L'ABBÉ DUBOIS
était long et mince ; enfin Dubois de Tremble, c'étaient ses neveux, parce que l'un bredouillait et que l'autre gloussait en parlant.
Ses véritables débuts politiques avaient eu lieu en 1698. Louis XIV, qui s'y connaissait en hommes, avait sans doute quelque confiance dans les talents du personnage, car il lui confia un poste auprès de M. de Tailard, ambassadeur à Londres. En peu de temps, l'abbé Dubois sut se faire connaître à la cour d'Angleterre et y former des liaisons qui lui furent dans la suite de la plus grande utilité, avec Stanhope en particulier.
Peu de temps après (1701), son élève, devenu duc d'Orléans par la mort de son père, lui donna une charge de Maître des requêtes et l'attacha définitivement à sa personne. Alors l'abbé, sûr de l'avenir, put regai'der paisiblement en arrière et se rappeler en souriant le temps où, comme il se plaisait à le conter lui-même, « il décrottait ses souliers sans décrottoir et se servait de sa salive en guise de cire* ».
A présent, il était l'âme du Palais-Royal, familier plaisantin dans les réunions joyeuses, conseiller sérieux dans les moments difficiles; et la somme de travail qu'il assumait chaque jour le rendait indispensable à son élève, devenu son maître.
« Par exemple, son tempérament exigeait de lui qu'il allât quelquefois boucaner dans la semaine. Cela lui égayait le cœur et l'esprit, lui fournissait de belles pensées, des expressions drôles etoriginales, et le facilitait dans les minutes qu'il écrivait lui-même, ou quand il dictait quelquefois des dépêches longues de cent pages.- »
Il courait les ruelles et se glissait dans de mauvais lieux avec des filles de joie. Evidemment c'était de la débauche. Mais il en avait honte lui-même, non point, encore une fois, pour son caractère ecclésiastique, mais pour sa dignité