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Destouches ne devait pas être considérable à en juger par la façon dont larclievèquc le plaisante nialicieusemenl : « Quant à la grâce suffisante dont vous parlez en brave théologien, lui écrivait-il après son rétablissement, elle a besoin d'être bien forte pour être réellement suffisante à votre égard. »
Et un peu plus tard ^ : « Je m'aperçois cjue vous êtes un profond théologien sur les matières de la grâce ; heureux qui, comme vous, est dispensé d'en raisonner! beaucoup jjlus heureux encore celui qui suit la grâce sans en disputer. »
On le voit, le profond penseur prenait le mieux du monde les outrecuidances de son jeune ami et se prêtait au jeu avec bienveillance.
C'est que Fénelon avait été charmé par « les grâces vives, libres et ingénues » de cet homme, d'une vingtaine d'années moins âgé que lui, par sa culture et par son esprit. Et le bon archevêque demeurait lui-même stupéfait de la séduction qu'il subissait. « Si vous alliez montrer ma lettre à quelque grave et sévère censeur, écrit-il à Destouches", il ne manquerait pas de dire : Pourquoi ce vieil évêque aime-t-il tant un homme si profane ? »
Il en donne du reste la raison dans une autre lettre^ : « Vous êtes le ])lus aimable de tous les hommes ; faut-il que je ne vous aie connu qu'à soixante ans ! Vous êtes trop joli dans le badinage et très solide en amitié. » Il y a aussi une raison plus sérieuse; Fénelon sentait bien qu'il pourrait améliorer ce grand garçon, encore si jeune sous ses quarante ans. « Comme j'aime certaines gens pour le bien qui est déjà en eux, je vous aime pour celui que je voudrais mettre en vous, lui disait-il. »*
' 4. 27 novembre 1713. OEiivres de Fénelon, t. YIII, p. 124.