‹ Les guerres de la Vendée et de la Bretagne, 1790-1832Chapitre 12 sur 27 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

L'armée vendéenne sur les bords de la Loire. — Mort de Bonchamps.— > Les prisooiiiers r^ufaUctb». — Passage de la Lotre, — Prive d'Anceals. •~ UiroelMjacqueldn est nommé généralissime. Plan de campagne

des Vendéens. — Leur entrée à Laval. — La petite Vendée. — Bataille de Laval. — Situation de l'ainiée républicaine. — D'Autichamp prend Craon. — Lf^s troupes du général Lenoir. — Arrêté de la CoQvention. — Réorganisation de l'armée vendéemie.

Les débris de Tannée vaincue à Gholet ne sont pas

seuls sur les bords de la Loire. Les femmes, les vieillards et les enfants se précipitent en fouie derrière les soldats. Plus de quatre-vingt mille personnes sont réunies sur la belle plage do Sdiul-Florent. Le désordre est extrême* < On n'entendait, dit M*"*" de La- Tochejacquelein, que des pleurs, des gémissements et des cris. Dans cette foule confuse , chacun cherchait à retrouver ses parents, ses amis, ses défenseurs. Une vingtaine de inauvaises barques portaient successivement les fugitifs qui s^y entassaient ; d'autres cherchaient à traverser sui* des chevaux : tous tendaient les bras vers Tautre bord, suppliant qu'on vint les chercher. » L'arrivée de Bonchamps et de Lescure S apportés mouiants sur des brancards, ajoute

^ D*Blbée, blessé comme eux, fat conduit à Nolnnoutlen, oft nous le reirourerons.

au désespoir et à la confusion. Les paysans veulent se venger. Le vieux chevalier Cesbrons d'Argognes vient d'arriver avec cinq mille priflonniers républicains que Ton a enfermés dans l'église de Saint-FloreuU Les chefs, réunis dans la chambre de Lescure, délibèrent sur le sort de ces hommes, quMls ne peuvent eniiiicner plus loin. Cesbrons d'Argognes, qui en a fait fusiller neuf en route pour tentative d'évasion , demande que tous subissent le même sorL ft C'est une horreur, » dit Lcscure ; mais sa voix n'est pas écoutée. Le besoin de la vengeance est si général que la majorité du conseil ne recule pas devant Tidée de ce massacre; seulement personne ne veut Tordonner. Les paysans sauront bien se passer d'ordre; au cri de : < Tuons les bleus I » ils braquent des canons sur Téglise. Bonchamps , instruit de la scène qui se prépare, fait appeler ses officiers et les conjure de sauver les républicains. .« Mon ami, dit-il à d'Autichamp, c^est sûrement le dernier ordre que je vous donnerai; laissez-moi l'assurance qu'il sera exécuté. » Le bruit du tambour annonce une proclamation; les paysans s^arrét^t et écoutent. D* Autichamp répète les paroles de son général, ci aussitôt on entend crier de toutes parts : « Grâce! grâce! Bonchamps l'ordonne. » Les cinq mille républicains furent sauvés. Quel général reçut jamais une plus grande preuve d'amour et de respect? Cotte prompte obéissance n'honore pas moins, d'ailleurs, les soldats que leur chef. La conduite de Bonchamps, faisant un dernier effort sur son lit de mort pour donner un pareil ordre, pourrait

peut-être s'expliquer par un simple sentiment d'humanité, et c'est ce que Ton a tenté en l'appelant le héros phiUmphe ; — maiB quand on songe à la situa» lion de rannée, ou plutôt de la population Tendéenne* qui , après avoir tout souffert , fuit enfm devant le j^Wa^e , rincendie, le massacre et le viol, on sent que des soldais catholiques pouvaient seuls renoncer, avec cette noble soumission , à une vengeance d'autant plus chère qu'elle était plus terrible. Ce n'est point là, d'ailleurs, un Mi isolé; le jour même de la désastreuse bataille de Cholet , les Missionnaires du du Saint-Esprit, réfugiés à Saint-Laurent-sur-Sèvres, avaient sauvé une colonne républicaine en disant aux paysans qui voulaient la massacrer : « N'oubliez pas que conserver la vie à son ennemi est l'acte le plus agréable au Seigneur, t

Bonchamps ne s^était point trompé , il ne donna plus aucun ordre. 11 mourut le jour mèuie. Voici sur ses derniers moments quelques lignes que nous mpruntons aux mémoires de sa veuve : t II eut le bonheur d'être assisté par deux vénérables ecclésiastiques, MM. Gourgeon et Martin ; il écouta leurs exiiortations, non -seulement avec courage, mais avec ravissement On lui promettait les récompenses célestes réservées à la pureté de la vie, à l'accomplissement des devoirs et à la fidélité des seimentsU.» M. de Bonchamps, levant les yeux et les mains vers le ciel, dit d'une voix ferme et sonore : « Oui, j'ose « compter sur la miséricorde suprême; je n'ai agi ni • par un sentiment d'orgueil, ni pour obtenir une ré-

« putation qui s'anéantit dans l'éternité... Je n'ai « point oombattu pour la gloire humaine. J'ai voulu « renverser la tyrannie Ban^naire du crime et de « r impiété. » Nous doutons que jamais héros philosophe soit mort en prononçant de telles paroles. Ce langage est celui des héros chrétiens ^

Les bleus rendirent, comme les Vendéens, hommage à la mémoire de Bonchamps. Les représentants du peuple» près de rarmée de l'Ouest, écrivirent, en effet, à la Convention : « La mort de Bonchamps vaut une victoire pour nous. » Ils disaient vrai. Ces mêmes hommes se gardèrent bien, d'ailleurs, de publier Pacte qui avait signalé les derniers moments du général vendéen. Il fut convenu, au contraire, que les cinq mille prisonniers de Saint-Florent devaient la vie à l'arrivée de Tarmée républicaine, t Au milieu de nos succès, écrivait L'Echelle, j'ai joui de la satisfaction bien douce d'avoir délivré environ six mille prisonniers qui gémissaient dans les fers, et qui, en redevenant des hommes libres, s'écriaient avec transport : « Vive la république 1 » Les conventionnels en mission tenaient le même langage : « A Saint-Florent, nous avons arraché cinq mille cinq cents prisonniers des bras de l'ennemi* » Voici, maintenant, i*explication de cette tactique; elle se trouve dans une lettre confidentielle adressée, par le représentant Merlin, au Comité de salut public :

1 Un des aïeux de BoodiaDps avait été condamné A mort sous le règne de Louis XHI , comme calviniste et pour crime de lèse-majesté. On sait que pendant les guerres de religion les rtfonnés aTaient lait d'tsses grands pro^rte en Ai^oa.

c Les Iftches ennemis de la nation ont, à ce qui se

dit ici, épargné plus de quatre mille des nôtres, qu*ils tenaient prisonniers. Le fait est vrai, car je le tiens de la bouche même de plusieurs d^entre eux. Quelques-uns se laissaient toucher par ce trait d'incroyable hypocrisie. Je les ai pérorés, et ils ont bien oominis qu'ils ne devaient aucune reconnaissance aux brigands. Mais, comme la nation n'est pas encore à la hauteur de nos sentiments patiîotiques , vous agirez sagement en ne soufflant pas mot sur une pareille indignité. Des hommes libres acceptent la vie de la main des esclaves ! Ce n'est pas révolutionnaire. Il faut donc ensevelir dans Toubli cette malheureuse action. PTen parlez même pas à la Convention. Les brigands n'ont pas le temps d'écrire ou de faire des journaux. Gela s'oubliera comme tant d'autres choses. » Tout conunentaire serait superflu.

L'expédition d'Outre-Loire, qu'il eût été si politique d'entreprendre au moment des grands succès de la Vendée, ofiraît, dans la situation nouvelle des partis, les plus graves périls. Cependant, avec Bonchamps, elle pouvait encore être heureuse. Son habileté comme tacticien, son influence sur les soldats, ses relations en Bretagne et sa connaissance du pays, devaient aplanir bien des diilicultés. Mais, par la mort de ce général, Tarmée allait se trouver sans guide et sans plan, au milieu d'une population dévouée, sans doute, à la cause de l'Eglise et du trône, mais dont on ignorait les ressources. Larochejacquelein et Lescure, convaincus que la Vendée court à sa

perte, essaient d'arrêter le passage, que l'inaction des

républicains, le calme des eaux et la sérénité du ciel semblent également favoriser. De son lit de douleur, Lescure déclare qaMl est décidé & mourir sur la rive gauche et ordonne à ses officiers de faire connaître sa volonté; Larociiejacquelein, désespéré, parcourt les rangs, en disant qu^on est encore assez fort pour combattre, qu'il faut rester sur ce territoire, où Ton a tant de fois vaincu. On ne veut point, ou plutôt on ne peut point Tentendre ; les insurgés ne raisonnent plus, ils ne songent qu'à fuir. Les deux généraux se résignent enûn ; ils passent aussi la Loire, regai'dant comme leur premier devoir de partager les nouveaux ' malheurs quMls prévoient.

Toutes les difficultés que présentait le passage furent, d'ailleurs, surmontées avec un incroyable bonheur. A Vaide d'une vingtaine de mauvaises barques, . quatre-vingt mille Vendéens, chargés de bagages, car chacun emportait ses objets les plus précieux , purent traverser la Loire en trente-six heures^ Il ne fallait pas seulement sauver les hommes, il fallait sauver aussi Tartillerie, les armes et les munitions. Le point le plus favorable pour l'embarquement du matériel était le port des Leards, vis-à-vis Ancenis. Talmont et d'Autichamp, qui se trouvaient déjà sur la rive droite, marchèrent contre cette ville et s'en emparèrent de vive force. De ce moment, on n'eut plus de grands obstacles à redouter. Le 19 octobre, lorsque Westermann entra dans Saint-Florent, le pas* sage était complètement terminé; c'est à peine s'il

put- tirer quelques coiq» de fusil sur les dernières

barques.

La révolution crut un instant que la guerre de rOuest était terminée. Les réprésentants fiourbotte,

Turreau, Ghoudîeu et FrancasteU écrivirent, le 31 octobre, au comité de salut public :

^€... La Convention nationale a voulu que la guerre de la Vendée fût terminée avant la fin d'octobre, et

nous pouvons lui dire aujourd'hui qu'il n'existe plus de Vendée. Une solitude profonde règne actuellement dans le pays qu'occupaient les rebelles. On ferait beaucoup de chemin dans ces contrées avant de rencontrer un homme et une chaumière; car, à Texception de Gholet , Saint-Florent et de quelques petits bourgs, où le nombre des patriotes excédait de beaucoup celui des contre-révolutionnaires, nous n'avons kdisé derrière nou» que des eendres et des monceauœ de cadavres» » L'Echelle, dans un rapport signé : Le général sans-culotte commandant les années de l'Ouestj, (Usait, k la même époque : « La Vendée, purgée, en huïi jours, des principaux rassemblements de brigands enhardis par des succès éphémères, fumante de sang s joncliée de cadavres et livrée en grande partie aux pommes, est un exemple frappant de justice nsrtionale. » Sept représentants, réunis à ISantes, disaient, dans une proclamation ; « Braves soldats l vous avez tout mis à feu et à sang sur le territoire des brigands. Vous vous êtes couverts de gloire et la patrie est satisiaite, » (Quelques généraux croyaient que la guerre avait seulement changé de théâtre >

mais ils n'osaient l'avouer, car, aux yeux des représentants , douter des succès de la répiiblique , c'était la trahir.

Les chefs vendéens^ réunis à Varades, songèrent à

se donner un iiouveau généralissime. Tout le monde désignait Lescure, mais sa blessure ne lui permettant pas d'agir, il [proposa Larochejacquelein, qui fut élu à Tunanimité. 11 accepta en pleurant. L'armée accueillit cette nomination avec enthousiasme. On s'occupa en* suite d'arrêter un plan de campagne. Lescure fut d'avis de marcher sur A an tes, qui se trouvait dégarnie de troupes, afin d'être également en position de souie* ver la Bretagne» ou de rentrer en Vendée» 'en s'appuyant sur Gharette. Le conseil, entraîné surtout par le prince de Talmont, décida, au contraire, que l'on se porterait sur LavaU Après s'être reposé dans cette ville, on devait gagner tes côtes de Saint-Malô, afin d'y recevoir des secours de i Angleterre, secours annoncés par le chevalier de 8aintrUilaû*e, émigré breton, arrivé en Vendée le jour, même de la bataille de CholeU

Le malhejir, loin d'éclah:er les Vendéens et de leur faire comprendre les avantages de la discipline^ s^*bl i les rendre plus enneniis encore de tout ordre, de toute précaution» L'armée all(ût^ en quelque sorte* au hasard; les plus braves formaient l'avanirgarde; les femmes et les enfants étaient partout mêlés aux soldate; il n'existait ni compagnies^ ni bataillons , mais des groupes confus. Cet état de choses dura autant que Texpédition d! Outre-Loire; il ue put être modifié

iiî par les victoires, *m par les défaites; les chefs eux-

mcirics finirent par Taccepter en silence.

Les Vendéens arrivèrent devant Laval le 23 octobre, iqprès avoir battu les républicains à Ingrandes etàChâteau-Gontier. Le conventionnel Esnue-Lavallée, qui avait réuni quinze mille volontaires , essaya inutilement de défendre le chef-lieu du département-^de la Mayenne ; ses avanirpostes furent culbutés au premier choc ; cependant il cherchait encore à résister, lorsque Tadjudant-général Letourneux donna le signal de la fuite, qui devint bientôt générale. Les vainqueurs s'aiTÔLèrent à Laval, où Talmont avait toujours promis qu'il serait facile d'établir le siège d'une nouvelle Vendée.

La guerre ]^ri iiait chaque jour un caractère plus hideux. Les insui gés avaient dû laisser à Candé une partie de leurs malades; ils y furent immédiatement massacrés. Les représailles ne se firent pas attendre. Les Vendéens fusillèrent les républicains les plus ardents de Gh&teau-Gontier, et notamment le curé constitutionnel. Le juge de paix, qui s'était réfugié dans une cave, fut amené sur la, place publique, où Maiigny le tua de sa propre main. A Laval, les mêmes excès se renouvelèrent; les bleus offraient vainement de se rendre pour sauver leur vie. Cependant, sur les instances de M"** de Montfranc, qui avait donné asile à beaucoup de fuyards, les exécutions cessèrent. Quinze jours plus tard, M"*' de Montfranc était condamnée à mort, pour prix de son intervention. Le conventionnel Esnue-Lavallée vit, en effet, dans le

succès même des démarches de cette malheureuse femme» une preuve de ses bonnes relations avec les

brigands, et la fit guillotiner, comme suspecte de conspirer contre la république.

L'armée vendéenne put se refaire & Laval. On s'empressa de mettre à sa disposition des vivres, du linge et des vêtements. Le tocsin sonna dans les campagnes, afin de propager Tinsurrection. Six mille paysans, environ, répondirent à cet appel, mais le mouvement ne put se généraliser. Les nouvelles recrues de Tarmée catholique étaient faciles à reconnaili e par leurs chapeaux à larges bords , leurs cheveux plats descendant sur les épaules, et leurs longues vestes en peaux de chèvres garnies de poil. On nomma la division des volontaires manceaux et bretons la Petite-Vendée.

Après la bataille de Gholet et le passage de la Loire , les républicains avaient laissé un corps d'observation en > endée, sous les ordres du général Ilaxo, et s'étaient jetés, par les routes d'Âncenis et d*Àngers, sur les traces des insurgés. Malgré les petits combats d*Ingrandes, de Ghàteau-Gontier et de Laval, ces derniers avaient conservé près de deux jours d'avance. Les bleus n'entrèrent à Ghâteau-Gontier que le 2&. Westermann, qui commandait T avant-garde, prit immédiatement la rouie de Laval, Quelques chefs vendéens voulaient qu'on pénétrât en Bretagne, sans s'Inquiéter des poursuites de Tennemi ; la majorité pensa, au contraire, qu'il fallait livrer une bataille, afin de n'être plus inquiété à chaque pas.

L'Échelle avait formulé son plan de campagne en peu de mots : Suivre les brigands sans relâche et sans

les perdre de vue; attaquer majestueusement et en masse. Nul n'était plus propre que Westermann à exécuter la première partie de ce commandement , mais nul aussi ne so souciait moins de la seconde. Dès qu*il voyait l'ennemi, il le chargeait, sans s'inquiéter de savoir s*il serait soutenu et si sa défaite ne pourrait pas compromettre toute T armée. Ausbi ne se laissa-t-il pas arrêter, même par la nuit. 11 n'était plus qu^à trois lieues de Ijaval, lorsque les Vendéens l'attaquèrent. Le combat dura deux heures, au milieu de r obscurité la plus profonde, et fut très-acharné. D'Autichamp, monté sur un caisson pour distribuer des cartouches^ en donna aux bleus comme aux Vendéens. L'avantage demeui-a d'ailleurs à ces derniers; Westermann dut se ri^attre sur ChÀteau-Gontier, M. Kéller, qui commandait un certain nombre de Suisses réfugiés en Vendée, et de déserteurs allemands, contribua beaucoup au succès de cette affaire.

Les républicains réunirent toutes leurs divisions et se mirent en marche le 20 au matin. Les Vendéens les attendaient, rangés en bataille, sur les hauteurs d^Entrames, que Westermann et Danican venaient de quitter, par ordre de L'Échelle. Des deux cotés, Fardeur est extrême. Les bleus comptent toucher enfin au dernier jour de cette guerre si pénible, si pleine de dangers, et qui leur rapporte si peu de gloire. Leur armée est forte de trente mille hommes de bonnes troupes, et, pour suppléer à Tincapacité du

général en chef, ils ont Klcber, Marceau, Bîo??, Weatermanu, Beaupuy, etc. Les insurgéà savent qu'une grande victoire peut seule leur donner quelque chance de salul. Les officiers parcourent les rangs, afin de relever tous les courages. Lescure, lui-même» se trouvant un peu mieuxt veut monter à cheval; ses amis lui font abandonner ce projet, mais ils ne peuvent Tempêcher de se mettre à une ienétre» d'où il se montre ^ et parle aux soldats pour les encourager à bien faire.

L'armée républicaine s'avance sur une seule ligne, afin de pouvoir, selon le vœu de L'Échelle , attaquer majestueusement et en masse. Les Mayençais sont à l'avant-garde. Marigny les laisse arriver à portée du canon et ordonne un feu de mitraille ; ils avancent toujours; les tirailleurs vendéens les chargait alord avec fureur et les forcent à reculer. Le désordre de l'avantrgarde gagne toute l'armée. Kléber, Marceau, Weslermann» redoublent d'efforts et rallient leun soldats à lùitrames, où l'action devient plus générale. Stolllef est arrêté par une batterie. Il se tourne vers Saint-Hilaire, cet émigré breton chargé d'une mission du gouvernement anglais, et lui dit : «Vous allez voir, monsieur, connncnt nous prenons les canons. » Puis il ordonne à Martin» de La Pommeraie, d'enlever la batterie: Martin s'élance aussitôt, suivi d'une douzaine de cavaliers, et exécute, avec un plein succès, l'ordre de son chef. Les pertes sont grandes dans les deux j^artis. Le vieux chevalier de Royrand tombe frappé d'une blessure mortelle; quelques artilleurs

vendéens s'ébranlent; ceux qui les suivent les forcent

d'avancer. Les Mayençais reviennent plusieurs fois à

la charge; ils sont toujouis repoussés. L'Échelle, loin de se porter à leiir secours , retient la seconde division et se prépare à battre en retraite ; ce mouvement intimide les plus braves; les soldats que Kléber, Savary, Marceau et quelques autres, ont retenu jusqu'ici^ commencent à plier et ne tardent pas à fuir en désordre. La déroute est complète. L'arrivée du général Bloss,*aYec de nouvelles troupes, ne fait quiaccroitre la confusion. Cependant BIoss, déjà blessé, veut ten* ter un dernier effort; il se précipite, avec quelques chasseurs, sur le pont de Château-Gontier, et entreprend de le défendre; Savary l'engage à se retirer. « Non, répond-il, car il n'est pas peiinis de survivre à la honte d'une pareille journée; » il fait cinq ou six pas et tombe frappé d'un coup mortel. « Ainsi périt, dit Kléber, F un des plus vaillants et des meilleurs officiers de Tarmée. » Beaupuy, qui s'efforce de protéger la re^traite, reçoit une balle en pleine poitrine. La victoire redouble l'ardeur des Vendéens; les bleus sont attaqués eu liane et coupés. Un corps de Mayençais se jette dans la Mayenne, espérant se sauver à la nage; beaucoup se noient; un bataillon met bat les armes et demande quartier; on le fusille impitoyablement, au mépris du droit de la guerre. Les débris de Tarmée parviennent enfin à se réfugier dans Ghàteau- Goiitier, où ils complent se maintenir. «Eliî bien, mes amis, dit Larochejacquelein, en se tournant vers sesBoldats, les vainqueurs coucheront-ils dehors, et les vaincus dans lar ville? Nous n'avons encore rien

fait. » Les paysans s'avancent au pas de course sous le feu de l'ennenii, et Chàteau-Gontier tombe en leur pouvoir, (.a bataille avait déjà duré plus de douze heures et n'était pas encore finie. Vers minuit , les bleus essaient de reprendre rolTensive; les vainqueurs, un instant ébranlés par ce retour inattendu, ne tardent pas à se rassurer, et ce suprême effort de l'ennemi ne sert qu'à augmenter ses désastres. Beaucoup de fuyards coururent, d'une seule traite, jusqu'à An-^* gers; les plus braves, selon Rléber, « ne purent s'arrêter (lue là oii ils n'entendii ent plus le bruit du canon. » Yoici, d'après le même général, quelle était, le lendemain de cette « horrible déroute, » la situation de l'armée républicaine, campée au Lion-d'Ângers, et réduite à sept mille honunes : On voyait t le soldat mouillé jusqu'aux os, sans tentes, sans paille, sans souliers, sans culotte, quelques-uns sans habit, dans la boue jusqu'à mi-jambe, grelottant de froid et n'ayant pas un seul ustensile pour faire sa soupe ; des drapeaux étaient entourés de vingt, trente ou cinquante honmies au plus, qui formaient les divers bataillons. » De pareilles troupes ne pouvaient plus rien entreprendre; on résolut de battre en retraite sur Aiiî^crs. L'Échelle, qu'on n'avait point vu pendant la bataille, voulut se montrer aux soldats ; mais, dès quUl parut, un cri unanime s'éleva contre lui : «A bas L'Échelle ! Vive DubayetI qu'on nous le rende l Vive Kléber l » Les représentants, etsurtout Merlin, qui était toujours au plus fort de la mêlée, savaient combien cett^ protestation était juste; aussi engagèrenirils le général en

dief à se retirer pour cause de santé; L*Ëchelle se

rendit h Nantes , où il s'empoisonna. Sur le refus de Kléber» le commandement en chef, par intérim , fut confié à Ghalbos.

Larochejacquelein , qui, de l'aveu même de ses ennemis, vient d'unir tant d'habileté militaire à tant de bravoure, songe h rentrer immédiatement en Yendée. Bien qu'il sente qu'il n'y a pas un instant à perdre, il n'ose prendre seul une pareille détermination, et évacue Gh&teau-Gontîer pour regagner Laval , où se trouvent déjà les trois quarts de Farméo victorieuse. Les insurgés avaient, comme les bleus, grand besoin de repos et d'organisation; Laval offrait une retraite sûre , on s'y arrêta • et le retour dans le Bocage , si facile , après la journée du 28 octobre , de-» vint inapossible. Malheureusement pour la Vendée, XATOchejacquelein n'était général en chef que devant l'ennemi.

Au moment même où se hvrait la bataille de Laval, Lescure, le seul officier supérieur resté dans la ville,

reçut une lettre adressée aux généraux de l'armée royale et portant que cinquante mille insurgés étaient prêts à se soulever dans les environs de Rennes ; les chefs promettaient des explications catégoriques, si on voulait leur donner un sauf-conduit. Cette lettre, qui était Tcfeuvre de M. de Puisaye , parut et devait paraître fausse aux généraux vendéens; ils ne s'expliquèrent point qu'une telle armée fût invisible et n'osât rien par elle seule. Craignant un piège ou tout au moins une fanfaronnade, ils se contentèrent de

1 épondre verbalement que les cinquante mille hom- . ' mes devaient d'abord se montrer et qu'ensuite ils se** raient promptement secourus.

La bataille de Laval répandit partout la terreur. La colonne des généraux Olagnier et Ch&mbertin» que L'Échelle avait chargé de couper la retraite à l'ennemi, se trouvant séparée des débris du principal corps d'armée, se replia sur Graon; attaquée et bàU tue par d* Autichamp, elle se réfugia derrière les muvs de Rennes. La colonne de Lenoir opposa moins de résistance encore. Ce général, qui commandait à Mayenne, écrivit, de cette ville^ le i" novembre: « Mon armée ^tait, hier soir, d'environ dix-sept mille hommes, presque tous volontaires; ce matin, je n'en avais plus que six mille... Six cavaliers vendéens ont mis en fuite un poste de douze cents hommes... La désertion continue; voilà trois heures qu'on bat la re^ traite, et cinq cents hommes seulement ont pris Yen armes... Je crains de me trouver seul avant la fin du jour... » Le lendemain, on annonce que Tennemi est à quatre lieues, et tout le rete de Tarmée se débande»

La Convention, voulant d'un seul coup relever le courage du parti révolutionnaire, et intimider les su»pecis de modérarUisme , rendit, dès le 1*'' nov^nbre, le décret suivant, dû à Fimagination féconde de Barrère :

« Toute ville de la république qui recevra dans son sein des brigands, ou qui leur d(mnera des secours , ou qui ne les aura pas repoussés avec tous les moyens dont elle capable, sera punie^conome une

ville rebelle, et , en conséquence, elle sera rasée, et les biens des habitants seront confisqués au profit de la république. »

On ne s'en tiiil pas à cette menace. Le comité de Bidut public prit des mesures pour empêcher les Vendéens de repasser la Loire ou de 8*emparer d*un port de mer; Cherbourg et Granville furent mis en état de siège. On fit marcher diverses colonnes sur les points menacés, et Ton confia à Rossignol le commandement en chef des troupes républicaines réunies en Bretagne. L'Échelle était dignement remplacé.

Les Vendéens ne surent pas utiliser aussi bien que les bleus le temps de leur séjour à Laval.. Cèpendant, ils essayèrent de mettre un peu d'ordre dans leur armée. Un recensement générai, exécuté sur Tavis de Larochejacquelein, fit connaître que Ton pouvait compter sur environ quarante mille combattants, parmi lesquels se trouvaient de mille à douze cents cavaliers. Le nombre des femmes, des enfants, des vieillards et des infirmes atteignait le chiffre de Tarmée active. On s'efforça de rétablir, autant que possible, Tancienne organisation par paroisses et Ton forma cinq divisions que commandèrent d'Âutichamp, Fleuriot, \iiieneuve du Cazau, Piron, Desessarts, Lyrot et Désigny. Stofflet resta major-général; Talmont et Forestier conservèrent le commandement de la cavalerie ; La Marsonnière, Pérault et Grcslier furent adjoints à Marigny pour la direction de l'artillerie , qui s'élevait à cinquante-cinq pièces de différents calibres. Donnissan eut la présidence du conseil militaire. L'abbé

Bernier, dont Tactivité ne se démentait point, reçut le titre de grand aumônier. Sur la proposition de Tintendant général, BeauvoUiers, le conseil créa pour 900,000 livres de bons royaux coinmerçables, portant intérêt à quatre et demi pour cent, hypothéqués sur le trésor royal et remboursables à la paix. Ce fut une maigre ressource. •

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