CHAPITRE XV
Situation de la Vendée pendant i'expëditîond'Outre>Loire.— Frtee de Noir* moutlera parCbareUe.— D*Eibée se réfugie* NolriiM>tttlen.^TtaD<iai]lité de l'Anjou et du Haut-Poitou. —^ropodlioDft fattes à la Gonrentlon par Merlin (de Tliionville) et Fayau. — Haxo envahit le Bas-Poitou. — Charottp h I'Hp îîouln, — Il pt^iièlre dans cfntre du Bocage. — Combat des Quaii-ti-Ciieuitns. — Trait d'audace de Joly — Gharette est nooAmd général en dief* Ses efforts pour entraîner k sa suite la» anciens soU dais de la grande amée.—ArrlTée de larocbeJacqaeleln.^8on entrevue avec Cbareiie. ^Utu •épantion.
Nous devons maintenant revenir sur nos pas, et faire connaître la situation de la Vendée pendant la campagne d'Outre-Loire. On sait cpie Charette, au Heu de se rendre aux instances des chefs de la grande armée, qui le pressaient de prendre les Mayençais à revers, 8*étaît porté , quelques jours avant la ba^ taille de Cholet, sur Tîle de Noirmoutiers. Cette tentative avait été couronnée de succès. Charette, qui 8*était ménagé des intelligences à Barbastre, petite ville située sui' la côte de Tîle, put se rendre maitre de cette position importante après une légère escannouche. La garnison, que commandait Wieland, se reconnut prisonnirre de guerre. C'est le ii octobre, de deux à six heures du matin, que le chef du Bas-Poi-r tou fit cette cdnqiîête; il avait à peu près trois mille homme&'SOus ses ordres. Noii*moutiers comptait six
mille habitante, renfermait d'abonâafiteb xèSÊomxà
et permettait d'entrer en relation avec l'Angleterre. Charette, dont c'était là le but principal, fit immédiatement partir La Roberie pour Londres. Tinguy reçût le gouvernement de l'île. Les prisonniers, au nombre de huit cents, furent transférés à i^uin et laissés à la garde de Pajot, qui en ât fusiller une centainet sois le prétexte qu'ils songeaient à s'évader.
Charette apprit à INoirmoutiers la bataille de Gholet et le passage de la Loire. Il voulut croire d'abord, afin de calmer sa Gonsctence, qu'on lui exagérait le désastre de la grande armée; niais il dut bientôt se rendre à l'évidence. Dès ses premiers pas dans le Bocage , il rencontra quinze cents Angevins qui escortaient d'Elbée, couché sur un brancard et accompagné de sa femme. « Je viens me jeter dans vos bras, » lui dit le généralissime de la Vendée. Charette se montra profondément aflligé et engagea son malheureux frère d'armes à se retirer dans Noirmoutiers, le lieu le plus sûr de son commandement Quelques officiers, notamment Duhoux-d'Hauterive , son beaufrère» et Boisy, restèrent avec d*Slbée. Quant aux paysans, ils rentrèrent en Anjou, commandés par Pierre. Cathelineau, frère du premier général en chef, et La Bouère, gentilhomme du pays. Cette troupe n'entreprit pas de tenir la campagne. Néanmoins, elle conserva une sorte d'organisation, afm de pouvoir se réunir au besoin. La plupart des insurgés de r Anjou et du Haut^Poitou, restés sur la rive gauche, adoptèrent cette tactique; quelques-uns se rendir^ h
raméede ChâTotte. les républicains, qui oceupaient
Cholet, Mortagne, Montaigu, Tiffauges, Bressuire, ArgeutoA» Saiot-Fiorent, abusés par ce calme près* que complet , regardèrent la guerre comme finie. Mais , si les Vendéens étaient tués ou dispersés, le sol restait Merlin de Thionville dit qu'il fallait le purifia; il proposa, en conséquence, de décréter « que le département de la Vendée serait appelé le départemené Vengé; qu'on <iistnbuerait aux cultivateurs restés fidèles, aux réfugiés de P Allemagne et à de pauvres laboureurs, des portions de terre, pour les cultiver en toute propriété; et que toutes les séparations d*héntages, soit fossés ou haies, seraient détruites dans six mois et remplacées par de simples bornes. » Fayau approuva le prcqet de son collègue, mais fit r^narquer qu'on ne pourrait l'appliquer qu'après avoir vaincu Charette. « Je pense, ajouta-t>-il , qu'il faut d'abord envoyer dana ce pays une armée incen* diaire, pour que, pendant un an, au moins, nul homme, nui animal, ne puisse trouver de subsistance sur ce sol ennemi. » Lia question fut soumise aux délibérations du comité de salut public. Nous ferons connaître sa décision.
L'expédition d'Outre-Loire donna quelques jours de repos aux insurgés du Bas-Poitou, le général Haxo ne se sentant pas assez fort pour attaquer seul les divisions isolées, mais faciles à réunir, de Charrette, Joly, La Cathelinière, Gouëtus, etc. Ces chefs profitèrent de Tinaction de la principale colonne en- 4iaBie: pour rafiermir . leurs soldats et: tenter plusieilrB
«oup» de midn contre te pcwtM ocoupéc^ ptr te Mium; Prodhonmie entreprît de reformer une nouvelle ar»
jnée de centre et eut bientôt sous ses ordres ceux des insurgés qui n'avueni pas suivit en Bretagne^ leur lacien chef, M. de Royruod. Les ré|iublteins coift-*
prirent qu'il était temps d'agir avec énergie. Le 9 novembre, Haxo sortit de INautes k la téte d'une colonne forte de six à sept mille hommes. Il repoussa la di^ vision de La Cathelinière, qui formait, en quelque sorte, Tavant-garde de Gharette, et s'empara du Portr Saint-Père. Après ce premier succès, Haxo ccmcerta ses opérations avec celles du général Dutruy , qui , le M octobre, avait battu, à Saint-Gilles, trois ou quatre mille insurgés, commandés par Joly, Savin et Ducloudy. Les bleus, heureux dans plusieurs petits engagements, isolèrent Charette et le refoulèrent sur les côtes* 11 occupa Bouin, son dernier refuge « et y fut cerné, avec environ trois mille hommes, pur des forces deux fois supérieures aux siennes. Le général vendéen panussait perdu* . Uaxo pouvait ou submer* ger nie , en coupant quelques- chaussées , ou profiter du froid , qui rendait le terrain praticable , pour attaquer, à marée basse, un ennemi è. qui toute retraite était fermée. Carrier voulait qu'on employât le prelijjcr moyen, s'inquiétant peu de noyer toute la population en même temps que Charette et ses soldats. Uaxo» pensant que c*était là une ressource dont on ne devait user qu'à la dernière extrémité, répondit qail essaierait d'abord de vaincre à l'aide de ses armes et de ses soldats^ Les bleus s*ébranlèrent le 3 décembret Cha-
rette ftvait, comme Haxo, partagé sa petite troupe
en trois corps; Guérin et Oouëtus comniiuidaieut ses ordres^
Les républicains, d'abord repousséa sur tous lews
points d'attaque, tournent les insurgés et lç8 prennent entre deux faux* Pour sortir de Bouio, Charette doit 86 fvre jour |t travers renoemL II tente un dernier effort, culbute le corps qui lui est opposé, et gagne le seul passage à peu près praticable dont Haio s4t négligé de s'emparer. Cette retraite, que tous lesotficiers républicains regardaient coinme impossible, lui coûta, environ huit cents bonunes, son artillerie, ses munitions, ses vivres et ses chevaux, Comnie Bouin était abonciamnient pourvue de provisions de toutes sortes ; les vainqueurs mirent plus d'ardeur à se partager le butin qu*à poursuivre Tennenu.
Charette, bien qu'un peu plus libre dans ses manœuvres, était encore entouré d^ennemis. Pour ga^ gner Saint-Ëtiennenle-Mer-Morte, qui lui ouvrait le Bocage, il eut plusieurs engagements très-vifs à soutenir. Le succès ne lui lit pas défaut et, le 4 décem** bre, il put assister, en tête des débris de s» troupe, à une messe d* action de grâces.
De Saint- Etienne » Cb^urette se rendit k Touyoii^i j(iu*il quitta immédiatement, pour attaquer m convoi de vivres et de munitions destinés au poste républicain de Légé* ^ entreprise eut un piei^ succès» Quelques heures après^ il était aux prises avec VnA* jadant-général Guiiiauiae. Le résultat de cette noi*» velle affaire fut wàéçà$9 tt chaque parti put a'attn**
buer la \ il taire. Se sentant trop faible pour tenir la campagne, ^harette se rabattit ^ur les cantonnements de Joly et de Savin. Ces deux chefs avaient ea» de leur côté, divers engagements, sans intérêt pour l'hîôtoire. Cette petite guerre ne faisait plus qu'irriter la répidiliqae et pe ralarmait pas. La Vendée, réduite à ses seules forces, devait évid^ment, dans un avenir assez procliain, se soumettre ou succomber. Son héroïque résistance ne pouvait devenir dangereuse que par le soulèvement en masse de la Bretagne et la présence des Bourbons. Aussi , parmi les mille incidents de cette seconde campagne, ne mentionneronsnous que les plus importants; de manière à faire comprendre la naarche des événements, sans fatiguer rattentton.
Les chefs de la Basse^Yendée se décidèrent, sur la
proposition de Charette, à pénétrer dans le centre du Bocage, afin d'y rallier ceux ^des insurgés qui nV vaient point passé la Loire. Airivés aux Quatre-€he» mins, ils se trouvèrent en présence d'une division républicaine, forte de quinze à dix-huit cents hommes. L*attaque fut résolue. Joly eut le commandement de Tavant-garde ; Charette divisa son corps d'armée en deux colonnes; il prit la route de Sainte-Cécile, et Joly celle des Ëssarts. Ce dernier engagea la bataille par un trait d'audace rare, même chez lui. Prêt à combattre avant les autres colonnes, et impatient de ne pas les voir paraître, il met à son chapeau une cocarde tricolore, ordonne à quelques-uns de ses cuvaiieiâ de suivre ôou exemple, et marche avec celle
faible escorte sur le camp ennemi. Au qui vive des' sentinelles, il répond républicain. Quelcfues soldats loi demandent des noavélles : « On va se battre, car* marades, leur dit-il, les brigands ne sont pas loin. » — ' Avons*nous des renforts? « J*ai dans ce bois une colonne embusquée; je vais revenir, tenez bon. » Il gagne l'autre extrémité du camp, enlève les dernières sentinelles, arrive près de Gharette, lui dit d*attaquér au plus vtte, traverse une seconde fois les rangs de l'ennemi, et reparaît avec sa division. Une déciiarge générale, exécutée au cri de i;tt;e le roi! lire seule les Meus de leur erreur. Charette et Gouëlùs paraissent au même inonient, et le camp est emporté. Les r^;Hibiicaius perdirent leur artillerie, leurs fusils, toutes leurs munitions, et laissèrofit près de mille
hommes sur le teri'aiii.
Les oiliciers de l'armée victorieuse , se réunirent en conseil et reconnurent quMl était indispensable d*élire un général en chef , car Tautorité de Charrie était toujours contestée. Joly , comprenant qu^il né pourrait obtenir la première place, voulut au moins empêcher le triomphe de son rival. Il proposa de nommer trois généraux, qui commanderaient tour k tour, h la condition que celui qui se trouverait momentanément à la tête de l'armée consulterait toiiyours les deux autres. Cette proposition n*eut aucun succès. Par déférence, on offrit ensuite le commandement au chevalier de Couëtus , qui le refusa, en désignant Charette comme le plus digne.
On s'attendait k ^ette r^ionse, et Charette fotébu
Joly montra d'abord une grande colère; loais, comme il ^tait sincèrement dévoué à la cause quMl servait, il se calma et obéit, autant qu'il pouvait obéir.
Les anciens soldats de la grande armée catholique se montraient peu disposés suivre Gbarette. Vainement il leur disait, ^om ses proclamations : « Accourrez sous les drapeauK de votre général. N'y a-t-il pas moins de danger pour vous, à suivre celui qui sut toiqours résister sm républicains, qu'A errer de forêts en forêts, ou à vous cacher sous les débris de vos cbauiiiièr.es, pour y attendre lâchement les coups d'uu ^emi implacable? » Pour faire des recrues, parmi ces paysans autrefois si prompts à prendre tes armes, le nouveau générai en clief était, le plus souvent, obligé d'employer la violence, Rien, d'ailleurs, ne pouvait le décourager; tout en parcourant le Haut- Poitou et en combattant les petits corps républicains qui gardaient le pays, il réorganisa sou armée, forte de trois mille fantassins, et d^environ trois cents cavaliers. 11 y eut un major général, des chefs de division, des adjudant^majors, un intendant, etc. Le chef-d'œuvre de CSiarette fut de discipliner cette troupe et de la maintenir sous les drapeaux , bien qu'elle manquât des ciioses ïm plus indispensables et qu'elle eût souvent à combettre des forces supérieures. Du Poitou, il passa en Anjou, avec le projet d'enlever Cholet aux républicains, et de faire recoa^ naître son autorité dans le pays qui avait fourni à Catheiiueau, iïiLii)éQ et iiunchamps, leuis meilleurs
sQldafts, 11 pensait que Pierre GaftheUneau etlia Boiève,
qui commandaient les Angevins restés sur la rive gauche, ne lui opposeraient aucune résistance*. Gefi^ deox chefs venaient de prouver h la république que la Vendée n'avait pas encore dit son dernier mot. Le 30 novembre, ,ils s'étaient portés à la rencontre ;du général Deemares et Tavaient batta. Gharetle^ qni
avait pu apprécier le courage et la discipline des insurgés de l'Anjou, voyait déjà en eux l'élite de son armée. L'arrivée de Larochejacqaekjn et de SteSlet fit échouer ce calcul.
Nous avons dit comment Larochejacquelein, Stofilet, La Ville de Beaugé et Langerie, avaient passé la Loire. Comprenant qu'ils devaient abandonner 1 espoir de rejoindre la grande armée , ils s' enfoncèrent 'dans le Bocage. Après vingtrquatre heures de marche au milieu d'un pays devenu désert, ils entrèrent dans une métairie et se jetèrent, accablés de fatigue , sur une meule de paille. A peine étajentr-ils cou<diés que le métayer vint leur signaler une patrouile. « Il faut que nous dormions , répondit Larochej^cquelein » laisse à la Providence le soin de veiller sur nous, n Et ils s'endormirent. Les républicains entrèrent, disant qu'ils étaient harassés, et s'emparèrent de l'autre partie de la meule, sans songer seulement à en faire le tour. Les Vendéens, éveillés les premiers, partirent dans le plus profond silence ; ils commençaient à se rendre compte du danger qu'ils avaient couru. Informés de la présence d'un corps dMnsurgés dans les environs de Cholet, ils ne pensèrent plus qu'à le re-
joindre, et y parvinrent à travers mille obstacles,
Charette ne prit même point la peine de dissimuler le dépit que lui causait ce secours imprévxu il se mit à table avec ses officiers, sans rien offirir à Larochejac* quelein, qu'il instruisit cependant de ses projets d'attaque sur CholeU « Les républicains y sont en force, - et vous écboaereK, » lui dit le généralissime d*Outre* Loire. « Eh bien, répondit Charette, je pars pour Mortagne; suivez-moi; je vais vous faire donner un dievaL > — « Monsieur, je sois habitué à ôtre suivi , » répliqua Larochejacquelein, et il se retira. Huit cents insurgés du Haut-Poilou et de T Anjou quittèrent immédiatement l'armée de Charette, pour se mettre sous les ordres de leur ancien général. Les deux colonnes vendéennes se tournèrent le dos, sans arrêter aucun plan de campagne. Plus rinsnrrection s'afiiû- Hissait, plus ses chefs manquaient de désintéressement. C'était bien une cause perdue.
L'entrevue de Charette et de Larochejacqud^ eut lieu le â9 décembre 17dS. Le même jour, Turreau, l'organisateur des colonnes infernales, arrivait à Nantes, et prenait le commandement en chef de Tarniée r^ublicaine.