CHAPITRE XXI
L'abbiS Bcmier crée un papicixaouuaic. — Cliarotte se prononce cuiitrc cette mesure. — Il Tait blâtner Stofflet par les coiiseils railitairus réunis des «miées du Centre et du Bu-Pbitott. — AnnaUUon offletelledu jHicte de Jallals» — Décret d*«inirisUe r^hdu p«r le Comité du saint iMbUCi <^
La Convention propose la paix aux Von(l«''i'ns. ~ Lo représentant Ruelle, Canclanx, M- Gasnier-Chainbon et Rureau de La Batnrdièrf». Charette entre en négociation. —Traité di- la Jaunais. — Cliar< no h Naiilcs. — • Stofflet se prononce contre la pacification et appelle la Vendée aux arue«é IttutlUN deMe «fbrts. ^ fl suit IVxeuitile de Charaite.
La tranquillitù dunl jouissait rAnjou; les développements qu*y reprenaient l*agriculture et même l'indttstrie appelèrent tout partîcuHèreinetit Tattention de Tcibbé Bernier sur une des plaies causées par la guerre civile : sur l'absence de numéraire. Le peu d'argent resté dans le pAyê était cftohé ^ et per^ sonne n* osait encore le mettre en circulation. Quant aux bons royaux , donnés autrefois en payement par les généraux vendéens, ils n*avaieiit aucune va^ leur eominerdaléi Les tf àna^etiond étaiént donc Ibrt difliciles. Bernier proposa de créer un papier^moniiaie, dont le cours serait forcé gt à Taide duquel les porteurs de bons royaut pourraient être remboursés immédiatement. Ce même papier devait assurer une solde régulière è ceux des insurgés qui i^teraieut
constamment sous les armes. Gharette se prononça
contre ces diverses mesures, (^omme il s'emparait toujours, par voie de réquisition, des vivres» fourrages, vêtements et autres objets qùi lui étaient néces* saîres , il iravail point de dettes et ne trouvait, par conséquent, aucun avantage direct et immédiat dans la création d*un papier-monnaie. D*un autre côté, la garantie d'une solde devait, disait-il, diminuer le dévouement des soldats et enlever à l'insurrection son véritable caractère, Sapinaud et Fleuriot, qui avaient d*abord approuvé, comme chefs de Tarmée du Centre, les projets de Bemier, se rangèrent, selon leur habitude, à Tavis de Charette. Bemier et Stofflet passèrent outre et créèrent, par un arrêté en date du 7 octobre 1794, « six millions de bons ou billets conunerçables et remboursables à la paix, » Ces billets étaient de différentes valeurs; ils s^élevaient, par grar dation, de « 10 sous à 100 livres. » Ils offrirent beaucoup plus d'inconvénients que d'avantages; leur cours forcé donna lieu à d^assez graves abus et ce fut, en somme, une mauvaise mesure, rour qu'un papier -monnaie facilite les transactions, il faut qu'il inspire une trè&-grande confiance; or, ici la confiance était impossible.
Charette, qui déjà prétendait avoir plusieuis griefs intimes contre Stofilet, crut que les circonstances lui commandaient une protestation publique. Il sonmia le clief de l'Anjou de comparaître de v;int les étatsmajors réunis des années du Centre et du Bas-Poitou, pour y répondre à l'accusation d*avoir violé le pacte
iédératif de Jallais. Stoflflét n^ayant point tenu compte
de cette sommation , Charette , Sapinaud et leurs principaux oâiciers se formèrent un conseil militairey afin de juger « la conduite de Fambitieux qui prétendait agir seul. » Voici quel fut le résultat officiel de leurs délibérations :
€ Arréié de Beaurqfoire, du 6 décembre i79&»
« Le conseil arrête ce qui suit :
« Que les articles du conseil tenu à Jallais , enfreints par Stofflet, sont comme non avenus;
c 52* Que le serment prêté à ce sujet n*est plus oWigatoire, qu'ils s'en dégagent;
« â** Que les qualités indues qui peuvent y avoir été prises sont déclarées nulles M ils ne prétendent aucunement les soutenir, au contraire, entendent que chaque armée reprendra sa force première, et promettent force et protection contre tout ambitieux qui
cherciicrait à élever de sa propre autorité;
« li" Que rémission du papier-monnaie, autre que celui généralement admis, sera de suite supprimée ;
« 5" Que le présent arrêté sera publié et affiché dans toute Tétendue du pays conquis. »
Quelques chefs secondaires voulaient qu'on allÀt plus loin; ils demandaient que Stofflet fût jugé par im conseil de guerre et condamné à mort. Les suites du procès de Marigny ne les avaient point éclairés. On put donc croire un instant que cette querelle amènerait une lutte violente entre les*divisions de l'Anjou et
1 Cette ri^scrvc s'ap Hquait au titre de général ea Chef de rAiijott«< 4u Uaut'FoUou^ que s'é^aU doimé Stofflet.
du BaskPoitou. Mais Qhmtt^, quoiqiM trèi^uTité»
sentit combien il serait dangereux de pousser le» choses à. l'extrême, et la discussion se contiuua sur le même teri^iôn, Benuier ^ Stofitei répomlireiii à Tais rêté de Beaurepaîre par une lettre fort ^rgiqoe
et en même temps fort habile. Après avoir discuté
leB différente açcwUions portées çoatre eux, ils {^outaieDt: , . ^
' « Craignons, messieurs, que cette discorde ne parvienne à. U connaissance de nos ennemis ; éloignons de nous ces esprits turbulents, qui ne régnent qu*en divisant... que tout ambitieux qui tétera de s'élever sur la ruine des autres soit puni sur le champ I qu*une explication franche t ioy^e et récq)roque dis* sipe tous les nuages ! »
Cet appel à la concorde eut peu de succès. Les hostilités cessèrent d'être publiques, mais ne furent guère moins actives. De telles drconstances seni'* blaii lit commander à la Convention de reprendre les armes et de pousser la guerre avec vigueur; elle jugea plus facile, et plus prudent encore, de terminer cette grande lutte par un traité de paix.
I^es premières ouvertures oûicielles vinrent du Co- QÙté de salut publie. Le 2 décembre 179& , Carnet,
comme membre de ce comité, proposa et fit adopter aux conventionnels , ses collègues , une proclamation et un décret destinés, comme tant d'autres, à faire rentrer les rebelles dans le devoir, t Le peuple fran» çais tout entier, disait la proclamation, veut vous creîie plus égarés que coupables; ses bras vous sont
tendus* et U Convention vqqs pardonne en wn nom.
Si vous posez les armes, si le repentir, si F amitié ^ncère vous rmènent à lui, ^ parole sacrée; si, d*înfidè|e8 délégué» ont abusé de sa confiance et de
la vôtre, il en sera feit justice. C'est ainsi que 1^ République, terrible envers ceux du deborg, veut rgjli^ see enfanta égarés. » L*arrêté joint à cee pbraçes leur
donnait une véritable importance ; le voici :
f Toutes les persoune» c^riu s dans les aj:r9ndi^
sements de rOueet, de« côte» de BrQ0t et des cAtee dt
Cherbourg, sous le nom do rebelles do la Vendée et de cbouaus, qui déposeront leur^ armes dfuis le moi^ qui suivra le jour de la publicatipn du prépent àé^
cret, ne seront ni inquiétés, ni recherchés d^ai^ la suitç pour le iait de leur révolte, »
GMtsit la premièro fois que les autorités révolue
tionnaires n^établissaient aucune distinction entre lei^ officiers et les soldats, et comprenaient la nécessité de pardonner tous indistinctement, « J^e» frère» égarés f ne voulurent point, du reste, accepter pardui). Il fallut traiter avec eux sur le pied d*é^ galité.
La Convention était alors représentée en Vendée
pai' deux hommes également sincères dans leurs paroles de conciliation : le représentant Auelle et le général Canohw, Ce dernier avait été replacé h la
tète de l'armée do l'Ouest , par un arrêté en date du 8 octobre \ « lies rebelles sont encore nombreux et
^ Vimeux avait d'abord oti pour successeur Is général Dumas. Cet offlcicr ne fit, en quelque sorte, que traverser la Ven4ée, Sivary mpporte.
pleins d'énergie; nous devons nous attacher à les vaincre par la douceur, » écrivait Ruelle. « H est nécessaire d'entrer dans une voie de pacification, > ajoutait Ganclaux. Du reste , parmi les républicains , était là le cri général. La mode s'en mêlait. Loin de se prêter à ce mouvement » les insurgés restaient sous les armes. On les avait tant de fois trompés qu'ils ne pouvaient croire à la sincérité de leurs ennemis. Ruelle faisait de vains efforts pour arriver à les convaincre , à s'entendre avec eux : une femme lui en fournit le moyen. M™" Gasnier- Chambon , créole de Saint-Domingue, que la révolte des noirs avait finrcée de chercher un asile à Nantes, s'était fait beaucoup d*amis dans les deux partis. Âu plus fort de la Terreur, elle avait pu protéger des royalistes et même obtenir leur grâce sans être déclarée suspecte. Convaincue des bonnes intentions de Ruelle, elle lui procura un entretien avec la sœur de Charette, qui, depuis longtemps, se cachait dans Nantes. Gelle-d consentit à servir de sauve-garde aux négociateurs que la liépublique enverrait près de son frère. On ne savait encore à qui confier cette délicate ^ mission lorsque Bureau de La Batardière se présenta. Bien qu'il eût été proscrit par la Convention, comme agent des Vendéens, il n'appartenait absolument à aucun parti. C'était un modéré. Malgré ses timides préférences pour la monarchie, il désirait sincèrement
dans ses nnfmoircs, qu'en voyant les ruines faites par les colonnes infernales, Dumas s'écria : < Plutôt que d'exécuter de pareiU ordreSi je me serais UrùH la ceneUCé »
la paix , dût-elle assurer l'avenir de la République. L*espoir de faire annuler la condamnation qui pesait sur lui et d'obtenir la restitution de ses propriétés paraît, du reste, avoir beaucoup ajouté à son zèle. Actif, insinuant, toujours prêt à essuyer, sans embarras, comme sans colère et sans découragement, les refus les plus positifs, il était plus propre qu'aucun autre à remplir le rôle dont on le chargeait.
En rendant son décret d'amnistie, lit Convention avait déclaré que les Vendéens devraient se sounicUre dans le délai d'un mois. Ruelle comprenant que les choses n'iraient point aussi vite, trompa ses collègues afin d'obtenir du temps. Le 12 décembre, il leur écrivit : « Les rebelles ont accueilli l'amnistie avec transport, et substitué au cri de Vive le rail celui de Vive la république! » On n'en était pas encore aux préliminaires. Charette venait même d'ordonner un rassemblement, La première entrevue de Bureau de La Batardière et du chef vendéen eut lieu le 28 décembre. Paraissant céder plus encore aux instances de sa sœur et de M"^ Gasnier-Chambon qu'aux assurances, un peu exagérées de Bureau, Charette convint d'une amnistie, et dit que si les négociations devaient continuer, il désirait avoir une entrevue avec Ruelle etCanclaux. Il ajouta, d'ailleurs, que ses premières conditions seraient le libre exercice de la religion catholique et le retour des Bourbons.
Au fond, Charette était bien disposé pour la paix. 11 ne pouvait se dissimuler que la fatigue gagnait ses
sddatof ^ qu^on les retiendraient difficilement $oua les armeB, dès qu'ils aéraient convaincus que U ré* publique ne cherchfiit plus à les tromper. Il croyait , d'ailleurs» que le changement qui s opérait dans lea allures du gouvoro^ment répubUcam riunèn^ait toute la nation aux idées d*ordre et la disposerait au réta^* blifts^nient régime inonarclnque. Un effort tenté à propos lui paraissait devoir ensuite décider la que^ tion. Il comptait enfin sur cette trêve indéterminée» pour se créer de nouvelles rossources et pour permettre aux Anglais et au comt^ d'ixtois de tenir toutes leurs promesses. En somme» sans se dissimuler
les inconvénients de la paix, il jugeait nécessaire de l'accepter et espérait faire tourner cetta nécessité h son avantage. Ne voulant» ne pouvant point décider seul une question au^si grave, il convoqua ses chefs divisionnaires et les principaux propriétaires du Bas- Poitou afm de prendre leur avis» L'assemblée était nombreuse î trois de ses membres seulement demandèrent la reprise immédiate des hostilités. Ou décida donc que les négociations seraient contipuées. €barette se fit représenter par Amédée de Béjarry et le comte de Bruc. il leur donna pour instructions de tout observer, de demander beaucoup» de promettre peu et de ne rien arrêter.
Les délégués de la République avaient le droit d'offrir une amnistie, mais non de signer un traité de paix. Ruelle» comprenant qu'il faudrait en passer par cette condition, se rendit à Paris, pour obtenir des pouvoirs plus étendus. Le 16 janvier 1795, il parut à
la tribune 'de Ift Conveotian, et dit : « J'arrive de
Tarmée de FOuest ; le décret d'amnistie a été accueilli avec traiidsport; les rebellée, qu'il ait été conclu aucune négociation, noua ont remis récemment les prisonniers qu'ils avaient faits sur nous depuis le !2 novembre, LeaavauWpofites des deux années ont fraternisé et ont crié ensemble vive la réfnUtliquel Noua avons les plus flatteuses espérances de terminer avant peu cette guerre, rious sommes venus ici pour concerter avec les comités de gouvernement des mesures d'exécution. » Ces détails étaient entièrement faux ; mais la Convention voulait qu'on la trompât ; les cris de vive la république l attribués aux insurgés, cou** vraient les avances qa*on était obligé de leur faire. BuellQ et ses collègues ul^tiareui des pouvoirs suiiisants, et les négociations marob^ent avec asseï de rapidité.
JLes cQnventionnels étaient décidés à faire beaucoup de concessions^ mais ils voulaient, en rev^he, que la Vendée, par Forgane de ses chefs, reconnût expressément la République. Charette, et tous les hommes intelligents de son parti, avaient prévu cette exigence, et, du mcmient où ils traitaient, c^est quMls étaient décidés à s'y soumettre. Ce point fut donc accepté. Les conventionnels s'engagèrent, de leur côté, à proclamer la liberté du cidte catholique. Quand chaque parti eut ainsi fait son sacrifice et obtenu, par compensation, Tobjet qui lui importait le plus, on s^occupa des questions secondaires; elles étaient nom" breuses et soulevaient de grandes difficultés. JNéan-
moins, on finit par s*entendre, et, le 17 février 1795,
ompt conventionnels d'une part et, de l'autre, \ingt oâiciers vendéens signèrent un traité de paix, ayant pour but « de réanir à la grande famille des Français ceux qui n'auraient jamais dû s'en séparer. » Les concessions faites aux Vendéens furent stipulées par divers arrêtés. Le premier proclamait la liberté religieuse :
« Les représentants du peuple, etc.
« Considérant que les départements de TOuest sont dévastés, depuis deux ans, par une guerre désastreuse ; que les troubles qui les agitent prennent leur source dans la clôture des temples et Tinterruption du paisible exercice de tout culte quelconque;
« Que les hommes, auteurs de ces maux et de ces désordres, sont ceux qui ont voulu plonger la France dans Tanarchie, et qui, en persécutant, ont cherché à établir un culte particulier, dont ils voulaient être les pontifes ; que ces hommes ont été atteints par le glaive de la loi, après avoir violé audacieusement la table de» droits de Thomme ;
a Considérant que la Convention nationale n'a januus entendu interdire aucuns cultes S qu'elle en a , au contraire, autorisé lepaisSile exercice par rar-* ticle 7 de la déclaration des droits de Thomme, et par l'acte constitutionnel, arrêtent :
^ La Convenlion rejetait alors tous ses excès sur Robespierre et quelques
montagnards guillotinf''? f»Ti m^mo temps que lui. \m<i, el1*> prétendait qxie jns persécutions dont tous les cultes avaifnf iH<: rolijrt no pfdJvaient <'tre a tribuées qu'aux vaincus du 9 Uierumlur. La prcteuliuu était d'autant plus étrange que l'on penéculalt toujours.
tt Art 1*'. Tout individu et toutes sectionB de citoyens quelconques peuvent exercer librement et paisiblement leur cuite;
« 2. Les individus et ministres de tout culte quelconque ne pourront être troubles, iiiquiétés, ni recherchés pour rexerçice libre, paisible et intérieur de leur culte;
« 3. Les autorités civiles et les coniniandants de la force armée sont chargés de tenir la main k Fexécution du présent ; à cet effet, il sera imprimé et en- ' voyé aux autorités des départements, et dans les arrondissements des armées de T Ouest, des côtes de Brest et de Cherbourg. »
Le sang vendéen n'avait point coulé iiiutilement.
La Convention s'engageait, en outre, à payer les frais de la guerre, jusqu*& concurrence de deux millions ; à laisser, sous les ordres de Gharette, un corps de deux mille gardes territoriaux, composé d'habitants du pays et,soldé par le Trésor public^ à donner aux Vendéens des secours et indemnités, qui « les aideraient à relever leurs chaumières et maisons ; » à dispenser du service militaire les jeunes gens de la réquisition, afin qu*ils pussent 4 rétablir Fagriculture et faire fleurir leconamerce. » Beaucoup d'officiers se trouvaient sur les listes de Témigratioii; on promit de lever le séquestre qui pesait sur leurs propriétés^
Les officiers supérieurs des armées du Centre et du Bas-Poitou firent, de leur côté, une déclaration qui se terminait ainsi :
« Dans les conférences que nous avons eues avec
les représentants, nous nous dommes appliqués à leur faîr^ connaître ce qui intcreâsait le bonheur de nolic pays, et ce qu*ii était de leur prudence et de leur sagesse d'accoirder pour atteindre le but, st désirable, de la paix. Béutiis suus une même tente, avec les représentants du peuple, nous avons senti plus forte-* ment encore, sMI est possible, que no^s étions Français, que le bien général de notre patrie devait seul nous animer.
t Et c'est dans cés sentiments, que nous déclarons solennellement, à la Convention nationale et à la France entière, nous soumettre à la République Irançaise une et indivisible ; que nous reconnaissons ses lois» et que nous prenons l'engagement formel de n'y porter aucune atteinte.
1 Nous ]m>mett(ms de remettre, le plus tôt possible, rartîllerie * et tes chevaux d*Arti11erie qui sont entre nos mains, et nous prenons rengagement sol^miel de ne jamais porter les àrmes oontre la République. ^
Les Tefidéens abandonnaient la causé de la royauté, 50 soumettaient à la République et reconnaissaient ses lois ; pour les conventionnels , il n'y avait pas autre choie dans le traité de La Jaunais. Néanmoins, pet*^
sonne ne se dissimula que cette soumission, si bruyamment Minoncée, n'était qu'apparente. En effet, tandis que la République payiût» en partie $ les frais de Ift guerre, ce qui n'est point l'usage ded vainqueurs, les insurgés restaient sou^ les armes , étaient dispensés
1 Les couveiitionueto Toulaient que CliarcUc remit ses armes; m»is il
du service militaire , pouvaient « adorèr l*Étre suprême selon leurs anciens usages, » et obtenaient di-verses autres concessiotid, qui donnaient à la Vendée > une existence à part dans le pays. C'était de trop grands sacriiices pour qu'ils fussent sincères. Gomme les royalistes» la RévolUtioii voulait gagner du temps. Du reste, on ne d*ett était point tenu là. Le traité de La Jaunais avait des articles secrets. Les voici, tels qu'ils se trouvent dans les Mémoires de Napoléon :
t Les ^ëpublicaittfii^ eorivaiiieus qu'après plusieurs années de combats infructueux, ils ne peuvent assujétir ni détruire les royalistes du Poitou et de la Bretagne, sont convénus des ar tiolee suivants :
« 1" La niuiiarchie sera rétablie ;
« â** La religion catholique sera remise dans toute sa splendeur ;
« 3** En attendant Tcpoque du i tUil glissement de la monarcliie, les royalistes i*esteroni entièrement maiti'es de leur pays; ils y auront des troupes soldées aux dépens de TEtat, qui seront à 1 entière disposition de leurs chel's;
w 4* Les bons signés au nom du roî^ et qui ne s'é^
lèvent qu'à 1,500,000 francs, seroni acquittés sur les caisses de i'Ktat; les royalistes garderont» en ouUe, tout ce qa*iis ont pris aux réjpublicains;
« 5" Les cliefs et les soldats royalistes recevront de grosses sommes, poui* les indeumiser de leurs pertes et de leuïB servièes;
« 6° Non-seulement on ne pourra impuloi* aux i oyalistel rien de ce qui s'est passé, mais encoi-e ou ièveia
le sécpiestre de leurs biens et de ceux de leurs parents condamnés ;
« T Les émigrés, qui se trouvent en Bretagne ou en Poitou, seront censés n'être jamais sortis de France, parce quMls s^y sont battus pour le roi ;
« 8** Tous les royalistes resterout armés jusqu'à répoque du rétablissement du trône ; et» jusqu'à cette époque , ils seront exempts d^îropôts, de milice et de réquisitions de tout genre. »
Après avoir reproduit ces stipulations dont on avait longtemps nié Texistence, Napoléon ajoute :
« Tels furent les articles secrets; ils n'engageaient que ceux qui les avaient proposés. On voit jusqu'où pouvait aller la coniiance ou, plutôt, la présomption des chefs signataires. Le dernier article surtout était complètement illusoire ; parce que l'époque du rétablissement du trône était indéfini, et parce que, dans un pays ruiné et rebelle, il y avait impossibilité de lever des impôts, et danger de lever la milice. On comprend difficilement comment Gharette et les autres signataires de cet acte ont pu croire, un seul instant, qu'il serait de bonne foi exécuté par le gouvernement répul^cain. »
11 est certain qu^en faisant de telles promesses, les conventionnels montraient beaucoup de déloyauté. Cep^dant, ils auraient pu obtenir le traité public de La Jaunais sans compromettre ainsi le pouvoir qu'ils représentaient et leur propre dignité. Charette , esprit très-clairvoyant et très-politique, n'a pas pu croire un instant que la Convention, pour en finir avec la Yen*
dée, dont elle connaissait l'affaiblissement, irait jusqu'à s'immoler elle-même, jusqu'à relever le troue dea Bourbons. On conçoit quHl ait demandé et, surtout qu'il ait accepté les articles secrets; mais en même temps on doit être convaincu qu'il ne les prenait pas au sérieux. Si les conditions destinées à être immé^ diatement connues ne lui avaient point paru les meilleures qu'il pût obtenii' , il n'aurait rien signé. Dans les conférences de Jallais, personne ne fut dupe, car aucun parti ifagit avec bonne iui et ne erutà la bonne foi de son ennemi.
Pour terminer complètement et publiquement rœu-* vre de la pacification, Gharette avait promis de se rendre à Nantes avec son état-niajor, et de s'y montrer au milieu des représentants et des généraux républicains. Cette étrange cérémonie eut lieu le 26 février. Une salve d'artillerie aimonça l'entrée des. Vendéens. Ils avaient conservé leurs inâgnes habi* tuels ; de leur côté, les républicains étaient en gj ande tenue ; de telle sorte que les drapeaux fleurdelysés se mêlaient aux drapeaux de la révolution; les panaches blancs aux panaches tricolores j et les images du Sacré- Cœur de Jésus aux bonnets de la liberté. Gharette fut reçu avec acclamation, et un instant les cris de vive le roit menacèrent de remporter sur ceux de vive la république! Bureau de I.a Batardière s'empressa de crier vive la paix! et tout le monde l'imita. C'était une seconde transaction. Selon un témoin oculaire, durant toute cette journée , le chef du Bas-Poitou « parut morne, embarrassé du rôle qu'il jouait à contre-cœur. >
Tandis que l«s « coQVeûUoniiel»>paoifical;0iirt > fi^ taient à Nantes t les frères égaxët • du Bas^Poltou et
de i'aiiaée du centre, Stofflet se préparait à recommenow la guerre* Ce chef s^était prononcé contre tout traité de paix, le jour même où il avait appris que Giiarette entrait en négociation. Mais, parmi ses lieutenants, beaucoup ne pensaient point comme lui. Ros« taing, commandant de la cavalerie et Trottouin, récemment promu aux fonctions de nia-jor-général , déclaraient hautement qu'il fallait répondre aux avances des républicains. Leurs adhérents étaient nombreux. On n'osait plus couipter sur les secours de l\\.ugleterre, et Ton trouvait, Ton disait même, que les promesses du comte d* Artois tardaient étrangement à se réaliser. Stofllet céda. Trottouin et les deux Martin (de La Pommeraie) iui'ent envoyés près des conven-» tionnelSf afin de prendre connaissance des conditions proposées. Ils revinrent, non pas dévoués, mais vendus à la paix ; Ruelle et ses collègues les avaient achetés. Après une assez vive discussion» leur avis prévalut; et le conseil militaire de Tarmée d'Anjou se fit représenter aux conférences de La Jaunaispar tix)i3 de ses membres^ La Ville de Baaugé^ Renou et Gibert^ fis se conduisirent comme leurs (devanciers. Ydcl ce que nous lisons dans un rapport confidentiel adressé au Gomité de salut public par les représentants De^ launay. Ruelle et Bollet ! • Il nous a fallu désorga^ niser l'armée vendéenne de l'Anjou et Haut-Poitou ; vmd le tableau des sonomes promises et les noms des individus qui ddv^t les recevoir :
« Trottouin, major-gf^néral de Stoiïlet, 50,000 livres en numéraire, 50,000 en assignats;
€ Les deux frères Martin, Tuii inspecteur et l'autre commandant, 10,000 livres en numéraire, 90,000 en assignats;
« Renou, chef divisionnaire, 100,000 livres en as* signats ;
« De La Ville de Beaugé, membre du conseil militaire, 75,000 livres en assignats;
« Gibert, secrétaire-général du conseil, 60,000 livres en assignats *. »
G^est a;vec une pénible surprise que Ton voit figurer sur la liste de Ruelle et de Bollet les frères Martin, deux des plus braves cavaliers de la grande armée catholique ; et surtout La Ville de Beaugé, qui avait toujours montré autant de dévouement et de noblesse que de courage. On a dit que diverses injustices de Stofilet et de Tabbé Bernier l'avaient poussé k cette transaction; — c^était mal se venger.
Du reste, le désir de la paix devenait .^i c^cnéral que plusieurs des divisionnaires angevins, Prodiiomme, Richard, Monier, Gogué, etc., inquiets et mécontents des disposilioiis que Stofïlet avait d'abord montrées, se mirent sous les ordi es de Gharette, aûn de signer
4 Le Comité de salut public avait mis cpiatre Rdlllmis à la dtspttsltloii des représentaoSs |Mcificateurs, en leur reooimiitiidatt «Tacheter autant d*adlii!8loiia ^Uls le pourraient et de donner des dîners et des fdtes aux
chefs vcndéctis. Gea réunions furent le plus souvent de véritables orgies
dans 1 s'ju -11' s boaucoiip d'offiri. rs de Cliarcttc se compromirent. MaUau moins oïl m- \mi les accuser de s'ûlrc dévoués à la cause do la paciiicaliun dias un miétH UVgeut. ^
le traité en même temps que lui* Instruits de cette désertion, Stofiflet et YsJbhé Bemîer, suivis d'une nombreuse escorte, se rendent en toute haie à La Jaunais. Ils y apprennent que la paix vient d'être cmiclue. « Au diable la république! au diable Gharetle! » vocifère le général de l*armée d'Anjou, transporté de dépit et de fureur ; puis il regagne ses cantonn^ents, bien décidé, cette fois, à reconunencer la guerre. Son premier soin fut de chercher à punii- les chefs qui Tavaient abandonné; Prodhonune seul tomba en son pouvoir; il fut tué à coups de sabre.
. Le 2 mars, Stofflet et son conseil protestèrent publiquement contre « le lâche abandon de MM. Charette et Sapinaud; » le A, ils appelèrent la Vendée aux armes, afin de punir tout à la fois « les républicains et les traîtres dont la main criminelle avait signé» sans frémir, Farrét déshonorant qui détruisait la relî* gion, le trône et la noblesse. » On défendit de prononcer le moindre mot en faveur de la paix , et Ton tenta d*arréter Sapinaud. Il put se sauver, mais son camp fut dévasté. Tous ces efforts devaient rester infructueux : la guerre eût été fort difficile, même avec le concours de Charette; sans lui, elle était impossible. La réœstance de Stofflet, loin de servir la cause vendéenne, pouvait compromettre les avantages obtenus par le ti aité de La Jaunais.
Les hostilités ne furent point poussées d^abord avec une très-grande activité. Canclaiix n'entra en campagne que le 25 mars. Déjà diverses rencontres avai^t eu lieu, mais la guerre ne devint vraiment
menaçante pour Stotilet que quand le ^énérid en chef de la république parut luî-mêine sur le terrain. Sans cesse poursuivi par plusieurs colonnes, toutes plus fortes que la troupe découragée qu*il traînait après hii» le dernier représentant de FinsurrectiiHi vendéenne leur échappait constamment, grâce à une parfaite connaissance des lieux, secondée par beaucoup de courage et de sang froid. Un jour, cependant, il se trouve à peu près cerné avec cinquante cavaliers. Comprenant que. toute résistance le perdrait, il marche droit atix avant-postes du général Legros. < Qui vive ! » lui crient les premières sentinelles, c Royalistes! • répond-il. Aussitôt les bleus se jettent sur leurs armes. < Laissez pass^, soldats, leur dit Stofflet, je vais conférer avec les représentants de la république. » Les soldats s'écartent respectueusement, et ie général vendéen |>as8e suivi de ses cavaliers. Lorsque Ton découvrit sa ruse, il avait disparu. Mais ce n^était là qu^un délai... Poussé chaque jour plus vivement, et, chaque Jour aussi , abandonné par quelques-uns des siens, il dut ^consentir à traiter. Cependant , pour vaincre ses dernières hésitations, tout Tascendant de Bemier fut nécessaire. Bien qu'à peu près hors de C(mibat, Stofllet obtînt les mêmes conditions que Gha* rette. Les délégués pacificateurs voulaient pouvoir dire qu*ils avaient complètement réussL Le traité fut signé à Tarades le â mai Voici comment Bemier
A Selon le lémolgiuiKe des royalistes eux^oiâmes, StofRet n'aurait pas eu «NinalssBiice des arttdes secrets.
expliqua, dans une proolainatîoa faite au nom de tous
les officiers de Tarmée d'Anjou, la tardive adhésion de cette armée ;
« Animés du désir de la paix, nous n'en avons re* tardé la conclusion jusqu'à ce jour que pour consulter le vœ.u du peuple, dont les intérêts nous étaient confiés, et celui des chefs de Tannée catholique de Br&* tagne. Aujourd'hui que ce vœu est prononcé, nous i^érous aux mesures prises par les représentants pour la pacification ; et en nous soumettant aux lois de la république, nous promettons de ne jamais porter les armes contre elle. Puisse cette démarche de notre part éteindre le flambeau des discordes civiles, et montrer aux nations étrangères que la France n'offre plus qu'un peuple de frères et d'amis, »
Quelques écrivains ont afiinué qu*en signant le traité de La Jaunais, qui eut pour conséquence nécessaire le traité de Yarades, Charette avait perdu son parti. Cette opinion n'est point soutenable. La paix était nécessaire. Une lutte de deux années avaient épuisé les forces de la Vendée. Pour vaincre Charette et Stotllet réunis, les républicains n'auraient eu qu'à permettre le libre exercice de la religi(Mi catholique et à s'abstenir de toute violence contre les paysans inoiïensifs. C'était le projet de Canclaux. Les princes et les émigrés ne sachant pas, ne voulant pas savoir que les Ycndcons combattaient beaucoup plus pour Dieu que pour le roi, parlèrent de trahison et de lâcheté; ils croyaient qu'en sacrifiant la monarchie, Charette avait tout sacrifié. Ils devaient bientôt
apprendre qu'une guen-e purement politique ne pouvait entraîner les soldats de Lescure et de Catheli* neau» •
On a sans doute remarque^ que dans les négociations relatives à la paix» la nom de la Bretagne est joint k celui de^ la Vendée. Nous allons expliquer ce rapprochement.
CUAPiIE£ XXiL
Bttualloa ét laBfetagne pendant la grandA guerre de la Vendée. — La cfaouaiuieric. — Jean Chouan. — Puiaaye. — Efforts de ee chef pour étendre rinaurrectSon. — Set relations avec rAngleferre. — Tactique
des chouans. — Leurs retraites dans les forêts. — Puisaye est surpris dans la forêt du Pertre. — Crahites des républicains. — Mesures qu'ils prennent contre la chouannerie. — Proclamation religieuse du convienveutionnel Dubois-Crancé. — Difficulté de réunir les chouans. — Puiaafe caniede iurprendre Boums. —0 leniede pénétrer dans leMor* blban. — Le républicains le battent à LIlTré. — Tlnténlac se présente en Bretagne an nom des princes et de l'Angleterre. -» Puisaye part pour Londres. — Connatin. — Situation de la chouannerie. — Mort de Jean Chouan. — Caractère des Insurgés br<»tons. — Los faux chouans. — T,a Convention c&saie de pacifier la Br^t igné. — Le général Horlic — DiiTi- Cttltés que rencontrent les négociations. — Prise d'armes du MurJjiiiau. — Traité de La Bfaliilafs.
La Convention, obéissant aux conseils de Ganclaxix, avait employé la douceur en Bretagne, afin de pouvoir « étouffer la Vendée par les armes. » Tandis que de nouvelles troupes étaient sans cesse envoyées contre les paysans du Bocage, on permettait au Bre^ ton de se soustraire au service militaire, et on lui laissait ceux de ses anciens prêtres qui avaient refusé le serment Nous avons dit que cette tactique avait eu pour résultat d^apaiser, en quelques jours, le mouvement si formidable déterminé par le décret du 25 février i7d5. Le succès eût été décisif si la révoutiott avait respecté la liberté religieuse. Hais a(Hrès
avoir voulu une église nationale, elle en était arrivée
à ne plus vouloir aucune religion. Los persécutions recommencèrent donc très^promptement, et avec les persécutions les résistances. Néanmoins la Bretagne ne se leva point, comme la Vendée, tout d'un coup et avec enthousiasme* Quelques hommes dispersés dans les forêts, mais soutenus par les sympathies de la' population entière, y furent longtemps les
seuls représentants de Tinsurrection armée. Après le passage de Tarmée vendéenne, la guerre devint plus active. Cette guerre fut la chouannerie. Nous indiquerons rapidement Torigine de son nom et ses débuts*
La Bretagne n^étant pas soumise à Fimpôt de la gabelle, le sel ne s'y vendait qu'un sou la livre; dans le Maine* au contraire» il fallait Je payer treize sous. Cette énorme différence rendait la contrebande
trop fructueuse pour qu'elle ne fût pas très-active. Aussi presque tous les habitants de la frontière du Maine étaient-ils contrebandiers, ou, selon le terme
du pays, faux-sauniers, marchands de faux sel. Du reste, ils ne croyaient pas, en se livrant à ce métier* commettre le moindre délit. Les barrières fictives de la douane étaient, à leurs yeux, um criante injustice qu'ils avaient le di'oit de ne point subir*
Quelques années avant la révolution, Fun des plus jeunes et des plus intrépides faux-sauniers des environs de Laval, Jean Gottereau, dit Jean Chouan, fut pris, par les gabeleurs, après une lutte très^-vive. La loi prononçait la peine de mort. Sa mère partit à pied
pour YemilleB, vit le roi et en obtint la gr&ce de Bon
enfant. Rentré chez lui, Jean Chouan reprit ses ancieimes habitudes; arrêté de nouveau, il s'engagea pour échapper à la oondamnation qui le menaçait, puis déserta et fut mis en prison. 11 en sortit calme et pieux, mais toujours doué d'une rare énergie. Son surnom, qui était en quelque sorte le nom de toute la famille; lui venait de son grand-père, qu'un air consiamment morose avait fait appeler chat-huant et, pai' corruption, chouan. Le pauvre faux-saunier, sauvé de la potence par Louis XVI, ayant levé le premier dans le Maine le di'apeau de riiisurrection, on nomma ceux qui T imitèrent les soldats de Chouan, et bientôt après les chouans. Le nom a'étendit des insurgés du Maine à ceux de la Bretagne, et toute la guerre de la rive droite de la Loire fut appelée ia chouannerie. C'est le 15 août 179â que Jean Chouan prit lea armes. Il chassa de la paroisse de Saini-Ouen-des^ ïoil.s les membres' du directoire du district qui s'y étaient rendus, en compagnie de quelques gendarmes, pour y lever des vUimUdres, Ce coup de main i\it f^uivi de diverses expéditions ayant surtout pour but de désarmer les patriotes et de défendre le pays contre de petits détachements de gardes nationaux, qui le parcouraient en tous sens. Du reste, les chouans étaient alors en fort petit nombre. Ils se recrutaient même avec tant de difficulté, qu'après avoir guerroyé pendant cinq ou six semaines, ils disparurent complé» tement. On fut plusieui's mois sans entendre parler d^euz.
Jean Chmias et son frère Françob reparurent vem
le mois d'avril 1793. Le bois de Misdon, situé à trois lieues de Laval, devint leur quartier général. Â la même époque, diverses autres bandes s^organisèrent sur d'autres points du Maine et de la Brotaf^nc. Le bois de La Graveile, les forêts du Pertre, de iougèreia, de Lorge^ se peuplèrent d*însurgés, <»>mme le bois de Misdon. ('.es résistances étaient isolées et pour ainsi dire individuelles. Le comte Joseph de Puisaye eut la pensée de les généraliser et de les unir. L^en-^ treprise oflVait de grandes difficultés. Le paysan breton est ûer, meXiant, tenace et montre beaucoup d'éloignement pour Vétranger, c^est-à^lire pour tout homme qui n'est point né sur le sol de la Vieille-Armorique et n'en parle point l'idiome. Or, le comte de Puisaye appartenait à la province du Perche. 11 était né à Mortagne, le 26 mars 1755. Du reste « il avait encore d'autres obstacles à vaincre. Son caractère ne ressemblait, par aucun c^yté, au caractère breton. 11 était plus politique que nûlitaire; il avait du courage^ mais il manquait d'audace et, bien qu'il eût conservé la foi, il ne possédait point cette vigueur de croyance» ce ferme dévouement à TÉglise qui caractériflait les hommes qu'il voulait conduire.
Destiné par ses parents à l'état ecclésiastique, Puîsaye avait fait ses .études au séminaire de Saint-Sul* pice. Il en était sorti pour entrer dans un régiment de cavalerie. Xoniuié, en 1789, député de sa pro^ vince aux Etats^Généraux, il suivit silencieusement les débats de la première asseioblée révolutiomiair6«
Son vote ie fit coàipter parmi ceux des défmtéa de la noblesse qui croyaient que de grandes réformes pouvaient seules erapêcher une révolution. Bien que royaliste notoire, il figura, comme chef d'état-major, dans Tarmée rassemblée en Normandie sous le drapeau des fédérés et des Girondins. Après la déroute de cette armée, il se réfugia en Bret^^ne, suivi de Focard, son médecin, et du colooel fédéraliste Leroy* Voici le tableau qu'il a lui-même tracé de sa situation :
« Il était défendu de nous donner Thospitalité sous
peine de mort. Ainsi, me voilà placé au milieu de la Bretagne, pays qui jusqu'alors m'avait été totalement étranger, éloigné du mien, de ma famille, de mes amis, de plus de quatre-vingts lieues, proscrit et signalé à tous les postes qui couvraient les grandes routes; n^ayant aucune connaissance de celles de traverse, ignorant la langue que Ton parlait dans les campagnes! De quelque côté que je tournasse mes regards ou mes pas, partout je lisais mon arrêt; partout je ne rencontrais qu'une mort certaine. »
Les couleurs ne sont pas chargées. Mais grâce au dévouement des paysans bretons, auxquels le titre de proscrit faisait oublier celui d'étranger, Puisaye put échapper à toutes les recherches. Trois mois plus tard, il avait tout préparé en Bretagne pour une insurrection générale. Les paysans lui montraient une confiance sans bornes, les gentilshommes reconnaissaient la nécessité de lui obéir, et les prêtres figuraient panni ses auxiliaires les plus dévoués» Les
choses en étaient là lorsque les Vendéens parurent à Laval. Paisaye leur écrivit de marcher sur Rennes,
leur promettant qu'ils y seraient soutenus par cinquante mille hommes. Comme on ne le connaissait point, on ne Unt nul compte de son avis, et la malheureuse expédition de Granville fut résolue., Puisaye ne se borna pomt à écrire. Bien que le pays qui le séparait de Tarmée vendéenne fût couvert de troupes, il entreprit de le traverser. Arrivé aux portes de Laval, il y apprit que les insurgés marchaient sur Fougères; il suivit leurs traces, mais cette fois encore il ne put les atteindre. De plus longs eiïorts ne pouvant amener aucun résultat, il se réfugia dans la forêt du Pertre, où il fut bientôt rejoint par ceux des paysans bretons qui, après avoir vaillamment combattu sous les drapeaux de la grande armée catholique, avaient échappé à ses désastres. Quelques officiers vendéens, notamment Dupérat et Forestier, vinrent aussi se ranger sous les ordres de Puisaye. Ses premières relations avec le gouvernement anglais datent également de cette
époque. C'est dans le souterrain où il avait établi le conseil royaliste de Bretagne qu'il reçut les offres de service de lord Dundas. Il était convaincu, et ce fut là l'origine de toutes ses fautes, que Finsurrection de l'Ouest ne pouvait avoir quelques chances de succès qu*en s*appuyant sur l'Angleterre. Néanmoms, il n'accepta pas immédiatement les propositions qui ha étaient faites, i Je faisais trop de fonds, a-t-il dit depuis, pour la suite de mes projets sur le concours de la Grande-Bretagne, pour m'exposer, dès ma pre*
mière relation avec cette puifi»aiice, à lut donner de moi une idée qu'elle n'avait déjà malheureusement que trop prise de la plupart fin ceux de mes compatriotes qui avaient essayé d'entamer quelque négocia* tion avec elle. Mon refus fut motivé sur la crainte de coniproinettre des secours dont, plus tard, j'espérais tirer de grands avantages pour la cause commune. » Le môme émissaire remit à Puisaye une lettre par la* quelle un émigré breton, le marquis du Dresnay, ancien officier des chevau- légers, rappelait que le roi Tavait nommé au commandement de la Bretagne^ en remplacement du marquis de La Rouerie» La réelama^ tion était assez bizarre et fort gênante. Si Puisaye sacrifiait sa fortune et exposait chaque jour Ba vie; s'il coudiait tantôt sous une hutte, tantôt dans un souterain ; s'il partageait, en un mot, les fatigues, les privations et les dangers du dernier de ses soldats» il voulait au moins suivre les plans qu'il avait formés et ne pas laisser à un autre le bénéfice et T honneur de ses travaux. Cependant, fidèle a sa réserve accoutumée^ il répondit qu'il Pecoonaîtrait Tautorité de M. du Dresnay, dès que ce dernier aurait paru parmi les insurgés. ^
Bien que deux ou trois mille des chouans les plus déterminés eussent péri dans les rangs de Tarmée vendéenne, Fesprit d'insunection faisait chaque jour dé nouveaux progrès; cm ne se eontentait plus dV bhorrer la République, on voulait la combattit* Il ne fallait pas songer cependant à réunir sur un même point des troupes nombreuses» Ce résultat ne pouvait
être obtenu qu'à force de luttes et de temps. Les Bre-* tons n'aimaient, pas à quitter leur terrain, c^est-à-dire leur canton. D'ailleurs, la destruction delà grande armée vendéenne les effrayait. Aussi Puisaye ne s' oc* cupa-t^ii d'abord que de perfectionner le genre de guerre naturellement adopté par les paysans du Maine, de rille-et-Viiaine et du Morbihan. La chouannerie avait été un accident, elle devint un système. Les in« suidés furent organisés en divisions sédentaires , fortes, pour la plupart, de quelques centaines d'hommes. Dès qu'un détachement républicain s*aventurait dans les campagnes^ il était entouré d'ennemis presque invisibles et contre lequel la tactique ne pouvait rien. Rarement on essayait de l'arrêter» mais on le harcelait sans cesse et il perdait beaucoup de monde. Quant aux chouans cachés derrière les haies et disséminés, ils n'avaient guère à redouter ni le feu des bleus, ni leurs poursuites. Comme ils ne se présentaient pas par masse, il était facile de les mettre en fuite cl impossible de leur faire essuyer un. échec décisif. Yaiu'* eus le matin, ils reparaissaient au milieu de la jomv née plus détemiinés ol plus liumbi eux, car le bruit de la fusillade amenait de nouveaux combattants. Les dispositions du sol contribuaient beaucoup au succès de cotte tactique. La Bretagne et le Maine sont, comme la Vendée, pays de bocage. Chaque champ est entouré de fossés et de haies épaisses ou se trouvent, de distance en distance, de grands arbres, dont les branches 5' étendent de tous côtés. Le terrain est inégal et coupé par une multitude de cours d*eau. Du
reste, quand les chouans furent plus aguerris ils n'hésitèrent point à combattre en rase campa|;ne* Les bois et les forêts ofiiraient aux insurgés des asiles à peu près inviolables. C'était là que Puisaye et les princi- • paux chefs se tenaient» avec ceux de leurs soldats qui restaient toujours sous les armes. Les chouans de la foret du Pertre s'étaient construits des cabanes dont voici la description : « On enfonçait en terre quelques piquets^ parmi lesquels on entrelaçait des branches de bois vert. Le toit était fait de longues perches , croisées et liées ensemble par l'extrémité supérieure, et attachées par le bas avec des harts, aux piquets qui en recevaient une nouvelle force. Il était recouvert de gazon, ce qui le rendait impénétrable à la pluie. Un trou percé au milieu de la cabane^ et enduit de plusieurs couches de terre, tenait lieu de cheminée. » Chacune de ces huttes contenait six ou sept hommes. Gomme le bois de Misdon, par son peu d*étendue, ofiirait moins de sécurité que la forêt du Pertre, les chouans du Maine avaient dû s'y creuser des souterrains. Les ouvertures en étaient fort étroites et se fer~ maient par des trappes faites de branches d^arbre et de mousse semblable à celle qui couvrait le sol.
Les journaux révolutionnaires restaient rarement plus d'une semaine sans annoncer que Puisaye venait d*être pris ou tué. Une seule fois, cependant, il courut un très-grand danger. Il habitait avec Focard, > Leroy, La Uéchois et les deux frères La Massue, une cabane semblable à celles que nous venons de décrire, mais qui était éloignée des auties environ d'un quart
de lieue. Le 29 novembre 1793, au moment où le jour commençait à paraître, La Héchois et La Massue l ainé sont réveillés par rapproche d'une troupe nombreuse; ils sortent sans défiance , croyant rencontrer leurs propres soldats, et se trouvent entourés d'ennemis ; le bruit avertit leurs compagnons, qui se précipitent dehors pour les secourir et chercher à se sauver. Les républicains les accueillent par une déctiai gc générale. La Héchois et le jeune La Massue tombent mortellement frappés. MaisFocard, quoique blessé, crie : Fonçons i fonçons! ih s'ébranlent! L'ennemi s'ébranle, en effet, devant ces quatre hommes, et leur laisse le temps de pénétrer dans la forêt Tous étaient nu-pieds; Pui-» saye n'avait même que sa chemise et son fusil. Le détachement, auquel le chef de l'insurrection bretonne venait d'échapper, était composé de six ou sept cents hommes, comprenant la garnison et la garde nationale de Yitré. Il se proposait uniquement d'arrêter deux prêtres qui avaient habité la cabane, devenue ' depuis peu Tasile de Puisaye. Cette rencontre, où tout le monde avait été surpris, fut donnée par les journaux révolutionnaires comme une véritable bataillé. L'affaire était du reste assez grave pour les chouans : tous les papiers de leur général avaient été saisis.
La Convention , habituée aux grandes luttes des Vendéens, ne s'était point encore inquiétée de la chouannerie; elle n'y avait vu qu'une sorte de brigandage quMl serait facile de réprimer. La correspondance de l'uisiiye lui prouva que cette guerre pouvait devenir fort dangereuse , loujouis prompte à
se décider, elle ût passer immédiatement de nouvelles troujpes en Èretagne. Le générai Beaufort, qui commandait «ous les ol^rfe» de Rossignol , fit fouiller une partie de la forêt du Pertre , dispersa trois ou quatre raafiemblements^ enleva, dans les villages suspects, quelques eentainett de paysans , et crut la guerre ter-* minée. Rossignol rcndinil compte des succès obtenus par ses soldats, disait : « 11 y huit cents prisonniers. La cominission militaire va bientôt, je pense, les avoir expédiés. Les chefs seront traduits à Rennes , le reste sera raccourci sur les lieux la tranquillité se rétablit » D'un autre côté. Carrier écrivait au général Avril : » Continue de porter la terreur et la mort dans le Morbilian ; incarcère les gens suspects et tous ceux qui figurent dans les rassemblements; incendie les proprité» des révoltés ^ dénonce aut Autorités constituées les individus absents qui seront présumés poi toiles armes avec les rebelles; désigné leuirs propriétés 9m colps administratifs pout* facilitel" la eoikfiscation t voilà les ordres que je te donne et que tu exécuteras avec le plus de cèle et d'activité qu'il te sera possible. » Gftlrier étbit Obéi, mais rinsurrection continuait de s'étendre. Kléber fut chargé de la réprimer ; vp générai prit de très-bonnes mesures. Les bleus occupé^ rent un grand nombre de ]90Bitions dans les cam)>agneâ; ils changèrent en forteresses les églises des villages où ils avaient établi leurs cantonnements; huit divisions cernèrent la forêt du P^r^; des détàOhe^ ment», forts de quelques centaines d'hommes, et s'appuyant les uns sur les auti-es» parcoururent sans
«esse le pays; on désarma les paysans suspects ^ et Ton montra quelque ménagement pour ceux dont les
intentions paraissaient pacifiques. Ce plan n'eut pas un succès complet; néanmoins» il mit obstacle aux pro^ grès de la chouannerie. Le bon sens commandait d^y peisévérer; on Tabandonna. Kléhei iul envoyé, le 3 mai, à Tarmée du Nord» et Vachot, son successeur» s^empressa de détruire tout ce qu*il avait fait. Gomme L'Échelle, il voulut poursuivre les rebelles « majestueusement et en masses i» Grâce à i'impéritie fanfaronne de ce nouveau général , le'n<mibre et Taudace des chouans s'accrurent rapidement. Le conventionnel Duboi&-Crancé dut bientôt écrire, à propos des dis-* trîcts de Vitré , La Guerche et Fougères i < La chouannerie est la maladie pédiculairc du pays. Là où il y a un homme» il y a un chouan de fait ou dintention^i Les patriotes y sont dans une excessive minorité* » Du reste, en môme temps que Ton combattait les in* surgé& par les annes» on faisait appel à leurs senti«^ œents religieux. Le conventionnel que nous venons de citer > terminait ainsi une proclamation : « Les chouans veulent un Dieu... Eh! qui est-ce qui ne reconnait pas un Dieu et sa^ toute puissance? O Provi-* dence l toi qui par Tespoir de la plus abondante récolte, semble nous ouvrir les portes de ce paradis terrestre que nous pr^et la sainte égalité» réponds toi-même à ces blasphémateurs I » En tête de cette proclamation, datée du 7 mai 1794, on lisait : « Liberté» fraternité» ^alité, mort aux chouans I » Nous n^^treprendrons. pas d'entrer- dails le détail'
des opérations militaires de la chouannerie. On ne peut faire connaître cette guerre que par une esquisse plus ou moins rapide. La Vendée avait quelquefois livré deux ou troia batailles dans un seul jour; mais, sur la rive droite de la Loire« chaque heure, pour ainsi dire, était marquée par quelque engagement. Tout le pays, de Laval à Brest, de Vannes à Sainte Malô, donnait de vives inquiétudes, et nulle part on ne voyait une armée. Sur un point, les insurgés se montraient au nombre de cinq ou six cents ; sur un autre, ils étaient cinquante ou soixante, ou moins en* core. Quelquefois plusieurs chefs, dont les commandements se touchaient, faisaient une opération en commun; mais de telles réunions étaient assez rares et ne duraient ordinairement que deux ou trois jours. Cet esprit d'isolement et d indépendance absolue était le plus grand obstacle que Puisaye eût à vaincre. Il voyait dans cette guêtre d'embuscades et d'escarmouches un moyen d'aguerrir ses soldats, de les discipliner, de désorganiser les troupes de la République et de s'assurer la possession des campagnes : C'était beaucoup, mais il voulait plus encore ; il voulait former une armée qui lui permettrait, au moment opportun, de se montrer en force et de frapper, un coup décisif. Pour atteindre son but, il se portait tantôt d'un côté, tantôt de l'autre; mais toujours suivi d'un certain nombre d'insurgés étrangers à la division qu'il s'agissait d'organiser, d'inspecter ou de mener au combat. Peu à peu, chefs et soldats s'habituaient ainsi à l'idée de quitter leur propre territoire et de
tenter de plus grandes entreprises. Plusieui's oÛiciers vendéens, qui s'étaient enfoncés en Bretagne après le désastre de Savenay, et quelques émigrés rentrés en France pour y combattre la République sous un drapeau national, aidaient beaucoup Puisaye.dans la réa* lîsation de ce pian.
Une seule entreprise railitaiie de quelque impor tance, signala du reste la première année du séjour de Puisaye en Bretagne. Ayant appris que les commissaires de la Convention et les généraux républicains devaient donner une fête nocturne à Rennes, il jugea que cette circonstance pourrait faciliter une surprise. Il avait des intelligences dans la ville et même dans la garnison. Ses forces, divisées en neuf petite» colonnes, marchèrent de nuit et par des chemins détournés. Elles étaient encore à près de deux lieues des avant-postes de l'ennemi, lorsque leur approche fut signalée. Le succès était devenu impossible, mais on ne se retira pas sans combattre. Deux détachements républicains, sortis à la hâte, furent mis en pleine déroute. Cependant, comme Puisaye craignait d'être enveloppé par des forces supérieures , il donna Tordre de la retraite et se dirigea sur le Morbihan, afm d'y développer Tinsurrection et d*y voir les hommes dont le concours hiî était promis. Toutes les garnisons républicaines des villes voisines se mirent à sa pouisuite, et il eut chaque jour quelque combat à livrer. Vainqueur dans plusieurs rencontres, il fui coiîipléLment battu à LilTrc et ne regagna ses cantonnements qu'avec beaucoup de peine. Cette af-
faire lui coûta plusieurs de ses prindpaiix offidarsf
et notamment le médecin Focard.
Dè3 cette époque, la ohouaimerie ne ccmiprenaii pas seulement le Bas^Maîne et la Bretagne ; elle s*é^ tendait aussi dans la partie de T Anjou, située sur la rive droite de la Loire. Puisaye n'avait pas seulement à vaincre des rivalités d'amour-propre et d^ambition. On lui reprochait de trop compter sur la diplomatie , et pas assez sur les armes; de suivre trop aveuglément les conseils de rAngleterre, de ne comprendre, en un mot, la guerre civile que par l'étranger. C'était 1^ , en eflet , la base de son système , et jamais il ne voulut s'en départir. Plusieurs des chefs vendéens, qui s'étaient mis sous ses ordres, le quittèrent, far tigués de voir quMl continuait de négocier, bien que les circonstances parussent favorables à une prise d'ame» générale.
Tinténiac, que nous avons vu en Vendée dans les premiers jours de jum, s'était, à son retour vers les côtes, arrêté près de Puisaye. Il voulait apprécier par lui-même l'importance de Tinsurrection bretonne, afm 4^ pouvoir donner au gouvcrn ornent anglais et am( pripcea des renseignements développés et exacts. Le chef de la chouannerie lui fit accepter tous ses plans, toutes &es espérances et en oblAUt la promesse d'un concours sans réserve. Connaissant toutes les intrigues qui s'ourdissaient à Londres, Tinténiac craignait de ne pas réussir et priait Puisaye de se rendie en Angleten*e. « Vous y ferez plus en quinze jours, loi dis9,itril , que tous ceux qui sont là n'ont fait et ne
pp\UTont fi^re peaiiant des aoQéeâ; heuF» eou^ versatîon avec vous produira plus d'effet que dea vor
I^îies (}e lettres ou do mémoires, ot qm tout ce que. pourrait dire rintermédiaire le plus intelligent et ie plus zélé, car vous connaissez l'état des choses jusque dans les moindres détails. î> Puîsaye se laissa convaincre d'autant plus facilement que F idée de paraître à Londres en qualité de représentant des insurgés de rOuest exerçait une certaine séduction sur son esprit. Néanmoins, il ne voulut point partir av^i^nt d'avoir fortifié Tœuvre qu^l ayait si courageusement entreprise. La chouannerie eut son état-major, son conseil d'administration, ses divisions nulitaires, se^ comités de paroisse, et prit le titre d'annép catholique et royale de Bretagne, ^organisation n'était point, du reste , aussi complète que les proclamations pompeuses et les arrêtés < du général en chef et de^ généraux sous ses ordres » tendaient à le faire croire. Au lieu d*une armée, on ne comptait toujours que des bandes de (|uelques centaines d'hommes, dont les chefs, tout en acceptant l'autorité nominale du conseil , entendaient conserver leur indépendance, Puisaye ne se faisait, sous ce rapport, aucune illu-« sion. S'il parlait toujours au nom d'une ar^née q^i n'existait régulièrement que sur les cadres, c'était afin d'entraîner le gouvcrneipent finglais en lui exagérapt les résultats déjà obtenus. Aussi prépara -t- il son voyage par deux proclamations revêtues d'un grand nombre de signatures. La dernière, datée du 20 août i79& , promettait des grades ou de l'argent $ h tou9
les militaires qui voudraient partager Thouneur de rétablir leur légitime souverain. > Chose bizarre, un
hymne guerrier était imprimé à la suite de cette pièce :
Aux armes compagnons, le ciel combat puur nous!
Frappe2 1 ua Dieu vengeur^ un Dieu couUuU vos coups, etc... K
Poîsaye partit pour Londres vers la fin de septembre. Un des liommcs (jui l'accompagnaient faillit être pris par les républicains qui gardaient la côte, mais il ne courut personnellement aucun danger. Il laissa le comniaudtiiienl supérieur à un conseil composé du baron de Connatin, major-général, et de quatre chefs de division : Charles de Bois-Hardy, le chevalier de Chantereau , Botidonx et Jarry. Ces derniers avaient depuis longtemps la confiance des insurgés. Quant à Cormatin, dont le véritable nom était Désoir teux, il venait d'entrer en Bretagne. Son ancien titre d'aide major - général du marquis de Bouillé, les nombreuses lettres de recommandation dont il était porteur et sa rare assurance avaient surpris la conliance de Puisaye, qui montrait habituellement plus de perspicacité. Cormatin ne méritait point, en effet, d'être placé au premier rang.
Les principaux chefs de la chouannerie étaient alors les comtes de Labourdonnaie et de Boulainvil-
* n est probable que cet hTinne était rtenvre de Pnliaye. U dit dans ses ■léiiiolTes t « )*afals tout à rédiger, tout à faire, mène les hymnes gner* ri ors pour marcher ail conbat. » On Jugera qu*!! aurait pu s'éviter cette dernière ptioei
liera, les deux frères de Silz, de Lantîvy, Guillemot,
Bcrlhelot, de Saint Régent, Jean Jan, d'Allègre, Bonfils, Lemercier, dit la Vendée^ et Georges Cadoudal, pour le Morbihan; de Busnel, Toimnelin aîné, du Boisguy, de Solilhac, de Caqueray, de Béjarry, Duperrat, Le Roy, Jarry, de Chantereau, de Jouette, pour riUe-ei-Vilaine; d'Amphemé et de Kerbalanec, pour le Finistère, où les insurgés étaient en très-petit nombre; de Bois-Hardy, Bernard de Villeneuve, 01eron, Flaust et Maudet, pour les Gôtes^u-Nord; de Scépeaux, de Dîeusîe et de Turpin, pour l'Anjou; Coquereau , ïreton, dit Jambe d'argent j M. Jacques, Gautier, Le Chandelier, Sainir-Paul, L'Hermite, de Geslîn, pour le Maine. Lods de Frotté eut, quelques semaines plus tard, le commandement des insm'gés qui commençaient à se montrer en Normandie. Nous pourrions ajouter beaucoup, d^autres noms, car les chouans ne combattant que pai* petites bandes avaient nécessairement un très-grand nombre de chefs. Mais les détails qui précèdent indiquent sufiisamment Textension que la chouannerie avait prise. Déjà , du reste, plusieurs officiers influents avaient perdu la vie. De ce nombre était Jean Chouan lui-même. Nous devons dire quelques mots encore de cet homme, que Ton a si souvent représenté comme un véritable chef de brigands.
Quand la guerre commença, la famille de Jean Chouan comptait sept personnes : la mère, quatre fils, Pierre, Jean, François et Réné; deux filles, Perrine et Rénée* Le 1" août 1794, le plus jeunô
des quatre frères seul vivait encore. La mère avait été tuéô i(L dérpuie du Mans; François était mort des suites d'une blessure qu'il s'était faîte en s'appuyaiit sur son fusil; Pienc avail éiù giiillolinc; Perrine et Rénée, 4g;ées^ Vm^ d^ dix-huit ans^ T^^itra de quinze ans et demi > avaient également péri sur récliq-faudj victimes des craintes que leur frère inspirfat. Enfm , Jean Chouan lui-même venait de tomber sous les bielles des bleus, en sauvant la vie à sa bell^ sœur, la femme de Réné. « Restez fidèles à votre roi, à votre religion et priez pour moi, » Tels furent les derniers conseils qu'il donna aux insurgés qui l'entouraient. Puis, il leur fit signe de se retirer et attendit |a mort en priant. Il était calme , par il croyait à la vie éternelle et n'avait point de remords. Souvent, sans doute, il s'était montré infle^rible, mais jamais il n'avait exercé aucun acte de vengeance particulière, ou frappé un ennemi sans défense. 1| n'était redou-* table que dans le çombat, € Allons, il n'y a pas de danger, » tel était son conliuuel refrain. Cumme l'cvcnement ne justifiait pas toujours cette assurance, on lui avait donné le surnom de gas mentouao» Le chape^ let était sa grande consolation comme sa grande ressource. Il le disait pour remercier Dieu des succès qu'il accordait à ses armes, il le disait aussi pour ob-v tenir, par l'intercession de la Sainte-Yîerge, le oou-; rage de supporter ses malheurs.
Ce portrait n'est pas seulement celui de Jea^ Chouan ; il est aussi celui de beaucoup des honm^es qui l'entouraient ou (j|[uireçureptson nom. Néanmoins ,
nous nous expliquons facilement que l'on ait repré-* seq^é la chouannerie comme une longue série de vola ci d*assassinats. Des crimes atrooes furent en efTet commis sous les deux drapeaux. Les paroles &ui\ ailles, que nous trouvons dans un écrivain ilévuué 4 la ré** Yolution, ijous dispensent de dire quel est le parti qui prit rinitiative : « La guerre de la chouannerie fut due a,u pillage * aux assassinats, à la pr-ofanation dea temples, aux impositions iirbitraires et à tous les ex-i ces que commirent les Jiommes de la Terreur. » Parmi les chouans, il s'en trouva qui voulurent user de re^présailles. Quand ils sortaient de leurs souterrains ou de leurs huttes de branches d*arbre, pour se procurer du linge et du pain , ils trouvaient leurs chauipièreQ dévastées, et apprenaient QHB eeui^ de leurs parente qui vivaient encore avaient subi toutes sortes d^oun t rages; le lendemain, le juge de paix, le cqré consli-r
t^tionnel , le maire «. le percepteur ou tout 4utre allié des bleu^, était trouvé assassiné dans son Ht. Ces cri^
mes engendraient d'autres cnmes. Chaque parti voulait venger les hommes qu'il avait perdus. Les soldat^ frappaient au hasard, mais frappaient toujours; les riiuuans, mieux informés, tombaient à riniproviste Qur le^ patriotes et les punissaient des meurtres dont ils les jugeMent complices. Les bourgs renfermaient presque toujours quelques partisans de la révolution. Ceux qui poussaient le dévouement à leur opinion jusqu'à guider les colonnes républicaines, ou k leur fournir des vivres, étaient rarement épargnés. Plusieurs cl^efs e^s^yèrent d'empêcher ses actes de veur
geance; leurs efforts furent toujours sans résultat. Beaucoup de leurs soldats auraient refusé de frapper ùn ennemi par surprise; mais très-peu blâmaient ceux qui croyaient pouvoir le faire. On conçoit tous les excès qu'une pareille guerre devait enfanter. Des misérables se mêlèrent aux chouans; dans le seul but de tuer et de piller , et Ton ne put pas toujours les punir; des paysans, jusqu'alors calmes, pieux et doux, furieux de voir leurs chaumières en cendre et leurs femmes assassinées ou déshonorées, ne songeaient plus qu'à verser le sang de leurs persécuteurs. Réné Cottereau, le dernier frère de Jean Chouan, fut de ce nombre. Néanmoins , durant la première époque de la chouannerie rarement les insurgés frappèrent un innocent Aussi étaient-ils appuyés par la population des campagnes qui fuyait, au contraire, à rapproche des bleus. La Convention , comprenant que cet appui les rendait presque invincibles, essaya de les en priver en créant de faux-chouans. On forma avec la lie des régiments et du parti révolutionnaire , plusieurs compagnies-franches, habillées et armées comme les chouans, puis on les lâcha dans les campagnes avec l'ordre de tout mettre à feu et h sang, de frapper indistinctement amis ou ennemis. Plus ces hommes commettaient d'atrocités, mieux ils remplissaient leur mission. Les bulletins révolutionnaires rapportèrent bientôt en détail toutes sortes de crimes attribués aux chouans ; mais dans le pays on ne s'y trompa point, et Rossignol, l'organisateur de ces bandes , dût bientôt demander qu'on les utilisât aiU
leurs. Il ne fui point écouté. Néanmoins, beaucoup d^écrivams ont persisté à ne voir en Bretagne d*autres coupables que les insultés. On les a représentés, à la fois* comme des monstres de cruauté et des voleurs de grands chemins. Aucune exception n*a même été admise. Ils arrêtaient les diligences, a-tron dit mille fois. Sans doute ; mais il faut ajouter que les diligences transportaient les fonds de TEtat, c'est^nlîre les fonds de Tennemi. Il est sans exemple, que les chefs aient lait dépouiller des hommes inoilensifs et vraimeni; neutres entre les deux partis. Quant aux sommes enlevées, elles étaient mises au service de T insurrection. Après la guerre, la plupart des paysans qui avaient marqué dans la chouannerie se trouvèrent dénués de toutes ressources. Réné Gottereau fut obligé, pour vivre, d'aliéner la petite closerie qu'il tenait de sa famille et de travailler comme simple journalier.
Nous n*avons point entrepris de dissimuler les vengeances et les assassinats politiques dont les chouans se sont rendus coupables; c'est une tâche qu'assez d^autres se sont imposée ; mais nous avons cru devoir relever, en même temps, les exagérations à i'aide desquelles on a voulu flétrir ces défenseurs de la monarchie et, surtout, de la liberté religieuse. La guerre n'eut point en Breta,gne le même caractère qu'en Vendée ; on y sut rarement faire grâce. Néanmoins , le petit nombre seul oublia complètement ses devoirs. 11 faudrait plusieurs voluiiics pour enregistrer les preuves de profonde et sévère piété que donnèrent sans cesse ces pauvres paysans. Pour chasser les
tnattTftiéiès petkflées qUî lent ven&îent dftn» les souterrains, où ils restaient quelqiiofois plusieurs jours de suite, les soldats de Jean Chouan consacraient une peMe de la Journée à dire le chapelet à hauté voix. Le remèdé réosâîsBait toujours. «Camarades, disait Jambe-d' Argent, pensons à Dieu si nous voulons qu'il petise à nous, » et toute la troupe se mettait en prière. Ce même chef laissait échapper un détachement républicain, plutôt que de l'attaquer dans l'église Où il avait reçu le baptême. Jambe-d' Argent s'appelait Trôton$ il devait son surnom à une infirmité. Quoique boiteux, il était très-agile, et passait pour téméraire , même parmi les siens. Ou le vit mi jour sô placer devant pièces de canon ët tâet^ apl^s avoii* es- BUyé une déchargé : « Vous le voyez, la uiitraille ne fait que bala^^r la poussière. » Quelques années avant la révolution, c*étâit un pauvre enfant qui mendiait son pftîn ; quand il mourut, à peine âgé de vingt-trois ans, il commandait une grande partie des insurgés du Bas^Maine. Saint^Paul, mie Bâtard^ aVâdt, comme Jambe-d' Argent, été élevé par charité ; sa trôupe était tenue plus sévèrement qu'aucune autre. 11 déclara un jour, que quiconque blasphémerait lé nom de Dieu serait puni éé mort ; un de ses soldats passa outre et lui uamédiatemcnt fusillé. Saint-taul avait Vingt ans, était petit, blond et frêle. Quand on demandait à des paysans, longtemps indécis, pourquoi ils prenai^ent les annes : « Nous aussi, répondaient-i!^, notis voilions combattre et momir pour notre sainte rfeligion. » ]>e tèlleB dispositions ne changisnt pàs entièrëmeAt le
coBtir de rhontme, mais ell^ préviennent beaucoup d*excès«
Le travail d'organisation entrepris par Puisaye se continuait malgré son absence^ Mais tandis que ce chef négociait à Londreô^ avec Pitti Windhatn et Duiidas, un événement, qu li ji avait pu prévoir, vint ■changer la situation» Les représentants Guezno et Guermeur, appuyéft feur le décret d'amnistie du 2 décembre 179/i, entreprenaient de pacifier la Bretagne. Le général lloclie, réceninieut nommé au commafodement en chef dei^ deux armés des côtes de Brest et de Cherbourg, montrait aussi des dispositions Ibrt conciliantes. Il cherchait à discipUner ses troupes et ré(»rouvait énergiquedient tout acte de pillage; les
représentants, de leur côté, parlaient des droits de la conscience, mais ne rendaient encore la liberté qu'aux préti^ constitutionnels. Bientôt cependant les pri* sons s'ouvrirent devant quelques prévenus politiques, et Ton destitua les terroristes les plus compromis. Comme en Vendée, les préliminaires furent très-diflU* ciles. Enfin , grâce aux efforts du général Humbert, et de iSanceiin, président du district de Scgré et de Botidoux, ancien membre de l'assemblée constituante, qui avait des relations dans les deux partis^ les négociations s'engagèrent. Une suspension d'armes lut convenue le S janvier 1795, entre le Comité royaliste et Humbert, comme représentant des républicains. Afin d'inspirer plus de confiance aux représcnlaiiLs, CorHiatin se fabriqua un plein-pouvoir qu'il révêtit de la sigûâtUre dé Puisaye. En a^^i sant Ainsi, le ma-
jor-génëral de rarmée catholique et royale cédait
surtout au désir de jouer un rôle important. 11 éXmt heureux de traiter d'égal à égal avec les délégués de la Convention et les généraux de Farmée républicaine. Les négociations traînèrent en longueur. La plupart des chouans croyaient que les bleus voulaient les tromper; d'autres attribuaient Jes ouvertures qui leur étaient faites à F affaiblissement du parti révolutionnaire, et n'en désiraient la guerre que plus ardemment; de ce nombre étaient Georges GadoudaU Lemercier-lar-Yendée, Du Boîsguy, et presque tous les diefs du Maine et de l'Anjou. Quelques-uns enfin prenaient Gormatin pour un traître. Aussi les hostilités continuaient-elles toujours. Les bleus, qui manquaient de vivres, faisaient de vains efforts pour s'approvisionner dans les campagnes. Dix fois les pourparlers furent interrompus, et Ton se menaça d'une guerre à outrance. Prigent, Téraissaire habituel du gouvernement anglais et des émigrés, avait été arrêté sur la côte. Les lettres dont il était porteur, et ses révélations, ne permettaient guère de croire à la bonne foi de Gormatin et de ceux qui ie secondaient. Néanmoms on continua de négocier. Une prise d'armes presque générale du Morbihan et des Côtes-du-Nord ne put même point ralentir le zèle des représentants. Les événements vinrent du reste à leur secours. Les insurgés furent promptement dispersés, et leur échec fortifia ceux qui penchaient vers la paix. Gormatin et de Solilhac, qui avaient obtenu Tautorisation de se rendre à Nantes, pour y voir Gbarette, signèrent avec
luit le i7 février» te traité de La Jauiiai& L'exempte
du chef du Bas-Poitou exerça beaucoup d'influence. Néanmoins, malgré les promesses et la signature de Connatin» rien n'était encore fini. Le âO mars. Hoche écrivait au Comité de salut public : « Ce que j'ai pu découvrir des projets des chouans est assez important pour effrayer un républicain de bonne foi. Affamer les villes pour les faire soulever, intercepter toute coramunication, assassiner les patriotes et les fonctionnaires publics, tirer d'Angleterre de faux-assi-^ gnats, de Tor; acheter nos soldats, nos matelots et le secret de nos opérations; s'emparer de nos arsenaux, organiser une armée considérable, faire chouanner sur toute la surface de la République, commander partout la terreur, voilà le résumé de leurs projets atroces. » Le général républicain ne se bornait pas à faire connaître le mal; il indiquait aussi le moyen d'y porter remède : « Les prêtres réfractaires du Moni-5aint-Michel ont été mis en liberté; ils disent des messes et chacun vît tranquille dans ce pays. Ceux de Guingamp sont encore incarcérés. Je demande, pour Tuniformité, qu'on les rende au peuple breton qui soupire après eux. Ce serait un grand moyen de les ramener à la république. » Hoche était plus explicite encore dans les ordres qu'il adressait à ses ofiTiciers^généraux : « Vous connussez, citoyens, la loi salutaire que la Convention nationale vient de décréter sur la liberté des cultes. Proclamezla, répandez-la avec profusion dans les campagnes, et surtout ne dédaignez pas de prêcher vous-même la
totémnoe roHgieuse.*. Engages, Mudmain» quelques
officiers et 6o|dât» à assister à leurs oérémemiee pbHgieusea, messes, etc. ; faites attention sui'tout que jamaie elles ne soient troublées* Voyez les habitants des campagnes; parles de Dieu avec révérence? faites sonner bien haut que Dieu ne laisse pas? impuni le meurtre, le pillage, la révolte, etc., etc. » 11 ajou*i tait pour le général Lebley : • Courage, mon bon ami, courage; que la religion ne t'arrête pas. Fais dire la messe et assistes-y, sHl est nécessaire. » Sans doute cette tactique a quelque chose qui répugne. Néanmoins il faut en reconnaître la grande habileté. Du reste, dans la crainte de ne point faire assez. Hoche faisait trop. Il lu! aurait suffi de garantir la liberté des prêtres et des fidèles : la présence du général Lebley à la messe ne pouvait être un moyen de succès. Il y a dans cette correspondance des mots qui peignent la situation. Hoche ne demande point la hberté des prêtres de Guingamp au nom de la justice, du bon sens, de la loi même; i! se rendrait suspect; il la demande au nom de Vunîfonnilé. Puis il écrit à un de ses subordomiés : Que la religion ne .i*arréte pasf
! ;i plupart des chefs chouans se réunh^nt, le 30 mars, au château de La Prévalais, qui avait été mis à leur disposition par les républicains. Les avis étaient fort partagés. Si beaucoup acceptaient la paix en principe, très-peu s'accordaient sur les conditions. Néanmoins , on^ se rendit le lendemain près des conventionnels, qui se tenaient à La Ha-
bilais, habitation située entre La Prévalais et Rennes« Là» encore, de nouvelles divisions éclatèrent* Enfin, le 19 avril 1795, la paix fat signée. La République accordait aux chouans les mêmes conditions qu*aux Vendéens. Ce résultat ne trompa personne. Sur cent vingt^cinq officiers bretons qui avaient pris part aux conférences, vingt-un seulement s'étaient réunis à Cormatin, Georges Cadoudal, dont Tinlluenee 4atQ surtout de cette époque, avait juré de ne jamais reconnaître la République, et l'immense niajoiité s'était groupée derrière luL « I^a Convention a traité avec quelques individus et non avec un parti, » «*é^ cria le général Hoche en apprenant ce rcbullat. 11 faut ajouter que, parmi ces individus, trois ou quatre Seulement étaient de bonne foi. Cormatin eut le plaisir de faire à Rennes une entrée solennelle au bruit de Tartillerie, et chaque parti continua de se préparer à la guerre \
^ Vbtd les WKOA des signataire» 4u tehé Li MaMlal» % Gmnmltef ' dMiitreau, SolUliac* BoUturdï, U^ulé de ta Baitrte, Buanel, BelUuii, Geft* lin, Goiùrlet, Giiignard le Jeune, Jarry, Terrien, Lefaivre, de Meauln, de SilcTalDé, L*Hennile, L<imbcrt, Lanthy, de Nautois, Caubcrt, de La Nou* i<iaa,Puf<wr, <om QB9 dief«, «n aeoli de SU», maneo«it w Morbi^ .