D'Alembert, par J. Bertrand, Hachette
Le pauvre petit être chétif avait « une tête pas plus grosse qu'une pomme ordinaire, des mains comme des fuseaux, terminées par des doigts aussi menus que des aiguilles ». Destouches le prit aussitôt, bien enveloppé, dans son carrosse et parcourut tout Paris pour lui donner une nourrice ; mais aucune ne voulait se charger d'un enfant qui paraissait au moment de rendre son dernier souffle.
Enfin il arriva chez la bonne Mme Rousseau qui, touchée de pitié pour ce pauvre petit être, consentit à s'en charger et promit à son père qu'elle ferait tout ce qui dépendrait d'elle pour le lui conserver'.
Mme Rousseau était la femme d'un maître vitrier, dans la famille duquel on exerçait ce métier de père en fils depuis un temps immémorial. Ce digne ménage habitait porte Saint- MicheP, proche de l'église « Saint-Gôme etSaint-Damien •^ », et avait déjà trois enfants, qui furent plus tard assez rapidement suivis de deux autres. Ce fut dans ce milieu modeste, mais profondément moralisateur, que se passa l'enfance de Jean-le-Rond, plus tard célèbre sous le nom de d'Alcmbert.
Pour l'avoir si heureusement sauvé et mis à l'abri, Deslouches ne se désintéressa pas de lui. Il le voyait souvent et s'amusait beaucoup de ses gentillesses, qui annoncèrent dès l'âge de cinq ans une intelligence peu commune. Il le mit en pension chez Bérée, faubourg Saint-Antoine, et son maître fut enchanté de son esprit.
Un jour, Destouches, qui en parlait sans cesse à Mme de Tencin, décida celle-ci à laccompagner à la pension et, par les caresses et les questions qu'il adressa à son fils, en tira beaucoup de réponses qui le divertirent et l'intéressèrent. « Avouez, madame, dit Destouches, qu'il eût été bien dommage que cet aimable enfant eût été abandonné. »