‹ Les guerres de la Vendée et de la Bretagne, 1790-1832Chapitre 11 sur 27 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

EuU'ée en campagne de l'année de Mayencf, — ACTaires d'Érigné, de Doué et de Thouars. — Batailles de Coron, du pont Barré, de Torfout de MontaigH et de Sdat-Pulgent. — Bonebamps à CUssod. — Division paqnl Iw ,V«iMl4eii8. Situation nlllMlf» à» l« Vendëa,

Huit divisions répubUcaines, dont les principom;

■ chefs sont Canclaux, Aubert-Dubayet, Kléber, Beysser , Haxo » Beaupuy, Mieskowski , Grouchy et Mar- CQ^Uv ^vQloppent la Vendée et doivent pénétrer k la fois dans le Bocage, Les soldats ont pour consigne

de traiter tous les Vendéens comme des brigands j, car tous ils sont suspects de penser royalistemenL « 11 faut, disait alors Barrère» placer la Terreur à Tordre

du jour. »

L'armée de Mayeuce, réunie à Tannée des côtes de Brest, exécuta presque sans obstacle ses premiers mouvements. En huit jours, elle envahit, malgré quelques essais de résistance, le Port-Saint-Père, Pornic, Bourgneuf, Àigrefeuille, Machecoul, Légé, Palluau, Montaigu , Glisson ; en un mot tous les postes de la Basse-Vendée. Les populations épouvantées suivaient Tarmée dans sa fuite constante; et Gharette, effrayé de la démoralisation de ses troupes , envoyait cour--

lien «ur cçunier» k SoiushaiopB pour le presser de venir à son secours. Déjà les llayençais croient que

ces ùroupeauœ de laboureurs n'oseront pas se mesurer contre eux. Cependant Ghareite s^est arrêté à Tiffau^ ges, où il doit être rejoint par plusieurs diviâiona de la grande armée catholique et royale.

Les divisions républicaines avaient été moins beii* reuses dans leurs mouvements contre TAnjou et le Haut-Poitou, Le 8 septembre, Bonchauips et Larochejacquelein avaient battu un corps républicain posté sur les hauteurs d'Érigné. Atteint au début de Tae^ tion pai' une balle, qui lui fracassa le pouce, Larochejacquelein resta sur le champ de bataille jusqu'à la fin de raffaire; mais il dut ensuite quitter sa division. Stofïlet se porta, le 14, sur Doué, où se trouvait Santerre avec tout son corps d'armée. Les Vendéens fiit* Tent repoussés; leur chef reçut un coUp de feu à la cuisse ; néanmoins cet engagement empêcha les troupes de Santerre d'exécuter un mouvement qui leur était prescrit. Lescure ne voulut pas non plus attendre Icb picmiers coups do T ennemi. Vingt mille hommes de gardes nationales et de nouvelles levées venaient de se réunir à Thouars. Le général vendéen ai* taqua cette ville au moment môme où Stofllet atta^ quait Doué. Bien qu'il n'eût que deux mille honunes, il mit proroptement en déroule, comme il se Tétait proposé, les vingt mille volontaires de la république. Déjà la plaine était couverte de fuyards, lorsque le général Rey parut avec sa division» entièrement com** posée de troi4)es régulières } Lescure ordonna la re«

traite, qui se fit en bon ordre. Si ces engagement?, et quelques autres moins importants , ne purent rompre, le plan des républicains, ils en- retardèrent au moins rexécution. Le pays de Charette était envahi, mais les chefe du Haut-Poitou et de TAnjon avaient conservé presque toutes leurs positions. Les divisions de Chalbos, de Beffroy et de Mieskowski, V(?naient même d'opérer un mouvement rétrograde, sur un ordre de Roœignol, daté du 16 septembre; les Yen* déens profitèrent de cette manœuvre incompréhensible pour se porter en force du. côté de Tilfauges, au secours de Charette. D*autres points, cependant, n'étaient guère moins menacés.

SaïUerre, Turreau et Bonsin, l'ami et le digne émule de Rossignol, marchent sur Yihiers^ à la téte de vingt mille hommes, dont la moitié, à peu près, sort de la levée en masse. On n'a, pour leur réaster, ni généraux, ni soldats. Le conseil supérieur se hâte, sur la proposition de JagauH, de convoquer tous les paysans qui se trouvent encore dans le pays : on parvient à réunir dix mille hommes. Piron, déjà célèbre par sa victoire de Yihiers, et Yilleneuve de Gazau , prennent le comniandement. Leur artillerie se compose de trois mauvaises pièces de huit. Ils ordonnent à leurs volontah*es de reculer au premier choc, afin de décider les blw, qui occupent les hauteurs, à pé* nétrer dans le bourg de Coron; Santerre seconde merveilleusement cette tactique ; il engage son armée dans une rue longue et étroite; à mesure qu*il exécute ce mouvement, Piron déploie ses troupes en

croiasaiit et prend les hauteurs à revm* Gr&ce à cette manœuvre. Tannée républicaine se trouva bientôt

coupée et enfermée dans un creux où elle ne pouvait plus agir. Sa déroute fut complète. Les nouvelles recrues disparurent à peu près entièrement; quant aux troupes régulières, leurs débris ne se rallièrent qu'à Doué» Cette bataille* connue sous le nom de dérouie de Santerres eut lieu le 18 septembre; elle donna à Piron vingt-quatre pièces de canon , dix-neuf caissonSf soixante barils de pondre et trois mille fusils. • Le corps d'armée commandé par le général Duhoux était entré dans le Bocage par les Ponts-de-Cé, et venait de passer le Layon. Le chevalier Duhoux, neveu dit général républicain, réunit la division venrdéenne de Chemillé et marche contre les bleus; Piron lui envoie à la hâte une partie des paysans qui , la veille, ont battu Santerre. Le combat s'engage sur les bords du Layon , au pont Barré ; les deux ailes de l'armée vendéenne supportent mal le premier choc; mais le centre, où se trouve le chevalier Ihihoux, enfonce les bleus et les force à repasser le Layon. Tandis que Gadi et Sorinières enlèvent le pont Barré, un paysan, nommé Bemier, suivi de quelques-uns de ses amis, traverse la rivière à la nage , rétablit un pont coupé, attaque les derrières de Tarmée républicaine et assure la victoire. Le général Duboux per* dit ses bagages, son artillerie et environ trois mille hommes. Les bataillons d'Angers et de Jemmapes furent presque entièrement détruits. Le reste de Tarmée ne se reforma qu'à Angers. Comme les Vendéens

manquaient de munitions, le chevalier Duhoux leur avait dit avant ie combat : « Soyez tranquilles, mon oncle aura soin de nous en fournir. » Cette plaisan* terie fit traduire le général républicain devant un conseil de guerre, comme coupable de trahison. La bataille de Goron avait eu lieu le lë septembre, celle du Ponir-Barré est du 19; nous en avons une autre à • enregistrer sous la laciue date, c'est le yrand choc de Torfou contre Tarmée de Mayence.

Bonchamps, d'Ëlbée et LescurSt ont rejoint à Tif** fauges l'armée du Bas-Poitou. Le 18, les chefs se réunissent et adoptent un plan d'attaque proposé par Bonchamps, qui» encore malade de sa dernière blessure, 8*e$t fait porter au conseil, et se fera porter le lendemain sur le champ de bataille. A minuit, Tabbé Beraier célèbre la messe sur un autel improvisé, qui domine tout le camp vendéen, et bénit un grand drapeau blanc, brodé d'une croix d'or et de trois ileurs de lis. Tout le monde prie, en attendant rheure du combat L^avant- garde de Tannée de Mayenco , qui s'avance sous les ordres de Kléber, |i'a quuae crainte, c'est que Teimemi ne tienne pas devant elle. Déjà elle s'est emparée, presque sans résistance, de Boussay et de Torfou, qu'elle livre au pillage et à l'incendie. Cliarette ordonne à .sa cavalei'ie d'avancer, mais elle plie sous le premier effort des bleus, et porte le désordre dans toute la division. Des icmmes, rtlugices derrière l'armée, saisissent des iourches et des bâtons aiin d'arrêter les fuyards; tours menaces et leurs su^ications sont

inutiles. Eiifiii, Bonchamps, porté sur un brancard, et Lescurc, paraissent avec les insurgés de l'Anjou et du Haut-Poitou ; les soldats de Gharette , assurés alors de n'être pas abandonnés , se rallient ; la véritable bataille commence. Kléber et ses oiiîciers comprennent, à ce mouvement» qu'ils ont^ pour la pre* mière fois, devant eut, la grande armée catholique et royale; leur audace s'en accroît, car c'est une victoire décisive quMls peuvent remporter. Les deux années se précipitent Tune sur l'autre avec une sorte de rage; riharette culbute la colonne où se trouve Kléber, qui est blessé d'une balle k l'épaule. Le gé*^ néral républicain reste au milieu de ses soldats et parvient à reprendre l'offensive. Bondiamps et Lescure redoublent d'efforts; le premier, oubliant sa blessure, quitte son brancard, monte à cheyaU et charge à la téte de ses Angevins ; le second met pied à terre« regarde ses soldats et leur dit : « Y a-t-il quatre cents hommes assez braves pour venir mouni* avec moi? » — «Nous vous suivrons où vous voudrez» M. le marquis, » répondent les paysans de la paroisse des Ëchaubroignes, nommés les grenadiers du Poitou, et ils se jettent à la suite de Lescure* Les Mayençais dont encore une fois arrêtés. Plusieurs corps dMnsurgés, profitât de ce moment, Q'égaillenl, et bientôt une fusillade trèsrmeurtrière s'engage sur les flancs et sur les derrières de r armée républicaine. Pour Sauver leur artillerie sérieusement menacée, les bleus exécutent un mouvement qui porte le désordre dans leurs colonnes; Kléber se résigne à batlre en retraite. Les Vendéens

le poursuivent avec ime rare vigueur, JiCS Mayençais reculent en combattant; mais toujours ils reculent el

toujours ils perdent du iiioude ; déjà ils sont à deux lieues de Torfou. et la lutte a conservé tout son acharnement; Kléber commence à craindre une déroute complète. Arrivé au pont de Boussay, il dit au commandant Ghevardiu : « Reste là, tu pourras être tué , mais tu sauveras tes camarades. » — c Oui général. » Chevardin fut tué , en effet , avec une partie de ses soldats, et les bleus purent effectuer ieui* retraite. Les généraux Dubayet et Yinieux» accoùrus au secours de Kléber, essayèrent de reprendre Toffensive; néan^ moins, les Vendéens restèrent maîtres du champ de bataille et de quatre pièces d'artillerie. Des deux cù^ tés, il y eut un grand nombre de morts. On né fit pas un seul prisonnier. Les chefs vendéens , considérant que les Mayençais avaient violé la capitulation , qui leur interdisait de porter pendant un an les armes contre les armées de la monarchie, avaient défendu à ^ leurs volontaires de crier : Rendez-vous, grâce! On

ne voulait pas promettre ce qu*on ne voulait pas te* nir. Il y eut en Vendée des batailles plus meurtrières ; il n'y en eut pas peut-être où, des deux cotés, on montra une telle fureur. Après Kléber, nul, parmi les républicains, ne combattit avec plus de courage et de sang iVoici que le conventionnel Merlin.

L'année de Mayence était gravement compromise, elle n'était pas détruite; elle formait encore la plus redoutable des divi^^ions républicaines do TOuest. Il importait donc de profiter de ce premier avantage

pour ne pas lui laisser un moment de repos. chefs vendéeips le comprirent aiosL Sachant par un espion que Kl(M)er ne continuerait son moavâan^t de retraite qu'après avoir donné à ses fuyards le temps de se rallier à Glisson, ils résolurent de Tattaquer devant cette ville, le S2 septembre, par trois cAtés à la fois. Bonchamps se mit immédiatement en route. Ce n'était plus le temps où, après chaque affaire, les paysans pouvaient regagner leurs métairies. Trois grandes victoires , en deux jours , ne devaient servir que de préludes k de nouveaux combats^

Tandis que Bonchamps se dirige par une voie détournée sur Clisson , Lescure et Charette marchent contre Beysser, qui s'est établi à Montaigu avec huit mille hommes. Le âi, à trois heures de raprè&4nîdi , les cclaireius du général républicain viennent lui annoncer que Tennemi est en vue : « C'est un renfort que j'attends de Clisson, répondit-il; les brigands n'oseraient m' attaquer; » et il refuse, malgré de vives instances, de prendre aucune précaution. Le bruit de la fusillade vient enfin lui prouver que les brigands osent tout, même contre lui. Vainement il cherche & mettre un peu d'ordre parmi ses soldats ; il est trop tard; les postes, mal gardés, tombent sous les coups des assaillants, et Tarmée républicaine est vaincue sans combattre. Elle fut presque eYitièrement anéantie. Comme à Torfou, on ne fit point de prisonniers^ Beysser, gravement blessé, dut rentrer à Nantes avec les fuyards. Il ne revit plus les champs de bataille ; on lui enleva d'abord son commandement, puis, bientôt

après, il mourut sur réchafaud. C'était le sort commun.

I4escure et Charette pouvaient encore exécuter le plan concerté avec Bonchamps, et qui devait avoir pour résultat F anéantissement des Mayençais. Mais après la victoire de Montaigu , Charette insista pour se porter, sans retard, sur Saint-Fulgent, où se trouvait la colonne de Mieskpwsld. Lescure céda, et Ton se contenta d'envoyer un courrier à Bonchamps pour rinformer de cette nouvelle résolution. Mie&kowski , attaqué le 22 à rentrée de la nuit, opposa une trte* énergique résistance ; on se battit pendant hiiil heures, et de si près, que les deux partis prenaient des cartouches dans les mêmes caissons. £nfm, les Vendéens remportèrent , et la retraite des républicains ne fut qu^une affireuse déroute. Comme Beysser, Mieskuw^ki perdit son artillerie, ses munitions, ses bagages, et ne se crut en sûreté que dans les rues de Nantes.

Cette victoire , si brillante et si complète , eut cependant de fâcheux résultats. Elle développa les dissensions qui existaient déjà entre les généraux ven* déens et les fit pénétrer, même parmi les soldats. Bonchamps, qui n'avait point reçu le courrier de Charette, attaqua, le 22 septembre, Tarmée de Mayence, forte de quinze à dix-huit mille hommes de troupes régulières et commandée par Canclaux. Le général vendéen n'avait que sept mille hommes. Repoussé après un premier avantage, il revînt trois fois à la charge, convaincu qu'il allait être secondé par les colonnes de Charette et de Lescure. 11 assaillit tour à tour Tennemi en tête, en flanc et en queue.

lui prit quelques cliariuts, mais ne put réu&sir à Tentamer. 6on isolement lui commanda bientôt de se re-* plier t et Caudaux put opérer sa retraite. Cette lutte coûta environ huit cents hommes à chacune des deux armées, Lea soldats de Lyrot La Patouiiière massa* crèrent les blessés trouvés dans les chariots d^am» bulanoe» Leur chef et Bonchamps, arrivés trop tard, ne sauvèrent que quelques-unes des victimes. Le général vendéen ne cacha point combien il était indigné de la conduite de Gbarette; quant à ses vo* lontaires, ils rentrèrent dans leurs paroisses, en accusant hautement de trahison le chef du Bas-Poitou. 11 ne méritait que le reproche d^égoSsme. Dès qu^il vit son territoire libre de toute division républicaine, il se montra, en effet, fort peu préoccupé de la situation de la grande armée d'Anjou, qui cependant venait de le sauver. Ce fut toujours là le grand tort de Charette.

Les divisions de Santerre , de Duhoux , de Beysser

et de Mieskowski étaient détraites; les Mayençais, battus , avaient quitté le Bocage , et les autres corps républicains, réduits à leurs seules forces, n^osaient rien entreprendre; on pouvait donc espérer quelques jours de repos. La plupart des paysans rentrèrent chez eux et chaque paroisse eut son Te Deunu Cependant, comme le péril notait point passé, les chefs gardèrent autour d*eux le plus de monde possible. D'Elbée et Bonchamps se portèrent du côté. de Tiffauges, afm de surveiller tous les mouvements de Tarmée de Mayence; Talmont et Stofflet furent plus particuliè-

nient chargés de défendre T Anjou. Lescure devait,

dès le 26 , attaquer Gbantonay ou La Châtaigneraie , avec le secours de Gharette; mais ce dernier, cette fois encore, refusa de tenir la promesse qu'il avait faite , et Lescure , qui s*était porté aux Herbiers, lien indiqué pour la jonction des deux divisions vendéennés» dut rentrer à Ghâtillon sans avoir rien entrepris. En somme, la -situation ne s*était guère améliorée; si la république avait perdu quelques milliers d'hommes et comptait quatre nouvelles défaites, la Vendée était toujours entourée d'ennemis. Cependant, de grands efforts et une pari'aiLe union pouvaient encore la sauver.

GHAPITKË XL

Nouveau plan d'attaque des républicains. — D^crpt d<» la Convention. — Le général L'Echelle. — Combat de Saint-Syniphorien. — Disgrâce de Canclaux et de Dubayet. — Propositions des Mayençais; leur résultat} leur importance. — Bataille du Moulin-^uX'Ghèvres. — GbAUlloa succesalvemeat Menpé par les républlathM et les Vendéena. — Sac de eettè ville. — Poaitloa dea lorarg^ ~ Conduite de Charette. » Combat de La Tremblaïe. — Bataille de Cholet Entrée de Westemumn k Beaupréau. — > Prise de Vùrades.

Le plan de campagne arrêté à Saumur avait complètement échoué. Les deux partis, qui s'étaient dessinés à cette époque , se renvoyaient réciproquement toute la responsabilité des revers que venaient d'essuyer les armes républicaines. L'affaire fut portée devant la Convention et y souleva de grands orages. De chaque côté , on proposait de nouvelles mesures. On finit par arrêter que les deux armées, dites des côtes de Brest et de La Rochelle, seraient réunies en une seule et placées .sous le commandement du général L'Echelle. On rendit en même temps le décret suivant, sous forme de proclamaticm :

n Soldats de la liberté , il faut que les brigands de la Vendée soient exterminés avant la fin du mois d'octobre; le salut de la patrie l'exige, l'impatience du peuple français le commande V son courage doit Tac-

complir. La reconnaissance nationale attend à cette

époque tous ceux dont la valeur et le patriotisme auront alïermi sans retour la liberté de la république. »

La réunion de toutes les divisions républicaines de Touest, sous un seul chef, avait, en principe, d*în* contestables avantages; elle faisait disparaître les vieilles rivalités des états-majors de Saumur et de Nantes. Afin d^assurer le succès de cette mesure, le comité de salut public, qu'aucune considération secondaire ne pouvait jamais arrêter, révoqua ou su&pendil la plupart des anciens généraux, notamment Canclaux, Dubayet, Salomon, Turreau et Mieskowski. Yoici, d'après Kléber, le portrait du nouveau général en chef : « L'Ëchelle était le plus lâche des soldats, le plus mauvais des officiers et le plus ignorant des chefs qu'on eût jamais vu. Il ne connaissait pas la carte, savait à peine écrire son nom, et ne s'est pas une seule fois approché à la portée du canon. » La Convention se donnait rarement la peine d'expliquer ses actes ; cependant elle voulut bien dire aux armées des cdtes de Brest et aux Mayençais, qui regrettaient Glaciaux et Dubayet, que ces deux chefs étaient • rappelés comme ci-devant nobles » et que L'Echelle, dont le patriotisme avait souvent brillé dans les clubs, les remplaçait « comme homme du peuple et ancien soldat. » Puis, afin d'établir qu'un général en chef pouvait se passer de science, de résolution et de talent, les conventionnels ajoutaient : « Vous n*appar* tenez à personne, vous n'obéissez qu'à la loi. Ce ne Bfmt pas les géiiéraux qui jusqu'ici ont remporté des

victoires i c^est votre audace, c'est votre seule bra* voure. i

Canclaux et Dubayet furent iiiionnés de leur disgrâce au moment même où ils venaient de reprendre les hostilités et d'inaugurer leur nouvelle campagne

par un succès. Après avoir successivement occupé

Ciisson et Montaigu, Us s'étaient portés sur Mortagne* BoDchamps, ne se croyant pas en mesure de résister

avec sa division , avait, réclamé le concours de Charette et de Lescure. Ghai*ette s'était contenté de répondre par la copie d*une délibération de son conseil de guerre , portant qu'à Tavenir chaque chef devrait défendre son territoire; quant à Lescure, forcé de rester en face de Westermann, qui menaçait Cbàn tillon, il n'avait pu qu'exprimer ses craintes et ses regrets. Bonchamps, convaincu qu'il fallait avant tout faire acte de présence, s'était alors décidé à combattre seul. Le 5 octobre, il avait attaqué les Mayen^ çais à Saint-Synipliorien, et avait du se replier, après deux heures d'un combat meurtrier. 11 est probable que les bleus seraient entrés immédiatement à Mortagne , si le dépari de (Canclaux et de Dubayet ne les avait condamnés k l'inaction jusqu'à l'arrivée d'un nouveau général.

Nous devons mentionner ici un fait qui concerne l'armée de Mayence , et sur lequel on a beaucoup discuté, sans jamais l'éclaircir suffisamment Après la destitution de Canclaux et de Dubayet , huit grenadiers se présentèrent au chevalier Dessessart, qui commandait le camp vendéen de Saint-Fuigent, et

lui dirent que tous les Mayençais offraient de passer BOUS le drapeau de l'insurrectioD» à la condition qu*(m leur garantirait une solde régulière et une sonmie.de quatre cents mille livres. C'était la seconde proposition de ce genre. M"* de Larochejacquelein dit, en effet, dans ses mémoires : < Trois ou quatre jours avant la bataille de Torfou , il vint au château de La Boulaye une députation de l^armée de Mayence, composée d*un officier et de deux sous- officiers déguisés en paysans. Ils offrirent de passer aux royalistes; mais ils demandèrent une haute paie de trente sols par jour pour les soldats » et en outre une somme très-forte pour les officiers. Cette somme était d'un à deux millions. Comme les chefs Vendéens n'avaient par d'argent comptant , ils firent des oôres très-fortes pour ravoir; mais les Mayençais voulant de Teffectif» ne purent se déterminer à rien conclure. On les regretta peu... » La seconde négociation n'eut, comme la première, aucun résultat. Dessessart transmit la propo^ sition des huit grenadiers à BeauvoUiers, intendantgénéral de Tarmée ; BeauvoUiers la soumit au conseil supérieur, et celui-ci discuta jusqu'au jour où il s'aperçut qu'il n*y avait plus de résolution à prendre.

Le parti révolutionnaire n'a jamais voulu voir dans le fait que nous venons de rapporter, autre chose qu'une indigne calonmie; les royalistes ont toujours , au contraire , tenu la négociation pour officielle , et amèrement blâmé la conduite du conseil supérieur , qui, en achetant l'armée de Mayence, eût, prétendent^ ils, assuré le triomphe de la Vendée. Il nous semble

que ces deux jugements sont également faux. Que deâ ouvertures aient été faites, c*est ce qu'on ne peut raisonnablement contester en présence des témoignages produits par les Vendéens. Mais, que les huit grenadiers de Sain^^Fuigent, les deux sous-officiers et Tofficier de La Boulaye, aient parlé au nom de toute Tarmée de Mayence ; c*est aussi ce que nous ne pouvons admettre. Quoil Kléber, Dubayetet tant d^autres braves officiers, ou se seraient vendus, ou n'auraient pas eu assez d'influence sur leurs soldats poui' les retenir? Aucune de ces suppositions n'est admissible. Il y avait parmi les Mayençais un nombre plus ou moins grand de mécontents et d'étrangers qui , pour de Targent, auraient pu changer de drapeau; ce sont cêux-là qui ont envoyé des députations, mais non pas Tarmée elle-même , où ils ne formaient , assurément , qu'une faible minorité. Nous croyons, d'ailleurs, que la cause vendéenne eût été mal servie par de tels . auxiliaires ; ils auraient pu dcvenii" utiles sur le champ de bataille, mais quelle atteinte n'eussent-ils point porté aux mœurs du pays!

L'Echelle parut à l'armée le 8 octobre, et les républicains reprirent immédiatement l'oiTensive. Kléber, qui avait été chargé, sur le refus de Yimeux, du commandement par intérim, expliqua son plan de campagne au nouveau général en chef, qui, n'y comprenant rien, se contenta de lui répondre : « Oui, ce projet est fort de mon goût , mais c^est sur le terrain quMl s'agit de se montrer, il faut marcher en ordre, majestueusement et en masse. » On venait de. lui dé-

crire le Bocage. Les divisions de Saumur, de Thouars et de Fontenay, reçurent Tordre de se réunir à Bressuire^ pour attaquer ensuite Chàtillon ; elles exécu* tèrent ce mouvement en détruisant tout sur leur passage; on i?' arrêtait pour démolir ce que le leu avait épargné. Chalbos, qui a pris la commandement des trois divisions réunies, compte sous ses ordres plus de vingt mille hommes ; Lescure, qui doit défendre Chàtillon, n*a pu réunir que trois à quatre mille volontaires; Bonchamps et d'Elbée sont obli^ de faire face aux Mayençais; Charctte ne repond même plus aux demandes de secours qu'on lui adresse ; Larochejacquelain, blessé, et Stofflet, avec deux mille Angevins, viennent seuls rejoindre le chef du Haut-^Poitou. Cependant, on se porte en toute hâte sur les hauteurs du Moulin-aux-Chèvres, afin de couvrir Chàtillon. Le3 bleus paraissent le 9 octobre; une première charge, exécutée par Lescure à la tête de sa division , les fait plier ; déjà le centre et Taile gauche prennent la fuite ; Chaibos et Westermann se précipitent devant leurs soldats, les menacent, les conjurent, les ramènent au combat, et les Vendéens sont mis en pleine déroute. Lescure est blessé à la main, DurivauH a reçu une balle en pleine poitrine ; Stofflet et Beauvolliers, un instant enveloppés, ne s'échappent qu aprùs avoir lue cinq des assaillants. Le soir même , Westermann occupa Chàtillon avec Tavant-garde de Tannée républi* caine ; il fit immédiatement incendier tout le pays environnant. Les conventionnels, en mission près de Ghalbos, écrivaiept ati comité du salut public : «yar-»

mée est partout précédée de la terreur ; le fer et le

feu sont maintpnant los seulos armes dont nous fassions usage. > L'Echelle mit la victoire de Chalbos à Tordre du jour, et annonça que sia> lieues de ctr&m^ [érence étaient cmivertes de morts.

D'Eibée et Bonchamps voient que les plus grands dangers sont du côté de Lescure» et viennent le rejoindre. On se réunit en conseil, et l'on décide qu'il faut reprendre TotTensive sans perdre un instant. L'armée marche sur Chàtillon. Les avant-postes républicains sont enlevés à la première attaque ; on tue non seulement tous ceux qui résistent, mais aussi tous ceux qu'on peut atteindre; vainqueurs et vaincus pénètrent en même temps dans la ville , et bientôt les bleus ne songent plus qu'à fuir ; artillerie, munitions, vivres et bagages» tout.reste entre les mains des insurgés»

Westermcum a quitté le combat, la rage dans le cœur; il accuse ses soldats de lâcheté. Ces derniers murmurent « Si vous aimez encore la république, leur dit-il, retournez avec nioi, à Chàtillon, reconquérir ce que nous y avons laissé, ou mourir. » Tous répondent à son appel. 11 choisit cent cavaliers, fait monter cent fantassins en croupe, et reprend la route de Chàtillon, suivi au pas de course par le reste de ses troupes. Les Vendéens, qui se sont jetés, malgré les prières de leurs chefs, sur le vin et Feau-^e-vie enlevés aux républicains, dorment, pour la plupart , du gommeil de Fivresse; personne ne croit d^ailleurs qu*un ennemi, si complètement battu au milieu de la journée, profi-

tera de la nuit pour revenir à la charge. Westermann

se présente aux portes de Châtillon ; au qni Dived'une sentinelle, il répond royaliste^ et passe ; sa troupe &e répand dans les rues, en cnaxkimve le roi! et bientôt un affreux massacre commence. Les bleus ont pour seule consigne de tuer et de brûler; ils n'épargnent ni les femmes, ni les enfants. Les insurgés, saisis de terreur, ch^chent à fuir et tirent les uns sur les au-* très, tant le désordre est extrême et roijscui ilc profonde. Cette scène de carnage est d'autant plus hideuse, que les soldats de Westermann ne sont guères moins ivres que ceux qu'ils égurgcnt; ils ne comprennent rien, ils n'entendent rien, ils ne reconnaissent personne : ils tu^it. Quelques-uns frappent avec tant d'acharnement des ennemis déjà abattus, quMls se laissent tuer eux-mêmes sans songer à se défendre. Les chefs vendéens, n^rès de vains efforts pour orga-niser la résistance, parviennent à effectuer une sorte de retraite. Westermann, qui a quitté son habit et relevé les manches de sa chemise, afin de sabrer plus facilement, les poursuit jusqu'à Temple, qu*il brûle, puis rentre dans Châtillon afin d'en achever la ruine.

Au lever du soleil, d'Ëlbée, Bonchamps, Lescure, Talmont, Larochejacquelem, rassemblent les fuyards, comptent leurs pertes et se reportent sur Châtillon. ils y entrèrent sans obstacle ; les répubhcains venaient de l'abandonner; les Vendéens en firent autant, car les rues étaient pleines de cadavres, et ce spectacle, après avoir excité la colère dans le cœur des soldats, pouvait y faire naître le désespoir. Le massacre de

— Ml —

GhàtiiloD n*exerça pas d'aiUeurs ane grande influmuce

sur la- situation des partis; ce ne fut pour la Vendée qu'un douloureux accident.

Les insurgés n'ont essuyé aucune grande défaite « et cependant leur position est très-compromise. Les Mayençais sont entrés à Mortagne; Ghalbos, après avoir reformé ses troupes à Bressuire, a marché de nouveau en avant et menace Gholet; la division de Luçon, attaquée sans succès par trois ou quatre mille Vendéens du centre , a pu exécuter le même mouvement Trois armées républicaines sont donc sur le point d'opérer leur jonction au cœur même du pays insurgé. Si les chefs de TAnjou et du Haut-Poitou n*ont encore rien entrepris, c^est qu'ils ont longtemps espéré que Charette, dont toutes les forces sont libres, consentirait à se porter sur les derrières des Mayençais « et pourrait ainsi contribuer au salut de la grande armée catholique et royale. Mais ce général, au lieu de répondre aux demandes qui lui sont adressées» s'éloigne du théâtre de la gumre, pour tenter un coup de main contre Noirinoutiers , à l'autre extrémité de la Vendée. li n'y a plus de temps à perdre; d'Elbée, Bonchamps, Lescure, Larochejacquelein et Royrand, concentrent leurs forces devant Cholet; presque tous les olûcierâ sont présents » mais beaucoup de soldats manquent » car les bleus tiennent déjà la campagne.

Les Vendéens devaient attaquer les bleus dans leur marche sur Cholet; ils ayaient calculé que cette bataille aurait lieu le i& octoliffe ; déjà les commande-

ments étaient difitnbués et les postes asaignéB. Un retard dans la marche de Tenn^ii empêcha Texéco-

tion de ce plan. L'Echelle ne fit avancer ses troupes que le 15. Lesçure, averti le premier de rapproche dé rennemi» se mit à la tête de quelques hommes pour opérer une reconnaissance, et rencontra les )>leus dans les avenues du ohàteau de La Tremblaye.

fl En avant, mes amis, • s*écria-i-il aussitôt, sans 6*inquiéter du nombre de ceux quMl attaquait Les

*. Vendéens exécutèrent avec impétuosité Tordre de leur chef, mais lui-même ne put les suivre. A la première décharge', il fut frappé, près du sourcil gauche , d*une balle qui sortit derrière Toreille. Ses volontaires, qui ne l'avaient point vu tomber, culbutèrent en quelques instants . rayant-garde de Tarmée républicaine, composée de toute la division de Luçon. L'arrivée des Mayençais répara cet échec ; cependant la lutte était encore indécise lorsque la nouvelle de la perte de Lesoure se répandit parmi lés paysans et acheva de les décourager, ils se replièrent en désordre sur Ciiolet, où les républicains n'essayèrent point ' d'entrer le jour même. Lescure, dont la blessul^ pa^» raissait mortelle , fut transporté à Beaupréau.

Le combat de La Xremblaye était un échec assez ^ave, mais nullement décisif : une partie de Farmée vendéMse n*avait pomt été engagée. Larochejacquelein voulait qu'on défendît Cholet, mais il fut Impossible d'y retenir les paysans, dont le moral était ébranlé; ils prirent la route de Beaupréau. C'était retarder d'un jour la grande bataille qui devait décider

du sort de la Yendée. L'armée de Luçon et T armée de Mayence furent rejointes, dès le 15 m soir , sous les murs de Gholet, par rarmée de Fontenay; les forces républicaines se trouvèrent donc portées à envii'on trente-cinq mille honimes d'excellentes tioupes. Pour masquer leur retraite, les insurgés avaient laissé à Cliulet un faible détachement, qui évacua cette ville le lendemain , après avoir tiré quelques coups de canon contre Tavani^arde de Tennerai \

L'armée vendéenne, réunie devant Beaupréau, est encore forte de quarante mille hommes; mais les chefs^ sont divisés sur les mesures à prendre. Quelques-uns pensent qu'il faut passer immédiatement sur Tautre rive de la Loii^e; cet avis est rejeté et Ton décide qu*on se portera, dès le lendemain, auHlevant des républicains, afin de leur livrer une bataille générale. Ici, une autie question est soulevée. Bonchamps, qui, depuis le commencement de la guerre, n'a point cessé de réclamer une diversion en Bretagne, dit quHl faut, au moins, se rendre maître du passage de la Loire, afin d'avoir une retraite assurée, en cas de revers»

* Un débat s'est élevé sur la conduite des troupes répubiicaum-s à Gliolet et à Moriagnc , où elles entrèrent sans coup férir. On a nié qu'elles enssent pitié et lirdlé ecs deux TlUe#Cliolet ne fut pas trop maltraité, ea effet, Ml momeot même de l'occupatloo \ KMber, qui comuiandait l*avaiiM garde, avait sévèrement défendu tout excès $ mais le pillage, rineendie,^ Tassassinat et tous les autres crimes que peut se permettre une arnu^o victorieuse, abandonn<^(> à ♦ lio-niCnio , furont commis deux jours plus tard , c'est à-fliro après la bataille donnée dans les lanHps do Bc^grollc. Quant à i iiic* de Mortague, il a été dénoncé môme jjar des fonciioiniaircs n-publicains, qui se trouvaient alors sur les lieux. Il ne peut donc Cire raisonuablement contesté.

Talmont et les autres chefs, formant ce (fu*on appelait le parti breton , se pronoucent vivement pour ce projet et finissent par remporter sur d*Ëlbée et Laro* chejacquelein, qui voulaient que Tarmée vendéenne, vaincue ou victorieuse , restât en Vendée. Talmont et Duhoux sont chargés d'exécuter le plan de Bonchamps. Ils prennent quatre mille hommes de la division des bords de la Loire, et partent immédiatement pour Saint-Florent, où se trouvent déjà d*Autichamp, de Turpin et de Scépeaux, avec une partie des compagnies bretonnes *.

Cette expédition fut, sous tous les rapports, une grande faute. L^armée vendéenne se trouva privée,

au moment d'une bataille décisive, de quatre mille de ses meilleurs soldats et d'une partie de son artillerie; les insurgés, quoique décidés & se battre énergî* quemént, surent qu'ils- ne se trouvaient pas, comme ils ie croyaient la veille encore, dans la nécessité de vaincre ou de mourir; enfin, Texpédition de Bretagne perdait son importance et ses plus grandes chances du succès, du moment où, loin d'être faite par une armée victorieuse, cherchant à étendre son action, elle était le résultat de la défaite et de la fuite. Des populations qui n'avaient i^oint osé se révolter seules, ne pouvaient être que découragées par un pareil exemple.

A Près de deux mUte Bretons et Angevins de la rive droite araleot, ft

diverses époques, passé la Loire par petits détacliements afin de combattre avec les Vendéem. Us figuraient presque taus dans la division de Boncliainii»*

1^17 octobre, les Vendéens reprirent TolYensive et marchèrent sur Cliolet. L'armée républicaine était campée en avant de cçtte vilie, du côté de Beau^ préau, où elle se préparait à poursuivre T ennemi, ne croyant pas qu'il osât Tattaquer. Néanmoins, elle se tenait sur ses gardes. Aussi, pût^lle se ranger en ba-taille dès que parurent les tirailleurs vendéens. Beau* puy est à l'avant-garde, Kléber et Marceau se tiennent au centre; Bard, Chalbos et Yimeux, dirigent la droite ; Sainte^nzanne, Haxo et Jordy^ commandent

la gauche. La division de MûUer, forte de quatre mille hommes, iorme la réserve. Rien, cependant, ne peut résister au premier dioc des insurgés, qui attaquent sur trois colonnes. Bonchamps et d^Elbée chargent l'aile droite et la font plier; Larochejacquelein et Stofilet attaquent le c^tre et renfoncent; Kléber ordonne à Mûller de le soutenir ; ce dernier obéit, mais ses soldats prennent la fuite sans tirer ua coup de fusil, efirayés de Taspect de ces paysans qui, malgré la fusillade et la mitraille, avancent au pas de course, en bon ordre, comme des troupes éprouvées. Beaupuy, qui a failli être pris au début de l'action, c(»nmence à perdre du terrain. Larochejacquelein et Stofflet arrivent jusqu'au parc d'artillerie des républicains et s'en emparent ; déjt le cri de sauve qui peut se fait entendre. Les Vendéens croient tenir la victoire. Mais Haxo se jette dans un ravin, tourne la co* lonne de Stoflfiet, l'attaque en flanc, lui reprend l'artUlerie et la force à reculer; le général Bard ramène ses soldats, en leur criant : < Camarades, serSK^vous

jEnoiiis brftves que ies MayençaîB; Toote^vov» passer pour des Iftches? » Beaupuy, au même moment, exécute avec succès une charge de cavalerie. Les bieus ont relevé le combat sur tous les pointe, mais mille part encore ils ne sont vainqueurs. La mêlée est si générale et si vive, cfue c'est à peine si les ordres des <^efs peuvent être exécutés. C'est plutôt une lutte xorpsà corps qu*une bataille. Des deux côtés, Ton s'inquiète et l'on espère. Tout à coup, quelques hommes, perdus dans les derniers rangs des Vendéens , demandent qa*on batte en retraite vers la Loire ; leurs* cris, d'abord isolés et couverts, finissent par se faire •entendre et portent le découragement dans le cœur des plus braves; c'est le signal de la défaite* Les chefé de division et leurs officiers font de vains efforts poiu* retenir les paysans; ils ne songeaient pas à fuir devant les bleus, et ils se laissent entraîner par des là-* ches ou des traîtres. La déroute est gé nérale. D^Elbée, Bonchamps et Larochejacqiielein, ne peuvent se décider cependant à quitter le champ de bataille ; ils font un dernier effort, réunissent trois ou quatre cents hommes, tous réputés par leur bravoure; puis, à la tête de cette petite phalange , se précipitent sur les vainqueurs, en criant : Tue le» républicains. De leur premier choc, ils p^ètrent au milieu des rangs ennemis, mais la masse ne les suit point, et leur héroïsme ne sert qu'à rendre la bataille plus sanglante, le désastre plus grand. Les bleus les enveloppent, sans pouvoir les empêcher d'avancer; la nuit est venue et robsoirité rend plus eûrayante encore, cette lutte su-

prême» oa plutôt cette scène de carnage, car il ne

s'agit pas de vaincre, mais de tuer. Enfin d'Elbée et Bonchamps tombent à peu près en même temps. Lyrot et Piron, qui viennent d'arriver avec une nouvelle division, ne songent pas à rétablir le combat; ils veulent seulement sauver les deux généraux, et ils parviennent, en effet, à les emporter, Bonchamps et d^Elfoée sont conduits à Beaupréau, où se trouve déjà Lescurc. Leurs blcbbures à tous trois furent déclarées mortelles. Les républicains, au lieu de poursuivre immédiatement les vaincus, rentrèrent dans Gholet, où ils commirent d'affreux désordres. Westermann, arrivé après la bataille, cherche à profiter de la victoire; il part, suivi d*une faible division, pénètre dans Beaiipri'au avant la fin de la nuit, massacr(3 Tainère-garde de farmée vendéenne, et lui prend une partie de ses bagages,

L'expédition de Taîmont avait réussi ; les insurgés occupaient Saini-l^iorent, sur la rive gauche de la Loire , et Yarades, sur la rive droite. Les républicains avaient vameroent essayé de défendre ce dernier poste. La Loire était libre, il restait à la traverser.

• Klt'ber a laissé sur la bataille de f.holet quelques pages qui so terminent par ces mots : « Si dans le récit de cette bataille il n'est pas fait mention du général L'ÊcbeUe, c'eat que personne ne peut aseurer Vf avdr TU. S est resté constamment hors de la portée du canon. »

Voici un passage dti même travail qui prouve comlrien les pertes flimi grandes des deux côtés : « J'ai perdu , dans les journées des 15 et 17 octobre, rl«> niH <:ubdi>ision , quatorze chefs de brigade, chefs de bataillon OU officiers de mon étatHUi^. »

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