‹ Les Guérin de Tencin, 1520-1758Chapitre 80 sur 241 · Lettre de Fénelon H août 1713, t. VIII, p · texte numérisé non relu

Lettre de Fénelon H août 1713, t. VIII, p

nouveau-né qui vagissait dans ses bras. Peut-être avait-il reçu l'ordre d'aller déposer son fardeau dans le tour des Enfants-Trouvés; mais au lieu de suivre la berge pour gagner le port Saint-Landry, non loin duquel l'asile était installé dans des maisons du Chapitre, le serviteur s'était engagé dans le centre de ITle et se dirigeait vers Notre- Dame*.

A cette époque, il y avait encore, à gauche de la façade de la cathédrale et accolée contre elle, une petite chapelle dans laquelle se faisaient les baptêmes de la paroisse. Ce sanctuaire, qui fut démoli en 1748, s'appelait Saint-Jean-le- Rond-.

Le valet, cherchant toujours sa route, passait à côté des marches du porche, quand il entendit des pas. Vivement il déposa l'enfant sur les degrés puis, s'enfuyant à quelque distance, il se blottit dans l'ombre pour observer ce qui allait arriver.

Il vit une femme s'arrêter, se pencher et courir à une porte voisine, dont elle leva le heurtoir à plusieurs reprises. Il vint un serviteur de l'église, et le valet caché entendit que la femme donnait des explications pour établir que l'abandon de l'enfant n'était pas de son fait. Après quoi, il la vit s'éloigner avec son compagnon qui portait le nouveau-né. Comme tous deux avaient convenu à haute voix de se rendre d'abord chez le commissaire du quartier, puis à l'hospice des Enfants- Trouvés, le valet rassuré retourna chez le docteur et rendit compte de sa mission dans les moindres détails.

1. Le grand établissement des Enfants-Trouvés du xvin« siècle, situé sur le parvis Notre-Dame, ne fut commencé qu'en 1747 (2(t septembre). Mais il devait y avoir, là aussi antérieurement, une maison affectée à cet usage comme sur le port Saint-Landry car, d'après les indications du temps, le Chapitre avait disséminé ce service dans plusieurs de ses jiropriétés de la cité. 11 est donc probable que le valet, à qui l'on avait indiqué ces diverses demeures, se trouvait dérouté et errait à l'aventure.

a. Il était dédié évidemment à Saint Jean-Baptiste, auquel on ajoutait communément le nom de : Le Rond, quand il s'agissait des baptistaires, à cause de la forme ordinairement circulaire de ces édifices.

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Pendant ce temps, l'enfant était présenté au commissaire. La clame, (jui s'a[)[)elait Mlle Marie de Rocou, racontait comment elle avait trouvé le petit être sur les marches de Saint-Jean-Ie-Rond et ajoutait que malheureusement elhi n'était pas en situation de se charger du pauvre abandonné. Alors le commissaire lui délivra un ordre d'admission pour l'hospice des Enfants-Trouvés. Elle s'y rendit aussitôt, mais avant de se séparer à jamais de l'enfant auquel cette brève aventure venait de l'attacher, elle demanda pour lui le baptême et voulut remplir l'office de marraine.

On lui adjoignit le nommé Perreau, employé de l'établissement, qui servait toujours de parrain en pareil cas; puis M. Grange, aumônier de la chapelle de l'Enfance de Jésus, procéda à la cérémonie. Aucun nom patronymique ne fut donné au nouveau-né, et d'un commun accord il fut appelé Jean-le-Rond, en souvenij' du lieu de son abandon.

Mlle de Rocou, en agissant ainsi, attachait fort judicieusement à la personne même de l'enfant la meilleure marque qu'on put lui conserver pour le faire reconnaître un jour par ses parents '.

Cette précaution ne fut pas inutile, car six semaines après, Destouches, dès son retour, courait auprès de Mme deTencin et réclamait son tils. On en retrouvait facilement la trace, grâce à Saint- Jean-le-Rond, mais l'enfant avait été mis en nourrice au village de Crémery près de INIontdidior, chez une femme nommée Anne Frayon, à raison de cinq livres par mois ".

Le docteur Molin, so substituant au père afin (}uo le nom de Destouches ne fût point mêlé à cette affaire, réclama le petit Jean-Le-Rond aux Enfants-Trouvés, en prenant l'engagement de pourvoir à ses besoins. On le lui ramena, mais dans quel état !

1. La plupart de ces détails sont tirés du supplément du dictionnaire de Jal, dont les références sont toutes très sûres.

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