a montré combien les haines jansénistes et les jalousies de Cour avaient contribué à aggraver certains côtés du caractère de l'archevêque de Lyon, à laisser les autres dans l'ombre et à fausser ainsi la figure du personnage.
après lui avoir conféré la prêtrise. Enfin, le 10 murs 170o, il avait reçu le bonnet de docteur en Sorbonne et était devenu la même année prieur de cette célèbre école.
Ces rapides indications sont déjà suffisantes pour édifier tout esprit impartial sur « l'incapacité et l'ignorance » de l'abbé de Tencin, cette léaende dont on a essavé d'entourer sa carrière, afin de mieux faire croire qu'il ne devait ses succès qu'à des intrigues, surtout à celles de sa sœur doublées d'un autre genre de séduction.
Durant cette période de la vie publique du jeune théologien, la ohanoinesse était encore au couvent, sans relations, sans influence ; et si Mme de Ferriol pouvait jouir de quelque crédit, il semble bien que l'éloignement du diocèse de Sens ait mis M. de la Hoguette à labri des a pressions parisiennes ». En tout cas si l'abbé avait été un sujet ordinaire on l'aurait « casé » dans quelque place honorable ; mais l'aurait-on porté aux premières dignités ?
Par exemple, son esprit d'intrigue apparaît beaucoup plus que sa prétendue médiocrité, et il semble même que dans sa jeunesse il n'ait pas apporté de ce côté la mesure qui aurait convenu à son caractère ecclésiastique.
Mais tout est et sera indéfiniment relatif . Il faut donc savoir apprécier au milieu de quelle société l'abbé de Tencin commençait à prendre son essor et quelles mœurs, semi-bigotes, semi-dépravées, présidaient aux actions des courtisans, avides de jouir sournoisement de la vie sans trop déplaire à Mme de Maintenon.
L'atavisme des Guérin, ces utilitaires à outrance, se réveillait sous le camail et, en dépit de tout caractère sacré, poussait l'abbé dans la mêlée des intérêts humains, lui montrait les procédés que ses compétiteurs emplovaient pour se hausser, lui traçait pour ainsi dire inexorablement sa voie et en faisait un ambitieux.
Mais il est bien délicat de détinir la limite entre l'ambition, faite de générosité ou de dévouement, et celle que nourrissent seuls d'égoïstes désirs.