‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 79 sur 241 · LE CHEVALIER DESTOUCHES · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER DESTOUCHES

Tjop de droiture, pense-t-on souvent, conduit à l'aveuglement et à la naïveté. Mais serait-il admissible qu'un homme de quarante ans, si épris qu'il fût, n'eût point fini par concevoir quelque soupçon, si Mme de Tencin avait eu alors plusieurs amants à la fois. Malgré l'absence de certitude, Destouches aurait-il traité en pareil cas l'enfant de sa maîtresse comme son propre fils ? Les contemporains ont tous attribué la paternité de d'Alembert au chevalier Destouches, et la famille de celui-ci n'a pas hésité à s'occuper du jeune homme. C'est donc que, pendant une période assez longue, aucun doute ne pouvait subsister touchant la fidélité de Mme de Tencin pour son amant.

De tant de probabilités, il paraît se dégager clairement que Mme de Tencin, après avoir subi sans doute bien des assauts dangereux, ne capitula pom* la première fois que grâce à la fougue de l'aimable et joyeux garçon, dont l'entrain pouvait faire illusion au point de rajeunir celle qui l'écoutait. Ce charme v ij-résistible », qui avait séduit non seulement un archevêque mais encore ses serviteurs : « le petit Marco et le gros Giffard », comme le mentionne si drôlement Fénelon*, était bien capable de toucher une ancienne chanoinesse.

L'entraînement fut même tel qu'au mois d'avril 1717 Mme de Tencin s'aperçut qu'elle était grosse.

Au commencement de l'automne, Destouches fut malheureusement envoyé en mission à l'étranger. Mais il avait tout préparé. Quand il en fut temps, Mme de Tencin se réfugia rue de l'Arbre-Sec, ciiez le docteur Molin, médecin du Roi, et le 17 novembre 1717, elle accouchait d'un gai'çon.

Quelques heures après, à la nuit, un valet emportait l'enfant bien enveloppé sous son manteau, traversait le Pont- Neuf, qui était tout proche, et s'avançait dans l'Ile, cherchant un endroit propice pour abandonner sans trop de cruauté le

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