décembre 1712, I. VHI. p
LE ClIEVALli:il DESTOUCHES 147
Destouches, en effet, malgré tout son charme, n'était pas sans défauts. Son principal était la gourmandise. « Il aime trop la bonne chère, déclarait Fénelon, au pointde nuire non seulement à son âme, mais à sa santé. C'est un aimablehomme qui meurt de trop manger. »
Et l'archevêque, médecin habituel des âmes, n'hésitait pas pour son ami à se faire un peu médecin du corps.
« Ce que des coups de canon n'ont pas fait — qiiod non ijiille carinœ — des fèves à la moutarde le feront*... Je voudrais vous réduire à des choux verts avec un peu de lard fumé à la cheminée. On vous mettrait dans la gazette à cent dix ans. * »
Destouches, dominé à son tour par une influence si haute, si paternelle et si spirituelle, s'évertuait à se corriger, et Fénelon le félicitait plaisamment de ses « victoires remportées sur... le souper ». Il lui adressait notamment mille compliments de ce qu'il eût pris seulement « deux pommes et un verre d'eau » ! . . .
Mais, si tant de traits généraux servent à profiler nettement la taille élégante, la carrure guerrière et la mâle vitalité de Destouches, comme aussi à esquisser sa joyeuse physionomie, il est encore, touchant le caractère intime du personnage, un détail singulier et fort édifiant, que Fénelon met en relief avec une ironie exquise, « A quel propos, lui écrivait-il ^, demandez- vous pourquoi on se marie ? Tout homme est Paris qui ne peut souffrir son bonheur. Le genre humain languit dans le repos et dans la liberté; il s'ennuie de se bien porter et veut un peu de fièvre chaude... Oh ! que vous seriez un plaisant objet avec une femme à votre côté, qui vous dominerait ! Je crois que vous seriez uxorius ; j'en rirais bien ! »
L'archevêque avait donc démêlé sous les dehors légers du