‹ Les guerres de la Vendée et de la Bretagne, 1790-1832Chapitre 24 sur 27 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Situation. — Succès des chouaiis. — Puî^ye reutre en Bretagne. — Dl> visions parmi iea insurgés. — Louis de FroUé en Normandie. — Gùa-> rcttc eil nonaié llealeoint géoM et re^ k cwkm ronga. — Ré- Hdtati di Mt dMtoclloiif. — Lt cMm Artois à lHo Dtiio.

Uexpéditioli de Qtnberon« bien conduite, devait

exposer la République à de grands dangers. £d quel* ques jouTB, les royalistes pouvaient pénétrer au C€Bur de la Bretagne et Tentratner tout entière. L*occupartion de Rennes eût, en eilet, tué les intrigues de rAgence royale et fait taire le mauvais vouloir de certains chefs secondaires. Le Maine, la Basse-Normandie, r Anjou et la Vendée se seraient, de leur côté, empressés d*agir avec vigueur. Les troupes républicaines, trop peu nombreuses pour comprimer un mouvement général , eussent encore été affaiblies par la désertion. Gomme à Peuthièvre, les vaincus auraient adopté le drapeau des vainqueurs. La Gon^ vention, bien qu'énervée, eût assurément retrouvé son ancienne vigueur, en présence d'un tel péril. Néanmoins, il est évident, abstraction faite des hommes, que Puisayc, à Rennes, eût été plus redoutable que Cathelineau à Nantes. Au moment de ses grands

fiUCoèSf la Vendée était isolée; cette fois, «u cootrare,

la République aurait dû se défendre contre les efforts réunis de tous les départements de Touest Le désas- . tre de Quiberon rendit cet accord impossible pour Favenir coninie pour le présent , et porta , par conséquent, à rinsurrection un coup dont la présence immédiate d*tm prince du sang aurait seule pu la relever* La Bretagne après Quiberon , comme la Vendée après Savenay* demandera encore bien des sacrifices à la R^[Niblique; elle ne la fera (rius douter de son avenir.

Nous avons dit qu'après la mort de Tinténiac, Pontbellanger l'avait remplacé dans le conmiande-

ment et s'était dirigé vers Saint-Brieuc, 11 espérait trouver quelques navires anglais sur cette partie de la côte et en recevoir des secours. Son espérance fut

trompée. Il voulut attendre, mais ayant appris, tout à la fois y les événements de Quiberon et l'approche de HochOt il ne songea plus qu*à sa propre sûreté, et se sauva au milieu de la nuit , avec les quelques émigrés qui composaient son état-major. Les insurgés, restés seuls, sans argent et sans vivres, à vingt-cinq lieues de leur pays , se crurent perdus. Cadoudal et Mercier les rassurèrent et parvinrent, en effet, quoique poursuivis par plusieurs divisions , à les ramener dans le Morbihan. Cadoudal fut dès lors tout puissant dans cette partie de la Bretagne; Mercier devint son premier lieutenant»

Tandis que les émigrés occupaient Quiberon, La Yieuville avait réuni douze ou quinze cents chouans

de rille-et-Vilaine et tenté, sans succès, un cmip de main sur Saint-Malo, où il entretenait de» intelligences. Malgré les ordres ée 1* Agence royale* d'autres mouvements/sanê suil^d et sans ensemUe, avaient eu lieu sur divers points. Les ciiefs du Maine instruits « par la mort de Goqaereau* dn sort qui les menaçait^ s'étaient empressés de prendre les armes. Moq Jambe-d' Argent et Le Chandelier avaient battu les bleus dans diverses rencontres* Les ehouaiis du Bas^ Anjou B*étaieAt levés en masse le 91 juillet, et vdci en quels termes Bancelin, président du district de Segré, rendait oompte de leurs premières entrepris ses ! € Les postes de Nort, Oudon, Ancenis, Vandes, în grandes, Segré, Craon, Château-Gontier ont été attaqués dans Teiqiace de quarante^huit heures. Nort, Ingrandes et 8egré sont tombés au pouvoir de Ven» nemi... La garnison de Segré ne comptait que cent cinquante hommes; cent ont péri, le commandant est de ce nombre, trente^uit oni été pris, déshabillés et égorgés de sang Iroid. Six heures après, tous les réfugiés patriotes tombés entre les maius des c^bellas ont été massaorés... Les casernes^ les caisses publiques, tout a été pillé; deux cents fusils ont été pris, ainsi que trois à quatre mille cartouches.». » Le rasseiiri[>lement qui 8*était emparé de Segré i^élevait à près de trois mille hommes. Tuipin et Dieusie en étaient les principaux chefs. Du 40 au 22 juillet, Aimé du Boisguy et Bouteville, qui commandaient les éhouans des' environs de Fougères et de J^amballe, avaient eu trois combats à soutenir, et ti*ois fois Ta-

vantage leur était resté. La nouvelle du désastre de Quiberon lit oublier ces divers succès. Néanmoins, oêttx des iniurgés qui avait repris les armés , nè son* gèrent point à les déposer. Boisgny battit encore les bleus le 26 juillet. Son frère aîné, récemment rentré en Bretagne, perdit la vie dans cette affaire. Il le vengea par de nouvelles victoires. La mort de Dicusie» arrêté seul près de Château4xontier et tué à coups de baïonnettes; ne ralentit point le mouvement du Bas-Anjou. De Scépeaux, qui arrivait de Paris, où il était resté plusieurs semaines comme représentant près du Comité de salut public, de StofHet et de Sapinaud, devint, sous le titre de général du Bas-Anjou et de la Uaute-Bretag^ , le principal chef du pays qui s^étend de la rive droite de la Loire aut frontiè^ res du Maine. Il compta bientôt parmi ses meilleurs officiers MM. de Rochecotte, de Bourmont et d*Andigné. La présid^ce du conseil royal du Bas->Jlnjoa fut donnée au comte de Châtillon.

L'expédition de Quiberon n'avait été guère moins funeste aux insurgés du Morbihan qil^aux émigrés. Ils étaient restés près d'un mois sous les armes, avaient perdu beaucoup de monde et devaient faire de grands sacrifices pour racheter leurs prisonniers. Néanmoins, grâce à l'énergie de Cadoudal , te département reçut une excellente organisation militaire et ne tarda point à inspirer de grandes craintes aux républicains. Le chef du Morbihan avait vingt-six ans. Son père, simple cultivatèur, jouissait d'une certaine aisance et avait fait donner h ses enfants une bonne éducation.

En 1793, Georges voyant que sa province restait tranquille, avait traversé la Loire pour combattre parmi les Tendéena. Il était rentré en Bretagne avec la grande armée catholiqae et avait pris part à tous ses comiiais.

Puisaye cherchait de nouveau à mettre quriqne

ensemble dans les efforts des insurgés. Après être resté six semaines dans Tîle d'Houat, avec le Commodore Warren et les émigrés qui avaient pu regagner les vaisseaux anglais, ce chef s'était fait jeter à la côte, suivi seulement de quatre hommes, et avait pénétré dans Tintérieur. Cadoudal le reçut d*ab(nrd assez bien; mais les caractères de ces deux chefs étaient trop opposés pour qu'il leur fût possible de marcher au même but par les mtoes voies. Les Morfoihannais ne pouvaient d*ail]eurs 8*empéchar de voir en Puisaye le premier auteur du désastre de Quiberon. 11 ne se rendit pas bien compte de sa a* tuation et voulut, comme général en chef, contraria les plans de Cadoudal. Les officiers de ce dernier, moins patients encore que lui, se réunir^t en conseil, et déclarèrent que Puisaye avait perdu la confiance des royalistes. On croit même qu'ils le condamnèrent à morU 11 est au moins étaUi que plusieurs de ses juges demandèrent quMl fût passé par les armes. 11 se réfugia dans Tllle-et- Vilaine, dont tous les chefs reconnurent- son autorité; le général du Bas- Anjou suivit leur exemple. Cette soumission dut lui coûter assez peu, car elle ne gênait en rien sa liberté d'action. Puisaye n'eut réellement sous ses ordres

que rille-et-Vilaine et les G6tes-da-NoTd. C^p^dant

il se persuada qu'il avait toujours les fonctions, comme le titre de généralissime de Bretagne. Mécontent du système suivi par Gadoudal, qui, n*aimant pas les émigrés, les accueillaient assez mal, et choisissait {uresque tous ses officiers parmi les paysans» il annonça souvent quMl finirait c par réprimer les membres de Tarmée divisiuanaire du Morbihan, qui méconnaissaient son autorité et suivaient un système anti-nobiliaire. » Il se borna à faire fusiller le chevalier de La Gaze, gentilhomme qui servait sous Gadoudal comme volontaire. Les intrigues de TAgence se mêlaient à toutes ces querelles et les rendaient plus funestes encore à la cau:je de T insurrection.

Gependant la chouannerie continuait de se développcr. Louis de Frotté avait organisé la Basse-Normandie et pouvait déjà disposer d'environ trois mille honunes. Plusieurs engagements heureux avaient aguerri ses soldats. Le château de Fiers, près la forêt d'Alouze, lui servait de quartier général. Son autorité s*étendait sur le territoire compris entre Domfront, Mortam, Avranches, Granville, Pontfarcy, Vassy et Argentan. Les comtes de Saint-Paul et de Ruays, Latour de GampagnoUe, du Aosnel et Moulien de la Poterye, commandaient sous ses ordi'es. Le département de la Sarthe comptait aussi de nombreuses bandes.

Mais toutes ces forces isolées ne constituaient pas une armée. Chaque chef faisait, en quelque sorte, la guerre pour son propre compte» se bornant à tenter

quelques surprises et siirtuut h défendre son territoire. Cadoudai iui-^tnéine, malgré aon énergie et son esprit vraimeiit militaire, semblait ne songer qu'aa Morbihan. Il battait les républicains, leur enlevait de riches convois, les forçait à rentrer dans les villes, puis iiegagnait lut-niéme M cantonnements, où Von ne

tardait point à le poursuivre.

L,es divisions n'étaient pas moins profondes en Tendée qu'en Bretagne. Tandis que Charette écrivait au Comité de salut public : « Je jui'e de ne déposer les armes que lorsque Théritier présomptif de la couronne de France sera snr le trône de ses pères, » Stofïlet et Sapinaud paiaissaicnl df'sirer très-vivement le maintien de la paix. Il est facile d'expliquer cette différence de conduite. Charette était, en quelque sorte, devenu l'idole de T Agence royale, des conseillers intimes des princes et des princes eux-mêmes. Le comte d*ivaray et le duc de Polfgnac lui parlaient de leur « admiration pour ses travaux » en termes qui affligent. Le Prétendant le nommait lieutenant-général, lui donnait le cordon ronge, lui conférait, par

« uii litre légal , » le coniiiiaudouifiit des armées royales, et voyait en lui le « second fondateur de la moMifchie. t On n^avait point de telles sollicitudes

pour le garde chasse Stolïlet. Bien qu'il eût été major-général de la grande-armée et qu'il commandât en chef, il n' obtenait que le titre de maréchal de camp et la croix de Saint- Louis. Quant au cordon rouge, il ne pouvait, disait TAgence, y aspirer, né" tant pas gentiihomm, C!ett6 observation fut écoutée.

Charette eutraiyaé par renthousiasme qu'il inspirait, ne songea plus qu*à de nouveaux combats. Stofflet^ beaucoup plus calme, vit tous les dangers d'une nouvelle priâc d' aimes , et s'eli'orça de prolonger le statu qaa. Un instant Ton put espérer que ces dissensions allaient finir : une flotte anglaise, portant M. le comte d'Artois» venait d'arriver sur les côtes de France. Dès que cette nouvelle fut connue, tous les chefs de FOuest se tinrent prêts à exécuter les ordi'es qui leur seraient donnés.

Le prince avait quitté Portstnouth te â5 août 1795.

Le convoi dont il étiit accompagné comptait quarante bâtiments de transport, qui devaient rallier à Quîberon vingt-six vaisseaux de guerre. Les troupes de débarquement s'élevaient à six mille hommes, parmi lesquels iiguraient trois mille six cents Anglais. D*abondantes ressources en armes, en argent, en munitions de toutes sortes, devaient permettre d'organiser promptement les insurgés et de doubla leurs forces.

Les réj>ubiicains se savaient menacés d'une nouvelle expédition; mais conmie ils ignoraient l'époque où elle paraîtrait sur les côtes, et le point où Ton tenterait de débarque! , il était aussi facile qu nnporiant de les gagner de vitesse. On perdit douze jours dans la baie de Quiberon. Cependant le prince était depuis longtemps décidé à descendre en Poitou. Les anciens exploits de la Vendée et la renommée de Gbarette avaient dicté cette résolution. G^était une première faute. En 1795, la Bretagne oilrait de bien

plus grandes ressources que la Vendée. Le récent désastre de Quiberon et le succès avec lequel un débarquement d^annes et de munitions avait été opéré, du

10 au 12 août, entre Saint-Gilles et Saint- Jean-de- Mont, tendaient du reste à justifier le choix du prince. On ne voulut pas comprendre que les républicains, surpris, n'avaient pu opposer que six cents hommes à réUie des troupes de ChareUe. C'est avant de partir pour cette expédition que le chef du Bas-*Poitou fit tuer, à coups de baïonnettes , trois cents prisonniers. Gomme les émigrés de Quiberon, ces malheureux devaient être protégés par les lois de la guerre ; mais chaque parti semblait prendre à tâche d' affaiblir les ' crimes de Tennemi.

La flotte anglaise parut, le 2& septembre, dans la baie de Bourgneuf, fit, le 27, une vaine sommation à la garnison de Noirmoutiers, et mouilla, le 29, devant rile-Dieu, espèce de rocher situé à trois lieues de la côte, en face de Saint-Gilles-sur-Vie. Le comte d'Artois débarqua le 2 octobre, huit semaines après son départ de Portsmouth, et s*établit, avec son étatmajor, dans une des pauvres maisons de cet îlot, qui n'a qu'une lieue un quart d'étendue. Les Anglais garnirent de canons les points les plus accessibles.

Charette venait d'essuyer un échec assez grave. Le 25 septembre, il s'était porté contre Saint-Cyr, oii se trouvait un poste de quatre cents républicains, et avait été repoussé avec de grandes pertes. Son meilleui* oHh ier et son partisan le plus fidèle, Guérin ainé, chef divisionnaire du pays de Retz» était r^té parmi

les morts. Néanmoins Tarmée du Bas-Poitou montrait beaucoup d'ardeur.

Le 5 octobre* le prince écrivit à Gharette : « Noos eommes à TIle-Dieu depuis trois jours, et nous n*avons encore reçu aucune nouvelle de vous. M. de Rivière a été mis à terre le 30 : il avait donné rendezvous au bfttinient qai Pavait débarqué; mais depuis ce temps il n'a plus été possible d'avoii* aucune communication avec lè continent dans cette partie, et Tofficier anglais qui en était chargé n^a va que des troupes ennemies répandues sur la côte. Dans cette pénible circonstance, j*ai accepté le dévonem^t de plusieurs gentilshommes poitevins, qui m'ont offert de se jeter sur la côte, et de tout risquer pour pénétrer jusqu'à vous. La saison avance; la mer peut et doit devenir impraticable d'ici à peu de jours; les bâr timents de transport et les vaisseaux de guerre ne peuvent pas prolonger leur séjour dans la rade de riIe-Dîeu : il est donc de toute importance de profit ter du temps qui nous reste. » Le prince demandait ensuite à Gharette de protéger le débarquement, puis il ajoutait : « Si vous trouvez trop de difficultés à la prompte exécution de ce projet, ou si les circonstances ne vous permettaient pas de les econder avec une partie. suffisante de votre armée, je vous demande, je vous ordonne même de me marquer un point quelconque sur la côte, depuis Bourgneuf jusqu'à la pointe de l'Aiguillon, ou vous puissiez porter, à jour nommé, un corps de quelques centaines de dievaux. Je m'y trouverai sans faute, avec un petit

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nombre de pereonneai efe je m*y réunirai à votre ia-«trépide année. »

Charette, que M, de Rivière a pu rejoindre, et qui trouve qu'en eSel beaucoup de temps a été perdu, s*eropre86e d'obéir. Il disperse quelques colonnes républicaines et marche vers la côte. Son année, fortifiée de la division de Sapinaud et d'un grand nombre de paysans dont la présence du prince a calmé les craintes et fait taire les longues indécisions, compte près de quinze mille hommes. 11 n'est plus qu'à une faible distance de la mer et se crdt sûr du succès, lorsque le comte de Grignon, i'un des oiiiciers du comte d'Artois, se présente et lui annonce que le dé* barquement est différé. Charette, frappé de stupeur et d'indignation, répond avec amertume : « Ditçs au f^rince qu'il m'envoie l'arrêt de ma mort. Aujourd'hui j'ai quinze mille hommes autour de moi; demain je n'en aurai pas quinze cents. Il ne me reste plus qu'à fuir ou à chercher une mort glorieuse : mon choix est fait, je périr», » Grignon cherche à le calmer et lui remet, au nom du comte d'Artois, un sabre orné de cette devise : Je ne cède jamais.

L'arrivée du lieutenant-général du royaume à Tlle^ Dieu avait fait concevoir les plus grandes espérances à tous les chefs de TOuest. Chacun d'eux s'était empressé de faire acte d'obéissance et de dévouement. Stofflet avait chargé d'Auticbamp et La Béraudîère de dire au prince qu'il n'attendait qu'un ordre pour reprendre les armes; Cadoudal s'était fait représenter par Mercier-la-Yendée , et Puisaye, par le comte de

Và«ban* Ce ûmm éUdt portemr ù'w Mlro éenrita

au nom du conseil général de Bretagne , et dans laquelle OQ ài^i fxvm* « que tout déliU flét^^ut sa gloire ; qu'il tenait dang $19» vmm Ift couroime ,

qu'il pouvait la placer sur la tête de son roi et de son frère f ou ta iais^r tomber i qu'après avoir paru sur la côte, aMI ne rejoignait pas les royalistea, il les plon« gérait dans la plus grande consternation , et que la perte totale du parti &'eu suivrait; qu'au contraire, sa présence devait et pouvait tout sauver. » Au fond, tous les insurgés tenaient ce langage. Chaque chef, tout m deixMkudant que le débarquement eût lieu sur son territoire ou sur la cdte la plus voisine, ajoutait que le point essentiel était de débarquer. Le prinoet biw qu'il trouvÀt certaines instances un peu trop impératives, manifestait le plus vif dMr de rejoindre les hommes qui mourraient pour lui, I^es quelques g^tilshommés qui l'entouraient ne cessaient, au contraire, de déclarer que le frère du Roi m pouvait pas cfwmmer. Le temps s'écoulait , le débarquement, ainsi qu'on l'avait prévu, devenait çbaque jour plus diiBeile, et Fou ne s^arrétsit k ancun parti. Comme l^e représentants des provinces insurgées dissisnt sans çosse au prince que l'on tenait plus h sa présence qu'aux seeours de T Angleterre , il msr* nifesta l'intention de se jeter à la côte avec une quinzaine d'hommes. Les remcmtrances de ses conseillers intimes et, selon quelques écrivains* l'opposition des chefs de l'escadre anglaise, ne lui permirent point de réaliser ce projet, fii^, le 17 novembre, il fit venir

Yanban, «TAutiehainp et La Béraudière, et leur dit,

les larmes aux yeux : « Vous me voyez dans la plus grande agitation; je suis contrarié dans mes vues et dans mes projets. Un côtre, arrivé cette nuit, a rapporté des ordres pour révacuation de Tîle, et me rappelle immédiatement en Angleterre. Dites aux différents cmiseils et chefs royalistes que je brûle du désir de me mettre à leur tctc; que j'espère bientôt répondre à leurs vœux, mais que je ne puis à présent lutt^ contre la détermination impérieuse du gouvernement anglais. » Il leur rerait diverses instructions impossibles à exécuter, et partit le lendemain. Ij^ insurgés n'avaient plus qu'à mourir.

Ce triste incident des guerres de l'Ouest a soulevé de très-vives discussions. Les assertions les plus contradictoires ont été produites. Les uns ont affirmé que les Anglais s'étaient ouvertement opposés au débarquement du prince ; les autres ont, au contraire, prétendu que le cmnmodore Warren lui avait plusieurs fols off^ de le mettre à la cdte. Deux faits principaux dominent tous les détails de ce débat. Il est certain que le prince, instruit des désirs et des besoins des insurgés, avait instamment prié l'Angleterre de lui donner le commandement d'une nouvelle expédition. Dès que cette expédition fut prête il se rendit à Portsmouth et manifesta la joie la plus vive en montant sur le navire qui devait le porter au milieu des armées catholiques et royales. D'autre part, il est non moins certain que l'Angleterre avait le plus grand intérêt à relever en France le drapeau de l'insurrection. La ré-

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cente conduite de 1* Espagne, de la Prusse, de la Hollande, devait faire comprendre à Pitt que la République française avait plus à redouter la guerre civile que la guerre étrangère. D'ailleurs, le succès seulement partiel et momentané des armées royales eût permis à la Grande-Bretagne d'occuper la plupart des villes maritimes de r Ouest, et Ton peut croire qu'une telle proie la tentait. Aussi ne craignit-elle point de dépen* ser près de cinquante millions pour les deux expéditions de Quiberon et de i'Ile-Dieu. S'il est difficile d* admettre que le prince se soit embarqué avec l'intention de ne pas mettre le pied sur le sol vendéen , il est également difficile de s'expliquer pourquoi l'Angleterre aurait rendu inutiles des sacrifices dont elle pouvait espérer de si grands avantages.

Les diverses opinions que nous venons d'indiquer partagèrent immédiatement les insurgés. Les uns, et ce fut de beaucoup le plus grand nombre, accusèrent les Anglais; les autres accusèrent le prince. Vauban affirme, dans ses Mémoires, que Gharette écrivit au prétendant : • La lâcheté de votre frère a tout perdu. . . Son retour en Angleterre a décidé de notre sort... • Bien que Vauban dise avoir tenu ce document en ori« gînal, nous ne croyons point à son authenticité. Deux jours seulement après le départ du comte d'Artois, Gharette disait, dans une lettre adressée à M. de Rivière : ff Je vous écris le cœur navré de douleur, de Téloignement d'un prince dont l'espoir de sa possession faisait toute notre félicité. Gardez-vous bien de croire que cet événement refroidisse notre courage,*. » Ja^

miê Charette ne s'est exprimé aulreioent II wm paraît même établi qu'aucun des chefs de TOuest ne formula raccusatioo si longuement développée dans le» Mémoires du comte de Yauban. Panni ceux qui

ne doutaient point de la loyauté des Anglais, les uns crurent que le prince regardant la cause de rinnziw rection comme perdue, n'avait point voulu ie perdre inutilement avec elle ; les autres pensèrent que cette guerre de surprises et d'embuscades lui avait paru aU"-de880UB de sa dignité.

Rntre toutes ces explications et les preuves dont elles sont fortifiées, le choix de l'historien impartial est fort difficile. Il ne lui reste qu'à constater avec douleur que la guerre dura sept ans, que ])nndant sept ans ie comte d'Artois promit sans cesse son concours, et qu'on ne ie vit qu'à TUe^Dieu. C*est un exemple unique dans rhij?iuii e.

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