‹ Les guerres de la Vendée et de la Bretagne, 1790-1832Chapitre 18 sur 27 · CHAPITRE XViil · texte numérisé non relu

CHAPITRE XViil

Les cuionuc6 luferuaicâ.

Le nouveau général en chef de la République ne manquait ni de connaissances militaires, ni d'une certaine habileté. Il comprit que les chefs vendéens, malgré la muUiplicité de leurs attaques, ne possédaient que des ressources très-restreintes , et que nulle part ils n*étaient véritablement en force. Au lieu de maintenir le système de L'Echelle et de marcher « majestueusement et en masse, » il divisa ses troupes en plusieurs colonnes, afin de se montrer par-? tout à la fois, et de pouvoir disperser les rassemblements aussitôt qu'ils essaieraient de se former. Il or* donna, en outre, de désarmer toutes les commuaeB républicaines voisines du théâtre de F insurrection, dont le courage était plus douteux que le civisme; d*éloigner les habitants neutres, qu'il fallait au moins tenir pour suspects; d'enlever les grains, les foui'rages et les bestiaux. Des camps retranchés furent établis dans les principales positions, des chaloupes canonnières parcourui'ent coustamment la Loire; de que les ipsurgés du Bocage, isolés de ceux

de la Bretagne et même du Marais ; réduits, par conséquent, à leurs seules ressources, devaient bientôt succomber. Nous menons de taire connaître Feiisemble du plan de Turreau. Maintenant en voici le détail. Conformément au décret rendu le l"août 1793, par la Convention, chacune des colonnes expéditionnairesy qui devaient parcourir la Yendée en tous sens, reçut l'ordre de livrer aux*flammes les villages, métairies, bois, genêts et gémralement tout ce qui pouvait être brûlé; d'exterminer les rebelles et les suspêctié Avant d'aller plus loin, nous nous appuierons sur un document oiliciel :

« Au quartier à La MoUe-Acliard, le h germinal, Tan deuxième de la République française uoe et iodiviilble.

m Llbeité, fraternité, égalité ou la mort.

«t 11 est ordonné au général Huché de partir sur-lechamp» pour se rendre à Luçon ; il prendra le commandement de toutes les forces années qui s'y trou«vBnt» ainti que dans les postes adjacents; il fera enlever, par tous ieb moyens militaires, les subsistances et fourrages qui se trouvent par sa droite, d^ puis Sainto-Hermine jusqu'à Ghantonnay , en avant de lui ju&qu il Saint-Hilaire-de-Vonhys, La Giiaise et Château*Froma^e; pai* sa gauche, depuis le bourg» sur La AoehMUT'Yon jusqu'à La Claie, le tout indu* sivement. Toutes les subsistances qui en provieii-» d(oiit j^roul réservées, ainsi que les botes à cornes, fm Luçon. Atmiiét kê en^omsnte faiu, Um9 lu

bourgs j villages, hameaux j, fours et moulins seront enUèremefU incendiét sans excepiim. Les habitanU qui seront reconnus avoir pris pari directement on indirectement à la révolte de leur pays, seront exterminés soR-LB-CHAMP; 11 se conformera particulière^ ment à Tarrété des représentants du peuple du S ven* tôse, concernant les réfugiés. »

Signé : TuAiusADt générai en chef.

Des ordres absolument' semblables furent donnés à chacun des douze généraux chargés du commandement des colonnes eq)éditionnaireSt et tous, bien qu*à des deg^ différents, se montrèrent dignes de les exécuter; ajoutons qu'aucun d'eux n'a laissé un nom auquel 86 rfkttache une véritable gloire militaire. Depuis longtemps ces lieutenants de Turreau sont plus ou* bliés encore que lui.

Treize villes ou bourgs furent d'abord exceptés de rincendiot mais non des réquisitions, forme ofilcielle du pillage. Voici leurs noms : Gholet, Saint-Florent| Clisson, Montaigu, Sainte-Hermine, Bresauire, Gfaan* tonay, Fontènay, - Argenton , Luçon, Machecoul , Chalonnes et Saint-Vincent. Dans la suite, plusieurs de ces villes furent condamnées à subir le sort com^* mun.

Il se trouvait en Vendée un certain nombre de républicains» dont les uns n'avaient jamais quitté le . pays, dont les autres y étaiént rentrés depois le pas-» sage de la Loire par la grande armée catholique; quelques commune» qnâme s'étaient toujours montrées

hostiles à la cause de rinsonreGlion ; on ne les épargna point, car, selon Texpression du général Grignon, « un patriote n'était pas censé habiter ce local. » Aussi, au moment d'entrer en campagne, Grignon dit-il simplement à ses soldats : a Brûlez tu ut ce qui sera susceptible de rétre, et passez au fil de la baïonnette tous les habitants que vous rencontrerez* » Ses collègues Huché, Goniinaire, Grammont, Dufour, Gordellier, etc., etc., tinrent à peu près le même langage.

Nous n^entreprendrons pas de retracer les excès

dont se souillèrent les colonnes expéditionnaires de Turreau, surnommées eoknmes- infernales; beancoiqp» d'ailleurs, sont nécessairement restés inconnus. Nous n'en citerons qu'autant qu'il le faudra pour permettre à chacun d'apprécier le nouveau système de guerre que la république venait d'adopter. Les témoignages que nous allons invoquer sont tous d'origine révolutionnaire. 11 faut placer en première ligne un mé* moire présenté au Comité de salut public par le conr* ventionnel Lequinio.

Pour bien faire apprécier la valeur de cette autorité, quelques détails sont nécessaires. Lequinio, au« teur d'un livre intitulé les Préjugés détruits, et député de la Bretagne, appartenait à la fraction la plus exaltée du parti révolutionn«,ire; le sang ne lui coûtait rien à répandre. Le SI décembre i79S, il écrivait à la Convention ; « Je viens de donner des ordres que les modérés pourront trouver barbares. Quatre à cmq cents brigands encombrent les prismi de Fonlenay-*

le-Peuple. Je viens d'être informé, par un courrier extraordinaire, qu'une portion de Tannée de Charette, forte» dit^-on, de dix à douze mille hommes, s'avançait dans le eanton et menaçait Fontenay ; j*aî ordonné de faire fusiller, sans forme de procès, ces prisonniers, à la {Nremière i^parifion de rennemi. » Pour caliAer Tagitation qni régnait parmi ces mêmes prisonniers, il était entré dans la prison un pistolet au poing, et avait brûlé la cervelle à cdui qui lui amU paru pouvoir être le ehef; acte dont il se vanta ensuite comme d'un acte d'humanité. C'était aussi, on le pense bien, un grand ennemi du fanaUime; il avait horreur de toutes les religions, € de la juive et do la protestante, comme de la catholique. > Enfin, voici comment il s'exprimait dans un rapport destiné à éclairer le Comité dé salut public sur les moyens d*en . finir avec la Vendée :

« 5i la population qui reste néiaU que de trente à . quarmle miUe dmef « le pku court, sans doute, serait de tout égorger, ainsi que je le croyais d'abord; mais cette population est immense : elle s'élève encore à quatre cent mille hommes, et cela dans un pays dont les ravins et les vallons, les montagnes et les bois diminuent nos moyens d'attaque, en même temps qu'ils multiplient les moyens de .défense des habiants.

« S'il n'y avait nul espoir de succès par un autre mode, sans doute, encore qu'il faudrait tout égorg&r, y eûJtr4l cinq cent miUe hommes; mais je suis loin de

le croire. »... „ ...

Tolià rhomme qui va juger pour wm Tummi et

ses complices.

Aprëft avoir expliqué le soulèvement de ia Yeodée» qu'il attribue Burtouft au fmuaime du peuple des «am^

pagnes y à r orgueil iîes nobles et à la scélératesse des prêtres, Lequioio ajoute :

' c Bè» les premiers infltanta, les généraux r^ubli-*

cains ont fait de cette guerre un objet de spéculation et d*intérét particulier.

« Ils ont favoriaé le pillage pour couvrir celui qu'ils faisaient eux-mêmes, pour se faire aimer de leurs soldats, capter de leur part une sorte d'idolà/trie, et se faire de leurs complices autant d'appuia contre les dénonciations.

« Le pillage a été porté à son comble ; les militaires, au lieu de songer à ce qu^ils avaient à faire, n*ont pensé qu^à remplir leurs sacs et à voir se perpétuer une guerre si avantageuse à leurs intérêts. Beaucoup de simples soldats ont acquis cinquante mille francs et plus; on en a vu couverts de bijoux, et faisant, dans tous les genres, des dépenses d'une prodigalité monstrueuse.

« L'habitude de piller a étendu les effets de cette disposition coupable jusque sur les patriotes, et les richesses de ceux-ci sont devenues mille fois la proie de rhomme envoyé pour les défendre.

« Les délits ne se sont pas bornés au pillage; le viol et ia barbarie ia plus outrée se sont représentés dans tous les coins.

« On a vu des militaires lépublicains violer des

femmes rebelles sur les pierres amoncelées le long des grandes routes, et lefi fusilier ou led poiguardei: jeu sortant de leurs bras.

« On en a vu d'autres porter des enfants à la mamelle au bout de la baïonnette ou de la pique, qui avait p^cé du même coup et la mère et Tenfaiit.

« Les rebelles n^ont pas été les seules victimes de la brutalité des soldats et des ofîicierB; les ûlles el ienmies des patriotes même ont été souvent mim en réquisition ; c*est le terme

« La durabilité de cette guerre a forcé la Convention à déterminer des mesures de rigueur; elles ont été employées sans discernement, et elles ont produit un effet tout contraire à celui que l'on attendait. On s'est déterminé à fusilier, et l'on a fusiUé indi^inde-* ment tout ce que l'en renemUrait eu tout ee qui se pré*^

senlait,

. c De3 conununes venant se livrer, leurs oiliciera municipaux en éeharpe à leur tète, ont été reçues

avec une apparence fraternelle et fusillées sur Theure.

t Les troupes patriotes, n'ont en général employé aucun moyen pour faire aimer le parti qu^elles défen-*

daient et gagner ce peuple grossier, beaucoup plus facile à gagner cependant quà combaUre ^. i

1 Lcquinlo ajoute en noie : « Un officier, homme très-brave, ni*a confeajé avoir commis ce délit; il traitait coin rommo tmr faribole , UIM «ipiègl^ie, une prouesse simplfimpnt galantr rt s uis ( riiisiVjupncp. »

* Dans ce même rapj)oi'i, dont nous avons seulement donné quelques ex* traits, Lequlnlodltquc pour tranqvHHêtfêtééfanatiitrêet Véiuiêmu, \\ fBiOf» dnUt répandre à profiuion dam Unit le piyi, et mt wioùu WHftiê puréimâ» , une InMmcUon « en style familier, limple, parlant au coeur autant qu'à l'esprit n et qui ferait sentir les avantages du gouTeroement répubUcain. U

Passons aux preuves maintenant ; nous n'en citerons que quelques-unes, assez seulement pour justifier toutes les assertions de Leqiimio, Nous laisserons . de côté les cent mngt pièces produites par la seule administration départementale de la Loire-Inférieure,

Chapelain y président de la commission municipale de quatre communes, capitaine de la garde nationale et commissaire pacificateur du district, raconte ainsi rentrée en campagne de Grignon; son rapport fut déposé au Comité de salut public :

t... Grignon séjourna aux Essarts, et fit égorger, sur une liste msignifiante , vingt jeunes gens qui s'étaient conformés à la proclamation des représentants du peuple, avaient remis les armes et se comportaient bien. Il ût égorger des oiUcierâ municipaux en écharpe» par une erreur de nom qu'il ne donna pas le temps d'expliquer. Dans le reste de la paroiase, il fusilla de toute main, sans exception ni formalité... J'allai au-devant de Grignon, il me fit désarmer... On m'arracha mon habit pour me fusiller. Je parlai avec toute l'autorité de la vérité et Tascendant de la vertu. Grignon me fit rendre mon habit , mon porte^ feuille et mon argenterie; je perdis iOO liv. en assignats de 10 sous et une bourse d'or... Dix honmies

ajoute qu'il faudrait aussi des prédicateurs de morale, connaissani beati' «mg» lu mmwi du ctmpagnei et phiiosoj^. Le choix de cas propa- Bandiaus ne taaratt, raaiarqiie4-ll, trep être tfpnré ; U vint Brieini en afoir moins que d'envoyer des luniiiMs inooneéquents et sans connaissanoe

du ccenr fnimnin rt drs mnpiirs nislîquos,.. CVst aux représentants du poupie surtout, accompagnés de (fueiques musiciens ^ ^ remplir cette uiclie gio- ^use et sati&fuisaute pour Vàamme «easUfle» iSuus restons sur ce dernier trait*

de ma garde furent sabrés, dont deux furent mal tués et en réchappèrent... Griguon fit égorger les hommes de ma commune sans me consulter; la troupe pilla, incendia à tort et à travers; je ne mentionne pas les cadavres épars faits par les soldats ; on viola les femmes, et méme.«. ( mais nous ne pouvons rapporter ce passage). On coupa un patriote et sa ser* vante en morceaux, ainsi que deux vieilles leimnes, dont Tune était en enfance. Dix-neuf prisonniers en-* voyés du Bonpère et faits par la garde de cette commune» furent égorgés; on en fusilla encore cinq d'une seule métairie, etc., etc., quatre pages d'etc.,» ajoute ici Tauteur de ce rapp<Nrt.

Chapelain continue :

c Grignon me dit qu'en entrant dans la Yendée.il avait juré d'égorger tout ce qui se prés^terait h lui; qu'un patriote n'était point censé habiter ce local; que, d'ailleurs, la mort d'un patriote était peu de chose quand il s'agissait du salut public; je lui dis que cette dernière proposition était une vérité, mais qu'il ne fallait pas en abuser.

« Je lui disais un soir : < II y a quelques métairies ici où Ton trouverait bien de 1 argciiL; il crut que je voulais les faire piller, et me dit : voilà où je vous commis répMicain; je baissai les yeux et ne répondit pas. 11 disait un jour : On est bien maladroit, on tue d* abord; il faudrait d'abord exiger le portefeuille^ puis l'argent, sous peine de la vie, et quand on awrait le tout, on tuerait tout de même.

« Il voulut aller à Pouzauge; il me prijb pour guide;

H y «vaii de jolies prisonnières au château ; aprèe

dîner, Grignon et Tétat-major allèrent prendre le café de Cythère avec elles et des soldats, qui étaient, seoondairment sans doute» de la partie; elles furent ensuite fusillées , excepté une qu'on élargit.

« J'accompagnai Grignon, comme guide, à Bon* père. Quatre cents iiommes de la garde nationale furent sous les armes ; il voulut les faire charger par son escorte ; il hésita plusieurs fois ; le nombre l'intimida. Les soldats se tenaient prêts à exécuter ce qu'ils appelaient le coup de tanps* Il m'ordonna de le suivre ; on pillait) on incendiait; on suivait la colonne, autant à la trace des, cadavres qu'elle avait faits, qu'à la lueur des feux qu^elle avait allumés. Dans une maison, on tua deux vieillards, mari et femme, dont le plus

jeune avait au moins quatre-vingts ans. » Aug. Chauvin, membre du comité de surveillance

de Brossuire. écrit de son côte :

« A partir d'une lieue d'Ai-genton, dans l' extrémité de la paroisse de Ghambroutel, sur le chemin de Bressuire, tout ce qui fut rencontré fut sacrifié & la rage de Grignon, et le massacre fut horrible ; à Saint-Aubin-du-Pluz, sous le prétexte ridicule que l'on avait trouvé dans le clocher un drapeau de brigands , qui n'était cependant qu'un devant d'autel, il fit massacrer toute la municipalité, qui s'était présentée au devant de Tarmée, décorée de Técharpe, ainsi que tous les bons citoyens de la commune qui s'y étaient réunis pour faire le service de la garde nationale. Grignon satisfit sa rage par le massacre de tous les

ittcKYtdus, mis distinetion, qu*îl' rencontra, et Tîncandie de plusieurs maisons. La continuation de sa marche pour arriver à Brwuilre fut aussi la continua* tion des mêmes horreurs. »

Quand il eut terminé cette promejiade militaire, Grignon reçut de Tavancement; il fut élevé au grade de général divisionnaire.

Le citoyen Guesdon, commissaire de la division de Montaigu, écrit au comité de surveillance : < Je dé» nonce h la République la conduite de Dufour, chef de brigade, qui s'est comporté dans le district de Montaigu comme un vrai brigand. » Après quelques dé^ tails sur des mcendîes et des actes de pillage, Guesdon termine ainsi : « Duiour semble avoir autorisé son armée à piller et à dévaster tout le pays, surtout les bons républicains; et, sur les observations que quel^ ques républicains lui firent, qu il ne ieui- restait presque plus rien, il leur répondit qu'il allait faire enlever le reste. »

Le comité de surveillance révolutionnaire de Fontenay-le-Peuple, rend ainsi compte des exploits du général Huché au comité de Bochefort :

' « Frères et amis, un voile sombre et funeste se répand sur la partie saine et fidèle du département de la Vendée.

« Nos premières sentinelles, les avant-postes que nous opposions à. nos ennemis jurés, n'existent plus» Les patriotes des parages de Saint^Hermine, les postes de Simon-la-Tincuse , Larheorthe, Sainte -Peseinne, ne sont plus, que des monceaux de cendres.

« Les ordres baibares du général Hudié, général

à Luçon, sont des attentats les plus formels à la chose publique* Envoyé, dit-il» par le général en chef Tur* reau, pour incendier, massacrer tel pays, duqud il ne connut jamais ni les principes des habitants, ni la position territoriale. Cet homme, plus que suspect, tourne les armes de son pays (peut-être n*en eulril jamais!) contre son pays même; le détail circonstancié peut vous en être transmis par les autorités consH tituées de Luçon.

< L'alarme unÎYerselle est r^andue dans toutes les âmes; nos derniers moments n'ont qu'un cri, celui de faire entendre à la R^ublique entière que, dans notre pays libre, les droite de Fhomme et du dtoyen sont outragés par un monstre dont la conduite, nous devons le dire, surpasse celle du cruel Néron...»

Ce résumé prouve que le général Huohé, à Texempic de ses collègues , ne ménageait pas plus les patriotes qne les brigands ; selon l'expression de Chapelain, il égargeaU et ineendiaU à tort ei à travers^ Le rapport du comité révolutionnaire de Fontenay constate même qu'il fil détruire un officier de santé de Farmée républicaine, dont le emp d'mU hUdéplamU. Pour mettre un terme aux excès de cet auxiliaire de Turreau, les autorités de Luc on le firent arrêter. Dès que les représentants en mission eurent connaissance de ce fait, ils déclarèrent la ville de Luçon suspecte de fédéralisme, et la inirent en étal de siège.

Un officier municipal, parlant de la colonne de Grammont, dit qu*elle^gorgeait vi^lards, femmes et

eofaots ; que le0 patriotes notoires et les prêtres constitutionnela n^étalent pas plus épargnés que les autres.

Aux républicains échappés au massacre , et qui venaient se pUindrOt le général répondait : « Vous êtes bien heureux de n'avoir pas été fusillés avec les au* très. » Dans une plainte formulée contre Commaire, par les adniinistrateurs de plusieurs eonununes qu'il avait traversées, on lit : > Nous voyons diaque jour Commaire prendre les premiers enfants venus, fils de républicains ou de brigands, peu lui importe ; il les saisit par une jambe, et les fend par moitié, comme un boucher fend un mouton. Ses soldats en font autant. » Voici maintenant quelques mots, sur Amey : « Ce général fait allumer des fours, et, lorsqu'ils sont bien chauffés, il y jette les femmes et les enfants. Nous lui avons fait des représentations, il nous a repondu que c'était ainsi que la R^ublique voulait faire, cuire son pain. »

Nous pourrions citer des rafiinementâ dignes de Carrier : Deux cents Vendéens, parmi lesquels se trouvaient des femmes et des enfants, s'étaient réfugiés dans le château de Clisson. Les bleus arrivent et s'emparent de ces malheureux; quelques-uns sont tués immédiatement; on prend les autres et on les jette dans un puits, qu'ils remplissent jusqu'au faîte et que l'on fait murer sur eux \ Un ancien administrateur militaire rapporte que l'on vit des ^soldats outrager

* Ce puits existe toujours ; nous l'avons vu il y a deux ans ; rîen» pas même une inscription, pas même une simple droixo'y rappelle cette époa* viauble tuerie, vivante encore, du reste, dans Um Uê mifwlif»

des femmes sur les autels, les y tuer ensuite, puis graver, à côté des cadavres, quelques mots rappelant

les crimes qui venaient d'être commis.

Ce système fut en vigueur pendant près de quatre mois, La première expédition des colonnes infernales eut lieu le 20 janvier 1794, et ïurreau ne fut remplacé par Yimeux que le mai suivant Or, si vers les derniers temps on cessa d*incendier, on ne cessa pas de tuer, et le général Danican put dire que, durant tout le commandement de Turreau, il avait < vu massacrer des vieillards dans leurs lits, égorger des enfants sur le sein de leur mère, guillotiner des feiàmes enceintes, etc« »

^histoire des douze colonnes iiif^ales est tout entière dans les détails que nous venons de j-eproduire* Lea scènes dénoncées par les autorités révolutionnaires de Bressuîre, de Fontenay, des Herbiers, de La Roche-sur- Yon, etc., se renouvelèrent, eneiïet, sur tous les points du Bocage, car le plan de Turreau était bien fait et il n'y eut pas un bourg, pas un village de la Vendée que ses troupes ne purent visiter à plusieurs reprises. En revanche, elles essayèrent rarement de pénétrer dans les forêts, où se tenaient les véritables insurgés.

Nous devons maintenant une mention particulière à rhomme qui dirigeait tous ces crimes. Retiré dans son quartier général, qu'il transportait rarement près de r ennemi, et dont il ne sortait que quand sa présence sur lo champ de bataille était absolument nécessaire , Turreau écrivait tettn» sur lettre poi»r «acciter le aète

de ses lieutenants , adressait de nombreux rapports au ministre de la guerre , afin de faire croire qu'il se conduisait en héros et cherchait à se procura de bon vin. Yoici ce que nous lisons dans un rapport du citoyen Ganiiet, officier de police : « J'ai eu Tavanlage de voir Turreau à Saumur pendant deux fois, et pen* dant les deux fois je Tai vu saoûl conune le vin ; f en témoignai ma surprise à beaucoup d'individus, c[uî m'assurèrent que c'était son habitude. » Ce même agent dit encore : « Le général Duquesnoy raconta qu'étant à dîner a\ ec lui, Turreau se saoula tellement qu'il ne pouvait pas se tenir, et dans le moment où il s^attendait à être attaqué par Tennemi, de façon qu'il eut toute la peine du monde A monter à cheval, et qu'une fois monté, il obligeait cet animal à faire les mêmes mouvements que Fétat dans lequel il se trouvait

lui faisait faire à lui-même. »

Avant de terminer ce chapitre, il est une question que nous devons résoudre. On aprétendu que Turreau avait a^^il sans urdrc et que le gouvernement, qui plus tard le mit en accusation, n'était pour rien dans l'atroce système de guerre qu^il avait adopté. Cette assertion ne suppurtc pas l'examen. Dans toutes ses lettres, soit aux conventionnels eu mission dansl'Ouest» soit au ministre de la guerre ou au Comité de salut public, Turreau expose ses projets et les résultats qu'il a déjà obtenus ; il ne parle que de tuer et d'incendier. On lui répond quelquefois par des éloges, jamais par un mot de blâme. Avant de se mettre en campagne, il demande s'il isnxipaa^icr au fil de l e^c

tous les etifants et toutes tes femmes qu'il reneonirera ;

ses supérieurs gai'dent le silence, lui laissant ainsi une entière liberté. Le 19 janvier, il s'excuse près du Gomité de salut public de conserver < quelques villes ou bourgs dont l'existence est absolument nécessaire pour y placer des garnisons/» Cinq jours après, il écrit au même comité : < J*ai commencé Texécu* tien de mon plan si mes intentions sont bien secondées, il n'existera plus dans la Vendée, sous quinze jours, ni maisons, ni subsistances , ni armes, m habitainits que ceux qui, cachés dans le fond des forêts, auront échappé aux plus scrupuleuses perquisitions. » Le 31, il apprend au ministre que « les généraux chargés de conduire les diverses colonnes ont assez bien exécuté ses intentions; qu'on a incendié métairies, villages, bourgs, et passé au fil de la baïonnette tous les rebelles épars gvi n'attendaient qu'un nouveau signal de rébellion. » Le 6 février, le Gomité de salut public lui écrit : € Extermine les brigands jusqu'au dernier; tes mesures nous paraissent bonnes. Le ministre montre également une confiance absolue. « Cependant, plusieurs dénonciations avaient été dirigées contre Turreau, et Ton savait la vérité par d^autres encore que par lui. Qui ne comprend d'ailleurs que si ce général avait a^i sans ordre et trahi les intentions de ses chefs, il ne serait pas resté près de cinq mois à la tête de Farmée?

Quand on voulut vaincre la Vendée par la douceur, Turreau futmis en accusation. Voici quelques passages de sa défense :

« J'eus plus de facilité qu'un autre à rétablir la discipline, parce que, au moment où j'ai pris le cornnidiidement, il n'y avait plus rien ^ piller dans la Vendée

« Vous avez substitué des mesures de douceurs aux

moyens terribles que vous croyiez devoir employer pour terminer la guerre; à la bonne heure : mais con- . venez du moins que vous avez voulu Tentière destruc* lion de la Vendée, et ne persécutez pas vos agents, que le moindre refus, que dis^je, la moindre négligence conduisait à Téchafaud.

K Je suis accusé d'avoir brùlc la Vendée, et de tous les généraux qui ont commandé postérieurement au décret du i** août, je suis celui qui ai le moins brûlé. »

Cette justification eut un plein succès.

Sous la restauration le général baron Turreau de

Linières fut nommé chevalier de Saint-Louis.

1 Dans un rapport adressé le 12 avril 1794 au ministre de la guerre, il disait : Mos soldats ont beaucottp pitiés ils ont détourné une quantité prO' digieuse de numéraire ; leur richesse est une de* cmiMi fte leur iàcheii» Autre temps, auli'e iaugage.

GHAPlAftE XIX.

Aveux de Turreau. Lec forées des Insui^ augmeoteDt — Derniers GomlMIs de Larochejacquelein. — Mort de ce chef. — StofQet le remplace. — Ciiolet est pris par Slofllet et repris par Cordellier. — Les

républicains ('varuent le centre de la Vendée. — Retour de Marigny. — Affaire de Mortagne. — Le parti révolutionnaire commence à blâmer le système de Turrcau. — Charette et sa campagac d'hiver. — Situation.

Turreaa avait annoncé au Comité de aalut public

qu'il lui suffirait d'une quinzaine de jours pour en finir avec les restes de la Vendée. On s'explique cette confiance. L*armée républicaine, qui s*élevait encore, de l'aveu même de son général, à cent quatre mille hommes, n'avait plus devant elle, suivant les calculs de Kléber et de Savary, que six ou sept mille insur^ gés sans munitions, sans ailillerie et ïik apablcs d'agir avec ensemble. Turreau comptait d'ailleurs sur rexcellence de son système. Après les premiers exploits de ses colonnes infernales, il dut avouer que la guerre durerait quelque temps encore ; puis bientôt il écrivit qu*on ne pouvait savoir à quelle époque Vinrconcevable Vendée cesserait d'inquiéter la république. Le ministre uniiuUiil ainsi une des lettres du général

en chef : « Il faudra encore détruire trente mille bri*

gands. »

C était cependant ce système de destruction qui fortifiait les chefB vendéens. Quand leB paysans virent que l'on ne gagnait rien à rester tranquille^ que les bleus massacraient indistinctement amis, ennemis ou douteux, ils se jetèrent parmi les insurgés. L'enthousiasme et la gén^osîté des premiers temps de la guerre civile avaient disparu ; on ne comptait plus sur le triomphe; on n'attendait aucun secours ni des Bourbons, ni de Tétranger; on se battait pour se bat^ tre, pour se venger, pour ne pas être égorgés sans défense. La guerre n'en était que plus terrible. « Tel soldat, disait Turreau, serait bon à Farmée du Nord ou du Rhin, à qui le nom seul de brigands inspire ' une terreur dont rien ne peut le faire revenir. La principale cause de cet effroi, dont j*ai vu saisis des bataillons entiers, est dans la certitude où est le sol* dat qu'on ne fait pas de prisonniers, et que s'il tombe vivant entre les mains des rebelles, il est sûr d^ètre tué, et souvent de la manière la plus cruelle. » Pour excuser leurs propres excès, les généraux républi^ cains attribuèrent Mquemment aux insurgés des crimes dont ceux-ci n'étaient nullement coupables. Néanmoins, la dernière assertion de Turreau n'est pas complètement fausse. Vers les derniers temps de là guerre, surtout après le passage des colonnes infernales, les Vendéens se laissèrent entraîner à d'horribles représailles, des chefs avaient permis de fuàiller les pi isuiiUiei b ; mais les soldats ne s'en tinrent point

toujours à ce supplice, qui leur pai'aissait U*op doux; eux aussi inventèrent des tortures.

Réfugiés dans des forêts, que Tennemi essaie vainement d'incendier, Gharette, Laroclicjacquelein et Stofflet, organisent leurs recrues, et cherchent à les aguerrir par de fréquentes escarmouohes. Laroche*; jacquelein rassemble, à Jallais, mille hommes d*élite, se met à leur téte, passe entre deux colonnes républicaines et s^empare de Ghemillé. Le lendemain il attaque avec succès la division de Cordellier;- quelques heures plus tard, il combat sur un autre point II se montre infatigable et pousse la bravoure jusqu'à la plus cxticnie témérité. C'est moins un général que le plus aventureux des volontaires. Le âS janvier, il rencontre les bleus à Nouaillé, près de Gholet, les cliarge et les met en déroute. Au moment où il ordonne à ses soldats de cesser la poursuite, il q>erçoit deux grenadiers républicains cachés derrière une haie. « Rendez^vous, je vous fais grâce! » leur crie-t-il, et il s'avance pour les interroger. Les grenadiers se jettent à genoux; mais Tun d'eux entendant nommer Larochejacquelein, tire sur lui à bout portant et l'atteint au front Le général vendéen tombe, ses amis le relèvent; il était mort Son meurtrier fut maiBsacré immédiatement

On fit, à la hâte, une fosse dans laquelle on ensevelit, côte à côte, les deux cadavres. Stofflet, La Ville de Reaugé, quelques autres officiers et un très-petit nonii^re de soldats avaient seuls vu tomber leur général ; il se promirent de taire ce malheur le plus long*

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temps possible, afin de ne pas affaiblir le courage dès

îjisurgés, et de cacher aux républicains le grand succès qu'ils venaient d'obtenir. Le conunandement appartenait à Stoffiet ; il le prit en pleurant

Laroche) acquciein n'avait pas encore vingt-deux ans. Un adversaire de la Vendée a dit de lui : § Nul ne partageait plus compiétement an fond du conir le fciiialique enthousiasme de ses soldats. » Nous n'ajouterons rien ; ceux qui nous ont suivi jusqu'ici trouveront cet éloge suffisant.

Le nouveau général en chef ne s'effraie point de la responsabilité qui pèse sur lui. Son activité et son dévouement semblent grandir avec les circttiatances. Secondé par La Bouère, La Ville de Beaugé, Renott, Beaurepaire, de Bruc, les frères Soyer et quelques autres chefe, il inquiète sans cesse les colonnes républicaines, qui n*osent le poursuivre dans la forêt de Yezins, dont il a fait son quartier général. Mais ces escarmouches ne lui suâisent point; il songe à

* On ri pn^fi iifîn que loin do rfgrrifrr T,nn)rlirj,icqiiclcin, Stofflot s'(5talt prf»sque rejoui d une cata&tropiie qui lui donnait la première place. Ii<*s ti^ruoignagcs les plus respectables et riiistulre de la Vendée tout euUère protestent contre cette calomnie. Nous avons vu à Beaupréau un des soldats dunrgds «Pcmmllr Larochejarqiielein ; les ééliili||u*U noiit a donaéi prouvent que StoflOet partagea ta vive douleur de tf^ns «es compagaooa cramies. Craignant que les républicains ne déterrassent le cadavre de Tancien gf^ndratissinie, il lui Vit barbouiller le visage, afin de le rendre plus méconnalsable. On trouva douze pièces d'or dans les poches de Larocbe* jaapielein : c'était i)robablcment la caisse de l'armée.

Le vieux Veudécu auquiil uous dcvous ces renseignements se nomme Gaudio ; 11 avait rc^, sous la Resiaiiratioii, un sabre d'honneur, orné d'une poignée d'argent Après réehanffonrëe de 1833, et bien qn^on n'eAt ifen ft lui reprocher, les autorités du département de Maine-et-Loire lui firent enlever ce souvenir; depuis il Ta vainement réclamé. N'est*^ pas poUtH ser la prudence au deU des 4N»mes da bon ssasl

s*einparer de Gholei, où we trouve MottUn le jeune, avec cinq mille hommes et trois pièces de canon. Le 8 février» qaatre roiUe Vendéens sont en présence de cette ville; ils surprennent les postes avancés, les enlèvent et se jettent sur les retranchements avec une rare intrépidité. Les républicains, épouvantés, fuient de toutes parts. Les généraux Moulin et Gaffin cherchent à rallier leurs soldats ; tous deux sont blessés et pHent sous le flot des fuyards. Les insurgés, qui veulent s*emparer de Moulin, le poursuivent avec achar-^ nement; aù détour d'une rue, son cheval s'abat, et, pour ne pas tomber vivant entre les mains de Tennemi, il se brûle la cervelle. La victoire des Vendéens est complète. C'est vainement qu'on leur demande quartier. Les femmes, elles-mêmes, s'emparent des prisonniers et les tuent Mais, à peine a-t-on perdu de vue les derniers ûiyards, ^e le général Gordéllier se présente avec sa division , et repousse les Vendéens. Stofflet rallie ses paysans sur les hauteurs qui dominent la ville, et y reste près de deux jours, sans qu'on ose lui tirer un coup de fusil, et sans oser lui-même tenter une nouvelle attaque. Cette affaire, qui prouvait combien les forces des Vendéens s'étaient accrues, causa les plus vives alannes au parti révolutionnaire. On conçut enfm quelques doutes sur la capacité de Turreau .et sur l'excellence du système qu'il appliquait. La Convention, qui s'entendait merveilleusement à exciter tous les genres de zèle et de courage, décréta qu'un monument serait élevé au général Moulin. Ce monument devait porter Tinscription suivante :

« Républicain, il pe donna la mort pour ne pas tomber vivant au pouvoir des brigands royalistes*. » '

^Tandia que la ConveDiion fait graver des inscrip» ~ tions en Thonneur de ses généraux* et quo le Comité

de i-alut puiiiic commence à se prononcer contre les incendies, la Vendée redouble d'eilorts. StolQet commande sept mille hommes, et tient en échec plusieurs divisions républicaines. Il attaque Cordellier sous les murs de fieaupréau ; le combat dure six heures, coûte beaucoup de monde aux insurgés, mais ne produit aucun résultat décisif. Quelques jours après, lo i^iinéral vendéen reprend Foifensive, disperse une colonne conunandée par Lusignan, s* empare d*un convoi de vivres et menace Ghoiet. Grignon et Huché, ([iii se trouvent dans cette ville, ne peuvent décider leuis soldats à faire une sortie. Le découragement est générai parmi les bleus. Turrenu , qui a déjà fait évacuer les Herbiers, La lioche-sur-Yon et deux ou trois autres points, ordonne d'évacuer égsdement CholeU Cet ordre est exécuté le 6 mars. Les Vendéens tombent sur r arrière-garde, et lui enlèvent la caisse de la municipalité, ainsi qu'une partie des approvisionnements. Mortagne restait le seul point de la Haute- Vendée encpre occupé par les républicains.

C'est vers cette époque que reparut Marigny. Pendant plus de deux mois, il avait erré autour de Nantes, deSavenay, de Pont-Château, de liedon, avec l'espoir,

1 Le général Huché fit en ces termes Foraison funèbre de soa collègue : «( MuuVin est tné par lui, il a eu la bravoure de le faire. C'est un répu* blicala m boa b m*, de molua. b

toujours trompé, de souléver cette partie de la Bretagne. Convaincu de l'inutilité de ses tentatives, il voulut rentrer en Vendée, où il eavait que Ton se batr tait encore. Il parvint à traverser la Loire, se rendit dans les anciens cantonnements de Lescure, et se trouva bientôt à la tête d*une assez forte division. Gerisaydevint son quartier général Plusieurs coups de main, constamment heureux, lui ayant pemis d'aguerrir ses soldats et d'en accroître le nombre, il résolut d'attaquer Mortagne. Ses forces s'élevaient à quatre mille hommes. Le 23 mars, il taille en pièces un faible détachement sorti pour faire du fourrage ; le 24f il ordonne Passant; la garnison, commandée par deux chefs de bataillon, Fouqueroîle et Lenormand, résiste avec courage, et la nuit vient mettre fin au combat. En se retirant, Marigny annonce une seconde attaque pour le lendemain. Il reparaît à la pointe du jour, et trouve Mortagne évacué. Deux feuuues, qui avaient servi de guides aux colonnes infernales, furent 'mas* ' sacrées par les Vendéens. Chaque succès des insurgés éclairait les conventionnels en mission, et leur faisait mieux comprendre la nécessité d*un nouveau système de guerre. Quelque temps après l'évacuation de Mortagne, les représentants Hentz et Garrau décidèrent qu*à Tavenir, au lieu de tuer en masse , on devrait ditiUnguer les coupables. C'était là pour Turreau, Huche, Grignon et tant d'autres, une bien faible barrière. Néanmoins, Tordre est significatif.

Tandis que Stofflet et Marigny occupaient Cholet et Mortagne, Charctte tenait tête à cinq ou six divisions

de TanTiée républicaine. Chassé de Machecoul par le général Garpentier, le chef du Bas-Poitou s'était réfugié à Textrémité de son territoire, que parcouraient, en tous sens, les colounes infernales. Les vivres, les vêtements et les munitions de guerre, lui manquaient* Ses soldats, accablés de fatigue et de privations,^ obli* gés de fuir sans cesse devant des forces plus nombreuses, saisis de désespoir en voyaat incendier leurs métairies, désertaient d*heure en heure. Il n'avait plus, pour toute armée, que ses principaux officiers et quelques centaines de paysans, décidés à mourir avec lui. C'est alors qu*il déploya toutes les ressources d'un talent militaire, qui, selon Napoléon, s'éleva par fois jusqu'au génie.

Le 9 janvier, Gharette marche sur Sainir-Fulgeni et s'en empare. Il préside à la distribution des vivres et veille, l'arme au bras, tandis que sa troupe prend un peu de repos. Une colonne républicaine débouche par la route de Chantonnay, il la surprend, la met en déroute, et la poursuit jusqu'au château de l'Oie. Ën rentrant à Saint-Fulgent, il est attaqué par une nouvelle colonne venant de Montaigu, et fuit à son tour, suivi seulement d'mie dizaine d'hommes. Quelques jours après, il es9aie d'arrêter la marche du général Dufour, et reçoit une balle dans l'épaule. La blessure du général effraie toute la troupe, et, malgré les efforts de Joly, les Vendéens rentrent en désordre dans la forêt de Grala. Gharette les rallie, et bien qu^observé par deux colonnes républicaines, parvient à gagner le bourg de Mâché. Il y trouve quelques vivres^

qu'il faitdifltribuer à ses soldats, puis etisnite il laissa poser un premier appareil sur la blessure qu'il a reçue la veilie. C'est vaiiiement, du reste, qu'il cherche à prendre quelques jours de repos : les républicains sont partout et le forcent à tenir la campagne. 11 s'en console fftcilemeni» car de nouvelles recmes commencent à grossir sa petite année. On lui annonce que Sapinaud et (iogué cherchent à le rejoindre avec un rassemblement assez nombreux, composé de Ymidéens du centre. Le 3 février, il se porte à leur rencontre jusqu'à Chauchc, et arrive assez tôt pour les voir fuir devant le général Grignon. Sans prendre aucune information, il ordonne d*attâquer les vainqueurs, les bat complètement et leur tue cinq cents hommes. Tandis que Grignon se replie sur Puybéliard, le général Lachénaie arrive par les Essards, et piU tagc, ainès deux heures de combat, le sort de son collègue. Les Vendéens rentrent pour la seconde fois dans Chauché; mais à peine onMls déposé leurs armes, qu'on leur annonce l'approche d'une troisième colonne ; ils reprennent leurs fusils, marchent à l'ennemi et remportent une troisième victoire. Les prisonniers étaient nombreux ; ils furent tous fusillés.

Turreau, inquiet et indigné des succès de Chareite» ordonne m général Duquesnoy de le poursuivre sans rel&che, avec une division de troupes d'élite. Duquesh noy se met en campagne; plusieurs fois il aperçoit Charettei mais c*est vainement qu*il essaie de Tat-* teindre. Le général vendéen savait toujours choii^ son heure et son terrain. Le 10 février, les insurgés,

.iu nombre do Irois ou qualœ inilk*, 8c rangent en bataille près de Saint-C^ombin; les bleus paraissent et la fusillade commence. Le résultat est longtemps douteux ; cependant une charge de cavalerie met les Vendéens en désordre, et Charette donne le signal de la retraite. « Je ne puis dire, écrivit Duquesnoy, de quel côté ont fui les brigands ; ils ont disparu, et nous n'avons plus su de qu(^l côté ils existaient, La nuit nous a arrêtés. » Cette affaire coûta trois cents hommes îi Charette. Le lendemain, il reprenait Toffensive, et trois ou quatre jours plus tard il battait deux détachements républicains. Turreau fit venir de nouvelles troupes dans la Basse-Vendée, et se mit lui-même en campagne, secondé par Cordellier, dont la division était compile des meilleurs soldats de Tarmée de rOuest. Entouré d'ennemis et privés d'une partie de SCS forces, car Joly, Prodliommc et Sapinaud, sont rentrés dans leurs cantonnements, Charette échappe & toutes les poursuites; il attaque quand on le croît éloigné ; mais, malgré les plus habiles combinaisons, il est impossible de le forcer à une action décisive. Cependant le cercle tracé par les diverses divisions qui le poursuivent sans relâche se rétrécit chaque jour, et sa position devient extrêmement périlleuse* C^est le Comité de salut public qui le sauvera. Turreau reçoit l'ordre d'envoyer cinq mille hommes à Tarmée des côtes de Brest, et rentre à Nantes avec la colonne dont il s^était réservé le commandement. Charette met iiiimédiatement à profit cette rcti*aite inattendue. 11 se rend au Grand-Ioïc, où se trouve

Joly, et le décide à tenter un coup de main sur Légé, Le ââ, ies Vendéens sont maîtres de ce poste important , et huit cents républicains restent sur le champ de bataille. Un terrible incident signala cette journée» Joly avait trois fils; deux combattaient sous ses ordres, Tun fut tué, Tautre blessé; le troisième, qui servait la République, tomba entre les mains des vainqueurs, et son père le fit fusilier. Cet acte de barbarie indigna toute Farmée vendéenne; Joly ne s'en inquiéta point; j'ai fait mon devoir, disait-il. Néanmoins le vieux chirurgien se montra, de jour en jour, plus sombre et plus dur.

L'activité des républicains ne le cède guère à celle de Chaiette.* Les divisions mises en déroute sont aussitôt reformées, et la lutte recommence sans cesse. Maintenant, c'est contre lo gcacral Haxo que le chef du Bas-Poitou va se détendre. Haxo, qui connaît la force de Tennemi et sa tactique, ne cherche pas à le vaincre par la ruse ou par d'habiles manœuvres; il le poursuit en droite ligne et sans relâche, avec des troupes qu*il fait sortir tour à tour de leurs cantonnements, de telle sorte qu^elles sont rarement affaiblies par la fatigue ou le manque de vivre, « Gharette, écrit-il, périra de ma main, ou je tom^ beraî sous ses coups. » Bepoussé dans une première alîaire, il obtient doux jours après un léger avan- • tage, et son ardeur redouble. Les Vendéens, qui ne peuvent s'arrêter nulle part, sont réduits aux plus dures privations; ils n'osent faire cuire du pain le Jour, craignant d'être trahis par la fumée, et quel-

'quefois ils se sauvent au milieu de ia nuit, abandon* nant leurs pauvres approvisionnements, Gharette n*y tient plus, f Mes amis! plutôt mourir que de fuir sans cesse, ditr-il à ses soldats. Montrons aux bleus que la V^dée existe encore. «.1 Et il attend Haxo. Le âi mars, les deux années se trouvent en présence au village des Clouzeaux. Les insurgés occupent une position avantageuse» et les troupes républicaines viennent de faire une longue marche^ Néanmoins Haxo donne im* médiatement le signal de Fattaque. L'affaire s'engage au milieu d'un .champ de genêts, et reste assez longtemps indécise; des deux côtés on mon^e une véritable fureur, Charette enfonce la < a\alerie républicaine; au même moment Haxo culbute TaiTière-garde des insurgés. Cet échec, loin d'intimider les autres divisions de T armée vendéenne, semble leur donner une nouvelle ardeur; elles chargent avec ensemble, et le désordre devient général parmi les bleus; Tinfanterie recule comme la cavalerie. Haxo, qui ne peut se décider à fuir, reçoit une balle dans la cuisse, et son cheval est tué sous lui. Il se relève et s'appuie contre un chêne, en disant : « Je ne me bats plus en général, mais en soldat. » Les Vendéens Fentourent et lui crient de se rendre; il leur répond en les sabrant Alors un de ceux qu'il a blessé charge son fusil et Fajuste. « Est-il possible que je périsse de la main d'un lâche, > dit le vieux général, et il tombe frappé de trois balles ^

1 Tarmu écrMi i la CoovciittoD, qu'à roMiple dA MonUn, Haxo

La division du pays de Retz contribua beaucoup au Buceèft de la journée. Cette division était sous les ordres de Guérin, Tun des plus zélés partisans de Charette. Elle avait longtemps été commandée par La Catheliiiière ; mais ce chef, récemment arrêté dans une métairie» venait d*étre fusillé à Nantes.

La mort d'Haxo et la défaite des troupes qu'il commandait, coui^onnèrent la campagne de Charette, et garantirent à ses soldats quelques jours de tranquillité. Depuis longtemps le chef du Bas-Poitou avait montré beaucoup d'habileté et d'énergie, mais celte dernière campagne fit voir en lui un grand capitaine. Pendant trois mois il fut constamment poursuivi, nous pourrions dire enveloppé, par des forces cinq ou six fois supérieures aux siennes; ses soldats étaient mal Têtus, mal nourris et mal armés; il essuya plusieurs défaites et iinit néaiiinoins par vaincre tous les géné-^ raux chargés de VaiiéarUir. — C'était le terme officiel.

La Vendée, sans avoir recouvré assez de force pour faire encore une fois trembler la République, était partout triomphante. Néanmoins elle s'avouait que les secours de Tétranger et la présence d^un prince du sang pouvaient seuls lui rendre de véritables chances de succès. Ët sous ce double rapport elle ii*oiait, elle ne pouvait plus guère e^)érer. D^un autre

tait tût lairter la cervelle ponr ne ims tomber vivant entre les mains des brigands, et connue pour Moulitt on vota une Inscription destinée à Immortaliser « ce grand acte de patriotisme. » Nom ne savons si rinscription a '-u- gravée, mais, k Tlioiuieur U'Haxo, nous pouvons dire qu'elle

u'tilail poiiU méritée.

oute, la Coiiventiou et le Comité de salut public, fatigués d*une lutte sans ûd, avaient prononcé quelques nuageuses paroles de blâme contre les incendies et les exécutions en masse : on allait entrer dans une nouvelle phase.

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